Category Archives: Movies

Nos batailles – Guillaume Senez

Je croyais le cinéma français débarrassé de ce conformisme de classe qui fut tant décrié dans les années 80 et à l’aune des années 90 avec l’émergence de la nouvelle “Nouvelle Vague” – les Desplechin, Rochant, Lvovsky, etc, frais émoulu.e.s de l’IDHEC et pleins de ces tics de cinéma bourgeois raffiné et érudit mais complètement à côté de la plaque sur les problèmes sociétaux qui sortaient du microcosme germanopratin. Avec l’arrivée du matériel de prise de vue numérique, des nouvelles technologies et des réseaux sociaux, et puis aussi grâce à une indéniable dose de talent pour la plupart (Desplechin en tête, je sais, je le dis dès que j’en ai l’occasion), ce désagréable état de fait d’une nouvelle génération de cinéastes avec une vision erronée voire fantasmée de la société a fait place dès les années 2000 à un cinéma résolument moderne et totalement en phase aussi bien avec les bouleversements profonds que les fulgurances en surface. Je m’étais trompé. Manifestement, il y’a même pire. Des cinéastes tels que Guillaume Senez qui vient de réaliser Nos batailles font même montre d’un point de vue qui relève de la méconnaissance ou pire, du mythe mélodramatique du bon ouvrier qui affronte les pires avanies avec la plus parfaite abnégation.

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The Sisters Brothers – Jacques Audiard

Jacques Audiard. Avec un nom pareil, on aurait pu croire que le fils d’un des dialoguistes-scénaristes les plus célèbres du cinéma français (si ce n’est LE plus célèbre) allait traîner comme un poids mort une telle généalogie. Mais, ça, c’était avant. Avant Regarde les hommes tomber. Avant les sept autres films qui allaient suivre, et ce jusqu’à celui qui nous intéresse aujourd’hui : The Sisters Brothers.
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Under the Silver Lake – David Robert Mitchell

Dans High Fidelity, l’écrivain Nick Hornby faisait se demander à son personnage principal : « Est-ce que j’écoute de la pop-music parce que je suis triste ? Ou bien est-ce que je suis triste parce que j’écoute de la pop-music ? » Le nouveau film de David Robert Mitchell, balançant tout au long de ses 2h20 entre fantasme masturbatoire de nerd et ruban de Möbius (les deux faces du rêve et de la réalité fusionnant jusqu’à un mimétisme troublant), n’aura eu de cesse, depuis que je l’ai vu, de relancer un questionnement labyrinthique (mais néanmoins fondateur) sur ma propre cinéphilie.
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The Villainess (2017) – Jeong Byeong-gil

Le cinéma, c’est juste de la lumière. Et quelques millions de nuances. Ça va, jusque là, pas de souci. Par contre, quand il s’agit de scénario, parfois, les choses dérapent ou plutôt non, restent beaucoup trop dans les clous. Il y’a des films dont les scénarios rappellent méchamment un sketch très drôle qui prenait pour cible Besson et sa boîte à fric (un taxi, une pute, des tchéchènes, etc., ça y est, vous vous rappelez ?). Visiblement, cela semble être une plaie qu’on trouve encore et toujours dans tous les styles, même chez ceux qu’on pensait revenus des pires tréfonds. Oui, les nanars ont encore de beaux jours devant eux. Sous vos applaudissements : The Villainess de Jeong Byeong-gil.
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Detachment – Tony Kaye

S’il y’a bien une période marquante dans l’année et commune à chacun d’entre nous, ce sont ces quelques jours début septembre qui officialisent en quelque sorte la fin de l’été : fin des congés estivaux pour les actifs, examens de rattrapage pour les étudiants ou entrée dans la vie professionnelle pour les jeunes diplômés, rentrée des classes pour les jeunes de 3 à 18 ans. La roue de la vie qui fait un tour de plus. Bien que l’on y porte véritablement de moins en moins d’attention au fil des ans, cette période reste un marqueur qui, à un moment ou un autre, a pu tout faire basculer dans nos vies. Detachment, sorti en 2012, ressemble un peu à cette période. Non pas simplement parce qu’il raconte le quotidien d’un professeur remplaçant dans un lycée difficile de l’état de New York — l’analogie était facile – mais surtout parce que de l’étude du cheminement du personnage, le réalisateur Tony Kaye extirpe un matériau beaucoup plus ample pour dresser à la fois un constat de l’effondrement d’un système et de la capacité de chacun d’entre nous, toute notre vie durant, à s’agripper à la vie et résister à la tentation de lâcher prise, de nous détacher.

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Pink Flamingos – John Waters

Ce film est une révélation. Sur une époque, un cinéma, un duo, une équipe artistique… Trash, désinvolte, fier, libertaire, pionnier et fer de lance d’une génération et d’un genre. Les premiers films de John Waters explosent à la gueule. Soit tu détournes le visage de dégoût et tu passes ton chemin, soit tu apprécies la liberté de ton et tu en redemandes. Pink Flamingos est un film qui expérimente et devient culte dès sa sortie en 1972.

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BÀOXUĚ JIĀNG ZHÌ (UNE PLUIE SANS FIN) – DONG YUE

La Chine. Un pays tout en superlatifs. Un nom entaché de catastrophisme du point de vue occidental. Citée souvent comme le berceau de la civilisation, la Chine, avec les tourments qu’elle a connu durant la majeure partie du vingtième siècle, est cependant considérée par beaucoup comme l’épicentre de nombreux fléaux, qu’ils soient écologiques, sociaux ou économiques. Avec la rétrocession de Hong-Kong en 1997, l’incursion du titan chinois dans le libéralisme s’est accéléré et a complètement modifié la donne socio-économique. Avec cette fracture grandissante entre riches et pauvres, nombre de chinois-es vivent depuis sous… une pluie sans fin.

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DEN SKYLDIGE (THE GUILTY) – GUSTAV MÖLLER

« La photographie, c’est la vérité et le cinéma, c’est vingt-quatre fois la vérité par seconde… » a dit Godard. Malgré toute la vivacité intemporelle qu’on peut accorder à ce brillant aphorisme de l’Helvète grognon, le cinéma, ce n’est pas qu’une fabrique d’image en mouvement. C’est aussi, depuis l’avènement du cinéma parlant, la captation et la combinaison du son et de l’image. Avec The Guilty, premier long métrage du danois Gustav Möller, on en a la démonstration la plus convaincante, et l’assurance, une fois de plus, que le cinéma peut être une formidable machine à penser et interpréter le réel.

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JSA (JOINT SECURITY AREA) – PARK CHAN-WOOK

Voilà l’été. Une période équivoque pour les cinéphiles. Soit c’est une longue traversée du désert jusqu’à mi-septembre pour ceux qui n’ont pas une salle d’art et essai à portée de main, supportant alors toutes les bouses débilisantes infligées à grands coups de “par le producteur de…”, soit c’est une déferlante de ressorties/rétrospectives/pépites indé qui climatisent les après-midis suffocants avec grâce et intelligence. Les 80 ans du Champo, Lubitsch, Argento, etc. Et donc cette ressortie du premier film coup de poing du sud-coréen Park Chan-wook : JSA (Joint Security Area). Noël en juillet.

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HOW TO TALK TO GIRLS AT PARTIES – JOHN CAMERON MITCHELL

“You just pick a chord, go twang, and you’ve got music” disait ce branleur de Sid Vicious. En 1977, la jeunesse anglaise carburait à l’énergie pure. À d’autres trucs aussi, mais là n’est pas le sujet. Quoique. On dit bien que dans l’ADN humain, résident tous les virus et toutes les bactéries qui ont séjourné sur Terre depuis la création de l’Univers. Transmutés et régénérés sans fin. On peut donc raisonnablement en conclure qu’une part résiduelle des giga-tonnes de psychotropes absorbés durant la deuxième moitié du 20e siècle par un paquet de congénères humains à grande échelle continuera de circuler dans les veines des générations suivantes. Pour des nihilistes qui ne voyaient que la mort au bout du tunnel, l’héritage est sympa.

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