Category Archives: Movies

SUBURBICON – GEORGE CLOONEY

Hollywood et Washington. Un vieux couple qui se déteste mais dont les membres respectifs ne pourraient pas vivre séparés… Depuis Naissance d’une Nation de D. W. Griffith, le cinéma états-unien a pondu presque autant de louanges à l’égard du pouvoir qu’il n’a balancé de brûlots incendiaires contre le locataire de la Maison-Blanche. Pourtant, depuis janvier 2017, date de l’investiture du président Trump, à l’exception de Detroit de Kathryn Bigelow, peu de réalisateurs ont tapé sur la politique du milliardaire le plus à l’Ouest de l’histoire des États-Unis. Depuis le hold-up de l’affairiste sur le monde occidental, avec sa réthorique binaire, ses forfanteries navrantes, son incontrôlable logorrhée de bourdes diplomatiques, les frasques de Donald ont pourtant offert des pitchs en or massif aux scénaristes hollywoodiens. C’est finalement en la personne de George Clooney, démocrate convaincu, que se manifeste sur les écrans la gueule de bois de l’Amérique. En route pour Suburbicon !

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A BEAUTIFUL DAY (YOU WERE NEVER REALLY HERE) – LYNNE RAMSAY

Un ancien Marine traumatisé et brutal. Une adolescente fugueuse kidnappée par des prédateurs sexuels. Ça ne vous rappelle rien ? En 1976, Martin Scorsese allait remettre les pendules du cinéma mondial à l’heure de New York grâce à la performance époustouflante de Robert de Niro, la musique envoutante de Bernard Herrmann et une vision inédite de la marginalité et de la violence. En 2017, Lynne Ramsay propose une nouvelle variation sur le thème du justicier solitaire. Pourtant, la comparaison s’arrête là même si ce film, comme son illustre prédécesseur Taxi Driver, ne laissera sûrement personne indifférent. Exercice de style maniéré à la complaisance douteuse pour les uns ou renouveau déterminant du roman noir hard-boiled pour les autres, je vous invite ce soir à découvrir You Were Never Really Here (adapté du roman éponyme de Jonathan Ames et pourtant bizarrement renommé par les distributeurs français A Beautiful Day).

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ZOMBILLÉNIUM – ARTHUR DE PIN’S

Une fois n’est pas coutume, on va parler de dessin animé dans ces colonnes. Oui, je suis en retard ! Oui, la semaine dernière est sorti sur les écrans Mise à mort du cerf sacré qui a l’air fichtrement intéressant ! Oui, hier, sortaient A Beautiful Day (qui a l’air lui aussi de sacrément déboiter) ainsi qu’une intégrale remasterisée de l’œuvre d’Henri-Georges Clouzot ! Mais, tout ça, on s’en fout parce que je vais vous parler de mon vrai dernier coup de cœur, la très bonne surprise de… Zombillénium ! (ha ! Je suis sûr que vous avez flippé et que vous avez cru que j’allais dégoiser sur Le Monde Secret des Émojis… Non, ça va, je ne suis pas totalement HS, bien que plus tout à fait frais, mais ça va merci).

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STEPHEN KING ET SON ADAPATION… RECENTE

A l’occasion de la récente sortie de Ça, le clown qui connaît par cœur la carte des égouts, faisons un petit tour d’horizon des adaptations de Stephen King au cinéma. Et autant dire qu’elles sont nombreuses. Ces adaptations connaissent généralement le même succès que les livres de Stephen King. Elles se défendent plutôt pas mal question popularité donc. J’ai lu plusieurs de ces livres, un peu par erreur, puisque lorsque mon entourage entend mes déclarations d’amour enflammée pour la littérature d’épouvante, lesdits membres de l’entourage se sentent obligés de m’offrir des livres de King. Même si ce sera d’un intérêt tout particulier pour cet article, ne faîtes plus ça, merci. Vous l’aurez compris, je ne fais pas partie des fans de la première heure, et la seule adaptation qui vaille vraiment quelque chose à mes yeux est celle de Kubrick, dont l’esthétique et le soin porté à l’atmosphère ont su compenser le pragmatisme et les penchants pour, disons, l’horreur psychologique de Stephen King. C’est donc avec le moins de mauvaise foi  possible que je vous propose un petit corpus d’adaptations récentes (une adaptation comme celle de Kubrick étant déjà suffisamment documentée). Ces adaptations seront les suivantes : Jessie, The Mist et Under the Dome.

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AU REVOIR LÀ-HAUT – ALBERT DUPONTEL

Planté dans l’Histoire de France et d’Europe comme un clou rouillé qui dépasserait d’une vieille planche, la Grande Guerre, la Der des Der, la Première Guerre Mondiale n’en finit pas d’être remâchée, scénarisée, mise en scène, désossée par le cinéma, son aîné de vingt ans. Depuis Les Croix de Bois en 1931 jusqu’à Un Long Dimanche de Fiançailles de Jean-Pierre Jeunet, combien de réalisateurs se sont essayés (combien s’y sont perdus ?) à raconter toute l’horreur abjecte des combats, toute la bêtise bornée du patriotisme revanchard, toute l’impuissance des êtres désemparés face à ce monstre à mille têtes qu’est la guerre ? 10, 100, que sais-je ? En voilà un de plus, que d’aucuns n’attendaient pas vraiment dans ce registre un peu suranné :  le bien nommé Albert Dupontel, papa de Bernie, du Créateur, d’Enfermés dehors, etc.

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DETROIT – KATHRYN BIGELOW

« Je ne peux pas y retourner. Je ne me sens pas en sécurité. Il y’a les flics là-bas. » Ces mots tombent comme une dalle de béton sur une tombe et referment le livre des violences de Detroit. Déjà sérieusement fracassé-e-s par les 143 minutes à encaisser droites dans les côtes et uppercuts dans la mâchoire, les spectateurs-trices sont finalement terrassé-e-s par l’évidence glaciale du constat. Avec son dernier long-métrage, Kathryn Bigelow n’hésite pas une nouvelle fois à appuyer là où l’Amérique (et le reste du monde, ne faisons pas d’anti-américanisme primaire) a mal. En 2016, aux États-Unis, sur 707 personnes tuées par les forces de police, 164 sont des hommes afro-américains dont 14 non armés.

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BLADE RUNNER 2049 – DENIS VILLENEUVE

Que nous restera-t-il à la fin ? Lorsque même nos corps seront épuisés par des millions d’années d’évolution ? Que la Terre ne sera plus qu’une gigantesque décharge dérivant dans le désordre entropique de l’Univers ? Si la fin de l’humanité signe l’arrêt de mort de “Dieu”, ou n’importe quel autre nom que l’on veuille donner à ce fichu truc, sentira-t-on encore des âmes émettre la moindre pulsation d’empathie dans le vide galactique ? Philip K. Dick, dans son roman Do Androids Dream of Electric Sheep? semblait le penser. 16 ans plus tard, Ridley Scott signait, avec Blade Runner, une adaptation cinématographique spectaculaire, à la fois oppressante et visionnaire, qui marquera l’histoire du cinéma au point de voir classer ce long-métrage parmi les 100 meilleurs films de tous les temps (sic) dans le classement prestigieux de l’American Film Institute.

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ÇA – ANDRÉS MUSCHIETTI

Encore raté !

Énième adaptation d’un texte de Stephen King, réalisé par Andrés Muschietti, Ça, premier film d’une série qui en comptera deux (la guimauve d’au revoir solennels durant l’épilogue nous le laisse à penser fortement) ne présente absolument aucun intérêt. Bon, je suis un peu dur. Peut-être un, certes de taille, mais tellement faiblard et noyé sous l’avalanche de défauts qu’il s’en faut de peu pour ne pas vouer aux gémonies les plus implacables ce machin dont la carrière en rediff sur W9 est d’avance toute tracée.

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GOOD TIME – BEN & JOSHUA SAFDIE

The city that never sleeps. New York. Si la quasi-totalité du nouveau long-métrage des frangins Ben et Joshua Safdie se passe la nuit, on est bien loin de Times Square, à des années-lumière de l’hymne romantique de Frank Sinatra à la ville monstre qui bombe le torse. Ici, on ne voit que la pâle lueur des néons se refléter sur les visages faméliques des oiseaux de nuit, ceux qui restent debout parce qu’ils ne savent pas (ou ne veulent pas) rentrer. Connie en fait partie.

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