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GOOD TIME – BEN & JOSHUA SAFDIE

The city that never sleeps. New York. Si la quasi-totalité du nouveau long-métrage des frangins Ben et Joshua Safdie se passe la nuit, on est bien loin de Times Square, à des années-lumière de l’hymne romantique de Frank Sinatra à la ville monstre qui bombe le torse. Ici, on ne voit que la pâle lueur des néons se refléter sur les visages faméliques des oiseaux de nuit, ceux qui restent debout parce qu’ils ne savent pas (ou ne veulent pas) rentrer. Connie en fait partie.

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120 BATTEMENTS PAR MINUTE – ROBIN CAMPILLO

« Un bon film me fait pleurer », m’a dit ma jolie voisine de projection en sortant de la salle du Cinéma 28. Pendant 120 battements par minute, elle a pleuré. Moi aussi (mais je n’ai rien dit). On a pleuré devant la crudité de la vérité nue. Oui, regarder la vérité en face, dans ce qu’elle a de jouissif comme dans ce qu’elle a de vachard, fait surgir de nos corps, endormis par le confort moderne, des émotions incontrôlables. Et le cinéma, formidable caisse noire de résonance, se révèle souvent comme un parfait exutoire à nos colères.

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CREEPY – KIYOSHI KUROSAWA

Il fait froid. Dès le premier plan du nouveau film de Kiyoshi Kurosawa, la température descend d’un cran dans la salle de la rue Hautefeuille. À l’écran, le soleil blafard scintille faiblement entre les barreaux polis qui quadrillent une baie vitrée. Un jeune homme entre dans le cadre. Charmeur, souriant, aux gestes délicats. Lentement, le plan s’élargit pour laisser le spectateur découvrir non pas un loft à la déco vintage comme on aurait d’abord pu le penser, mais la salle d’interrogatoire d’une prison.

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L’AMANT DOUBLE – FRANÇOIS OZON

François Ozon m’énerve.

Voilà, c’est dit. Ça fait 20 ans que j’avais ça sur le cœur. Chaque fois que la critique l’encense et que le public s’ébaudit, ça me hérisse le poil. Pourtant, je n’ai jamais vraiment trop su pourquoi… Son style (indéniable) ? Sa réussite (là aussi incontestable, vu le conformisme de certaines propositions et la platitude d’autres dans le paysage cinématographique français) ? Sa production (pléthorique, quasiment un film par an) ? Pourtant, je ne vais pas me laisser aller à verser dans la jalousie maladive face à l’ambition. Non, les sujets de ses films m’agacent. Tout simplement.

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LES FANTÔMES D’ISMAËL – ARNAUD DESPLECHIN

Lorsque je me suis assis, en 1992, dans la petite salle du “Paris” à Clermont-Ferrand, je ne savais pas encore que j’allais commencer la plus vivace, la plus tourmentée, mais néanmoins la plus longue histoire d’amour de ma vie. Histoire toute platonique, j’en conviens, puisque qu’elle est et ne sera jamais qu’univoque et introspective. Pourtant, jamais je n’ai été déçu. À aucun moment. Et depuis ce jour, inlassablement, je reviens, dans la pénombre des salles obscures, dans les bras de ces amant-e-s de celluloïd, prêt à narguer l’éternité, le temps de quelques heures.

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ALIEN: COVENANT – RIDLEY SCOTT

« J’ai toujours été frustré que personne n’ait jamais posé les cinq ou six questions qui comptaient : Qu’est-ce que c’était que ce vaisseau sur la planète où se posait le Nostromo ? Qui en était le pilote ? Qui était dans le scaphandre ? Qu’est-ce que c’était que cette planète ? Pourquoi des œufs ? Pourquoi un ADN évoluerait-il aussi vite pour produire pareil monstre ? » Qui a dit ça ? Je vous le donne en mille : Ridley Scott himself.

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GUARDIANS OF THE GALAXY VOL. 2 – JAMES GUNN

James Gunn est un sacré petit veinard. Tombé dans la marmite du cinéma, il commence à bricoler des films amateurs 8 mm avec son frangin dès l’âge de 12 ans. Après avoir traîné ses basques à la fac de Columbia, il atterrit chez Troma, la boîte de production de nanars trash du cinglé Lloyd Kaufman, chez qui il va participer à l’écriture du mémorable (ou pas, c’est selon) Tromeo and Juliet.

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SOUDAIN L’ÉTÉ DERNIER – TENNESSEE WILLIAMS

On ne meurt vraiment que lorsque les derniers souvenirs que conservent les vivants de notre passage sur Terre s’étiolent.

Pour le poète Sébastien Venable, il en est tout autre. Bien qu’il ne soit plus parmi eux, les personnes qui lui ont survécu ne parlent que de lui. Son sujet est au cœur de toutes les discussions, de tous les cris, de tous les pleurs. Qui était-il ? Dans quelles circonstances est-il mort ? Pourquoi les membres de sa famille se déchirent-ils sur les traces du dernier voyage du jeune homme, cette plage d’Espagne brûlée par le soleil ?

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©Elizabeth Carecchio

On entre dans Soudain l’été dernier, écrit en 1958 par Tennessee Williams, comme on pénètre avec méfiance dans un espace que l’homme n’aurait pas encore souillé. La scénographie inonde le champ visuel d’une végétation luxuriante, et cependant inhospitalière, un arbre formant la jambe d’un géant intemporel, les lianes suspendues comme autant de boyaux emplis de fluide, les feuillages comme d’immenses griffes. Et parmi les cris d’oiseaux et d’animaux sauvages, des voix humaines se frayent un passage. Des voix d’abord désincarnées, comme pour faire comprendre que nous avons beau être au théâtre, d’abord il sera ici question de mots. Les mots. Parfaits pour véhiculer une idée. Aussi parfaits que les êtres qui les prononcent sont inaboutis.

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SICK OF IT ALL + TAGADA JONES @ LA CLEF – 02-04-2017

Le RER qui m’emmène à travers champs et entrelacs de la Seine en ce doux dimanche de printemps a des allures de machine à voyager dans le temps et l’espace. Saint-Germain-en-Laye n’est pas vraiment LE spot du hardcore hexagonal et la tendance est plus à l’imprimé vichy et au pull sur les épaules que le hoodie noir et l’iroquois bien graissé. Il en faut donc peu pour très vite distinguer le grain de l’ivraie, le public en marche vers La CLEF de l’autochtone qui déambule sous les premiers rayons du soleil, flânant aux pieds du château de Louis Croibatonvé (oui, je sais, pas pu m’en empêcher). Et sachant que les messieurs devant qui on s’apprête à faire la plus braillarde des ovations sont les titans du NY Hardcore Sick Of It All, c’est un paquet de vieux coreux plus que de jeunes jouvencelles qui convergent vers la salle pour une ouverture de la salle à 18h pétantes.

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