Laibach @ Trabendo – 24 novembre 2017

La musique adoucit les mœurs, disait Nietzsche. Je ne suis pas sûr que cette maxime s’applique au son torturé (et parfois hermétique) de Laibach mais en tout cas, c’est bien sous le patronage de l’illustre philosophe allemand que les slovènes ont composé leur dernier opus, « Also sprach Zarathoustra », sorti le 14 juillet dernier sur le label Mute Records. A la base, les morceaux avaient été composés pour une pièce de théâtre adaptée de l’œuvre phare de Nietzche, « Ainsi parlait Zarathoustra ». Par conséquent, le 9ème et dernier album de Laibach n’est pas qu’un énième disque du groupe mais une œuvre artistique à part entière. Aux antipodes de son prédécesseur « Spectre » sorti il y a trois ans, « Also sprach Zarathoustra » est plutôt orchestral, aride et assez difficile d’accès. Par ailleurs, nous le savons tous : Le groupe vieux de 37 ans n’a jamais été avare en polémiques. En effet, la provocation est devenue avec le temps une marque de fabrique de cette formation. Le fameux concert qu’ont donné ses membres à Pyongyang en Corée du Nord (à savoir l’un des pays les plus fermés au monde) en août 2015 (1) en témoigne ! Incontestablement, Laibach (2) n’est pas pour ainsi dire un groupe politiquement correct, s’appliquant depuis sa création à jouer autant avec une imagerie crypto fasciste qu’avec l’esthétique lugubre du communisme, brouillant ainsi les pistes. Qu’importe les rumeurs à son encontre colportées par certains : Le groupe s’en amuse sans jamais ressentir le besoin de se justifier. D’ailleurs, Laibach n’est pas qu’un simple groupe, c’est bien plus que ça ! De toute évidence, c’est un concept bien rôdé avec une identité visuelle très forte (3). Enfin, le groupe appartient à un collectif d’artistes, le NSK (Neue Slowenische Kunst).

Bref, lorsque j’arrive aux abords du Trabendo qui se trouve à la porte de Pantin, j’apprends qu’un autre groupe, beaucoup plus consensuel celui-ci, est programmé pour jouer non loin de là au Zénith de Paris : Gorillaz. La faune qui se promène le long du chemin qui mène au Trabendo (et plus loin au Zénith) est donc assez éloignée de celle qui s’apprête à voir Laibach sur scène. A l’entrée, j’apprends que les appareils photos sont interdits dans la salle (Etrange, n’est-ce pas ?). Une fois à l’intérieur, la chaleur est à son maximum. Il n’y a pas de première partie et à peine suis-je à l’intérieur de la salle que le concert commence. Il y a tellement de monde massé devant la scène qu’il est difficile de se frayer un chemin. Des écrans diffusent des images en arrière-plan, parmi lesquelles un fœtus dans son liquide amniotique, un rapace et des montagnes. L’atmosphère est oppressante : A la chaleur moite s’ajoute l’hermétisme de la musique. Le chanteur Milan Fras arrive sur scène, le front ceint par sa légendaire coiffe. Le groupe entame un set dédié quasi entièrement à son dernier opus nietzschéen. La chanteuse Mina Spiler fait son entrée sur le titre « Vor Sonenn Aufgang », rajoutant la petite touche de glamour qui manquait jusque-là. S’ensuit un set qui fait la part belle aux morceaux des anciens disques du groupe, comme la reprise du morceau « Cold Song » du compositeur Henry Purcell, le très martial et dansant « Antisemitism » (extrait de leur album de 2003, « Wat »), une version modernisée d’un titre de leur premier album éponyme de 1985, « Brat Moj » ainsi qu’un morceau chanté en français, « Le privilège des morts » (tiré de leur album de 1992, « Kapital »). Les projections en arrière-plan continuent, parmi lesquelles des images extraites du court-métrage « Yukoku » (patriotisme) de l’écrivain japonais Yukio Mishima (5). Laibach joue à nouveau un morceau tiré de l’album « Kapital », à savoir le très martial et technologique « Wirtschaft ist tot » (4) avant de quitter la scène. Après quelques minutes de battement, ils reviennent à l’occasion des rappels pour jouer deux titres de leur album de 2014, « Spectre ». Il s’agit du très entraînant « Bossa nova » suivi de « See that my grave is kept clean », reprise du bluesman Blind Lemon Jefferson, sur laquelle se clôt le concert. Au final, les slovènes nous auront offert un concert aussi surprenant qu’inattendu, mettant volontairement de côté leurs morceaux les plus connus et les plus emblématiques (notamment leurs reprises des grands titres de la musique pop comme notamment celle de « Life is life » du groupe Opus).

Setlist :


  1. Von den drei Verwandlungen
    02. Ein Untergang
    03. Ein Verkündiger
    04. Von Gipfel zu Gipfel
    05. Das Glück
    06. Die Unschuld II
    07. Das Nachtlied II
    08. Das Nachtlied I
    09. Als Geist
    10. Vor Sonnen-Aufgang
    11. Parnassus
    12. Cold Song
    13. Antisemitism
    14. Brat Moj
    15. Hell: Symmetry
    16. Le Privilège des Morts
    17. Ti Ki Izzivas
    18. Wirtschaft ist tot

Rappel :
19. Bossanova
20. See that my Grave is Kept Clean

1 : Ce concert a même donné lieu à un documentaire réalisé en 2016 sous le nom de « Liberation day » et que j’ai pu voir à L’Etrange festival cette année.

2 : Pour les néophytes, le nom de Laibach renvoie au nom attribué par les allemands à la ville de Ljubljana pendant l’occupation nazie de la Yougoslavie

3 : Par exemple, la croix noire sur fond blanc qui leur fait office de logo a été repris d’un tableau célèbre du peintre russe Kazimir Malevitch, chef de file du « suprématisme »

4 : Ce qui signifie « L’économie est morte »

5 : Hasard ou non, le suicide par hara kiri de Mishima a eu lieu le 25 novembre 1970, soit presque 47 ans jour pour jour du concert à Trabendo !

Texte : Mathieu Bollon

Ulcerate & guests @ O’Sullivans Backstage by the mill – 22 novembre 2017

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Ce mercredi 22 novembre, c’est soir de match au stade de France : PSG contre Celtic Glasgow. De ce fait, le quartier de Pigalle, où a lieu le concert, est rempli de supporters écossais qui entonnent bruyamment des chants de supporters. Autant dire que le sol est jonché de cadavres de bouteilles de bière !  Le concert est prévu dans l’arrière salle d’un pub irlandais, le O’Sullivans, qui se trouve juste à côté du Moulin Rouge. L’ambiance y est donc plutôt festive, compte tenu de la présence de nombreux fans de football. Une fois dans la salle, on est à des années lumières de l’atmosphère qui règne dans le pub ainsi qu’aux alentours. La salle est assez peu remplie mais il y a du monde toute de même.

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Top 2.5×2 : Quand tu es sur la ligne 13 à 8h du mat’

Cette semaine, on parle d’un autre enfer bien contemporain : La ligne 13 le matin (quoi que ça fonctionne à peu près à n’importe quelle heure et aussi avec quelques autres lignes que je ne nommerai pas, comme la 9). Pour les plus boudhistes d’entre vous qui ont l’espoir d’être réincarné en chèvre ou en mouton, cet endroit est parfait pour y avoir un avant goût de la vie en enclos. Parce contre, ‘faut pas que votre Spotify vous envoie n’importe quoi dans les oreilles parce que ça peut vite « dérailler » (et ce avec mauvais jeu de mot)…

« I love rock & roll » – Hayseed Dixie

La réponse est dans le titre de cette reprise. Parce que s’il y a un seul truc qui peut permettre à un être doué de raison de survivre à un voyage sur la ligne 13, c’est bien le rock n’ roll. Alors tu te visses sur la tête ton casque pour éviter d’entendre les connards qui veulent discuter (à 8h du mat’!!!) et t’isoler le temps du trajet dans un monde sonique où tout se passe bien. Un peu comme de la méditation « gravement mentale ». Mais des fois ce n’est pas assez…

« Warriors of the world » – Manowar

Ce n’est qu’une fois acculé face la première contre la vitre de la porte que soudain te vient une épiphanie. Tu comprends maintenant à quoi servent les blousons en cuirs clouté. Tu rêves de rentrer chez toi pour aiguiser les pics avec une vieille lame rouillée. Comme ça demain tu peux être sûr que tu auras un minimum de place et que vu ton look, le p’tit con de banquier qui descend à Miromesnil va bien fermer sa gueule tellement tu lui fais peur…

« Bullet with butterfly wings » – The Smashing pumpkins

Tous les matins tu te retrouves dans cette cage mobile avec tous tes potes zombies. Mais chaque matin tu perds un peu plus ton humanité et tu rapproches de l’état animal. Finalement, un jour, sans que tu t’en rendes compte, tu vas sauter à la gorge du dernier connard qui t’es rentré dedans, lui arrachant la jugulaire au passage…

« Genocide » – The Offspring

Hier soir à la télé tu t’es maté Braindead et d’un coup c’est devenu limpide. Tu te pointes au métro avec une tondeuse et dès que les portes s’ouvrent tu démarres la bête et tu te laisses aller. C’est pas long, ça dure même pas 3 minutes. Et quand le métro arrive à la prochaine station, personne n’ose entrer dans ce wagon maculé de sang et jonché de lambeaux de chair avec au milieu toi tranquillement assis…

« No fun » – The Stooges

Des fois (et surtout grâce à la zic) tu arrives à contenir tes pulsions et à accepter ce calvaire que tu dois subir pour aller en subir un autre. Nah c’est clair qu’il y a « No Fun » là dedans mais grâce à cette chanson tu te rends compte que tu n’est pas la seule sous merde dans ce cas et ça t’aide à relativiser…

Mention Rien à foutre j’en rajotue si je veux

« Come together » – The Beatles

Tu l’as senti quand tu t’es levé ce matin, y’avais un truc chelou dans l’air. Tu t’es levé en avance, t’as eu assez d’eau chaude, il restait assez de lait pour ton p’tit déj, mais WTF !!!?? Mais la plus grande surprise t’attendait au métro. Pas grand monde sur le quai, déjà bien. Le métro arrive, ses portes s’ouvrent et là une vision onirique s’offre à toi. Les gens discutent entre eux, sur les places à quatres se déroule des parties de Cards against humanity. A peine tu mets le pied dans le wagon qu’on te propose une place assise. Mais là c’est trop pour toi, tu commences à paniquer. Encore plus lorsque le métro accélére à une vitesse que tu n’as jamais vu mais malgré ça les autres passagers sont tranquille. Le métro continue de foncer à une allure folle, il semble que seul le conducteur trouve que ça pue du cul parce qu’il sonne l’alarme… Bip bip bip bip bip bip

Et merde j’suis en retard…

 

Texte: Ru5ty

Littérature – la Horde du Contrevent d’Alain Damasio

La Horde du Contrevent d’Alain Damasio est un roman exceptionnel. Roman de science-fiction paru en 2004 avec un cd audio l’accompagnant, il reçut le Grand prix de l’Imaginaire en 2006. Dans un monde parallèle, des Hordes sont entraînées depuis la plus tendre enfance de chacun des membres pour partir à la découverte de l’origine du vent. Ici, nous suivons la 34e Horde mené par le 9e Golgoth. Aucune Horde n’a réussi à atteindre l’Extrême-Amont pour le moment. Celle-ci y parviendra-t-elle ?

*Tin-nin-nin-suspense !*

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Steve ‘n’ Seagulls @ Trabendo – 23/11/17

Pour ceux et celles qui me connaissent vous savez que j’adooooore les reprises. C’est en creusant dans cette direction que j’ai appris un truc très con : Quand une chanson est bonne, elle est bonne (Oh ta gueule Jean-jacques je sais ce que tu vas dire). Peu importe dans quelle style elle est reprise, la chanson va sonner quoi qu’il arrive. Et ce n’est pas les Finlandais de Steve ‘n’ Seagulls qui vont me contredire…

Sensation youtube de 2014 avec leur reprise bluegrass de « Thunderstruck » d’AC/DC, le quintette n’a cessé depuis de tourner à travers le monde, enregistrant 2 albums et semant les graines de la teuf partout où ils passent…

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SELECTION LIVE DE LA SEMAINE (PARIS)

  Hey public parisien, tu ne sais pas quoi faire de tes soirées cette semaine ? Envie de musiques saturées et te mettre bien au chaud dans une foule bien compacte pour un peu de gym de pit et autres exercices qui défoulent ? Et bien on t’a préparé un petit panel de trucs sympas à aller voir cette semaine.  On est  déjà mardi, il est vrai, et hier passaient In Flames et Stick To Your Guns mais bon, c’était complet, et il reste pas mal de concerts sympas à se faire cette semaine…

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Manrilyn Manson @ AccordHotel Arena 27/11/2017

La première fois que j’ai vu Marilyn Manson, je ne pensais pas le voir une deuxième fois. Et pourtant. Malgré une déception assez amère lors d’une précédente édition du Hellfest, je suis restée assez impressionnée par le boulot de Manson ces dernières années. Je suis la première à chanter les mérites de The Pale Emperor (2015) à qui veut bien les entendre. Cet album signe pour moi un tournant dans la carrière de Marilyn Manson, qui se détache de cette image – certes bien huilée – d’usine à provoc’ sans fond pour adolescent en pleine crise identitaire (faites pas ces yeux là, on y est tous passés), et se montre à son public comme musicien, un musicien un peu fatigué des ces artifices pour appâter les teenagers. Dans The Pale Emperor, c’est un Manson qui a vieilli, et le mot est à prendre dans toute sa force et dans tout ce qu’il suppose, un homme nouveau… mais épuisé. Si on m’avait dit, «tu verras, en 2015, tu écouteras du Marilyn Manson» j’aurais ri comme une baleine et pourtant… un peu comme si on m’avais dit «tu verras, tu retourneras voir Manson en concert». No comment.

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SÓLSTAFIR + GUESTS @ L’ALHAMBRA – 20/11/2017

Le pays du feu et de la glace ne recele pas que de beautés naturelles, la musique islandaise a aussi son lot de chefs d’oeuvre inspirés de cette nature si particulière  pour offrir des groupes et de artistes à part. La bien connue Bjork mais surtout Sólstafir. Progressivement les islandais mènent leur barque et conquièrent le public avec cette musique à part dans le paysage Metal auquel ils sont associés. Après un petit passage au Download l’été dernier, et pas dans le meilleures conditions, Solstafir revenait à Paris pour fair la promotion de Berdreyminn, son dernier album,   en compagnie de Myrkur et     Árstíðir  la belle salle de l’Alhambra. LA soirée parfaite qui se profile vous allez me dire ? Et bien vous êtes loin du compte !

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Thelma – Joachim Trier (2017)

Contrairement aux idées reçues, les terres glaciales de Norvège n’exportent pas que du pétrole, du saumon et du black metal ! En effet, depuis quelques années, ce pays excelle dans le domaine du polar (1) et brille également par son cinéma. A ce propos, le dernier film de Joachim Trier, « Thelma », est une petite pépite. Son réalisateur, âgé de 43 ans, n’est pas tout à fait un inconnu puisque c’est à lui qu’on doit une des sensations de l’année 2012, à savoir le film « Oslo 31 août ».

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