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ISLE OF DOGS – WES ANDERSON

Autant le dire tout de go. À sa sortie en salles, The Royal Tenenbaums est entré direct dans mon Top 5 pour depuis, ne jamais en sortir. Objectivement, je vais avoir beaucoup de mal à me départir de ma dévotion aveugle et inconditionnelle à l’œuvre de Wes Anderson pour vous parler de son dernier film. J’ai beau chercher : pas de puces. J’ai beau ronger : pas d’os. Tout est à sa place, rien n’est de travers. Dans le petit monde méticuleux et fragile de Wes Anderson, pas l’ombre d’un nuage pour qui sait prendre le temps d’observer. Pourtant, les critiques à son égard sont légion, toutes formulées autour de la même rengaine : Wes Anderson fait du Wes Anderson. Soit. Jouons les avocats du diable et regardons en détail si ce vieux Wes en a encore sous la semelle ou s’il nous ressort, avec Isle of Dogs, encore et toujours la même recette ?

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AS BOAS MANEIRAS (LES BONNES MANIÈRES) – MARCO DUTRA et JULIANA ROJAS

Tout le monde connait cette fameuse citation d’Oscar Wilde “We are all in the gutter, but some of us are looking at the stars”. Non ? Tant pis, vous devriez, et je ne dis pas ça par forfanterie, mais bien parce que cette phrase est sans doute une des plus belles (et des plus sincères) invitations au rêve que je connaisse. Quoi de plus grisant, quoi de plus captivant pour un spectateur qu’un état laissant infuser ces deux visions, l’une triviale et l’autre fantasmagorique, les pieds dans la boue et la tête dans les étoiles ?

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LA NUIT A DÉVORÉ LE MONDE – DOMINIQUE ROCHER

Rien ne se perd. Rien ne se crée. Tout se transforme.” Quand il écrit cette phrase en 1778 au sujet de la combustion de l’air, Lavoisier ne se doute pas que 240 ans plus tard, un obscur critique de cinéma allait reprendre à son compte la désormais célèbre maxime du philosophe-chimiste pour ouvrir sa chronique hebdomadaire sur un énième film de zombies…

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MACBETH – WILLIAM SHAKESPEARE

“(La vie) est une histoire
Racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur,
Et qui ne signifie rien.”
Macbeth, Acte 5, scène 5

Shakespeare était en avance sur son temps. 82 caractères. À peine un tweet. À essayer de compter ses followers en 2018, on pourrait casser l’Internet, j’imagine. Tellement moderne, William, que dans cette citation de Macbeth, on voit déjà naître et mourir le 20e siècle. On voit la convoitise, l’ambition, la démesure, l’irresponsabilité. Tous ces maux qui embrasèrent et consument toujours les nations et les peuples, de l’Afrique à la Russie, des États-Unis d’Amérique à l’Italie. Mais il est déjà trop tard, et passés le bruit et la fureur, il ne reste plus aujourd’hui que la vanité de l’Homme, des (émot)icônes et quelques symboles.

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BLACK PANTHER – RYAN COOGLER

Le monde vient de célébrer l’anniversaire de la naissance de Martin Luther King. Enfin, je dis le monde… Quelques hommes et femmes de bonne volonté ont fait une nouvelle fois œuvre de mémoire. Et pourtant, même dôté du plus grand dévouement à une cause, est-ce préférable de célébrer la naissance d’un défenseur des droits les plus élémentaires d’une population face à la bêtise, mort tragiquement ou, à l’inverse, espérer au fond de nous que rien de tout ceci n’ait jamais existé ? Ne préfèrerait-on pas que l’aube des temps avait vu naître et croître une seule et même civilisation animée par un seul et même but : la paix et la lutte contre les inégalités ?
Rassurez-vous, je n’ai pas versé dans la bien-pensance molle. Disons plutôt qu’un petit voyage en dystopie m’a fait réfléchir et ouvert les chakras.

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THE SHAPE OF WATER – GUILLERMO DEL TORO

Sous la surface, il se passe beaucoup de choses si l’on prend la peine de s’arrêter et d’observer. Prenez le métro parisien par exemple. Pour tous ceux qui connaissent la station République et ses couloirs tentaculaires, il est un endroit où la RATP a plutôt bien fait les choses en matière de politique culturelle (et c’est tellement rare qu’il faut le signaler) : un spot spécialement dédié aux musiciens. Ce n’est pas le seul évidemment mais c’est celui qui me vient de fait à l’esprit, vu que j’y passe désormais tous les jours. On peut y voir et entendre de vrais artistes, je dis “vrai” au sens de compositeur. Et parfois, rarement, on y entend aussi des aberrations, des supplices pour l’oreille. Il y’a quelques semaines, je rentrais du boulot (Aye-hee-aye-ho !) et, en m’approchant de cet endroit, j’entends de loin s’égrener les premières notes de Smells like teen spirit. J’exultais, connaissant la qualité des interprètes qui habituellement joue à cet endroit, mais je déchantais très vite lorsque j’assistais, médusé et/ou hilare, je ne sais plus, à une reprise du brûlot de Seattle en trois temps mode reggae. Ce n’est pas que je n’aime le reggae, entendons-nous bien, mais là, non, c’est juste raté les gars.

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PHANTOM THREAD – PAUL THOMAS ANDERSON

J’ai l’impression de raconter toujours la même chose dans mes chroniques.
De quoi traite le cinéma si ce n’est de tout ce spectre d’émotions que la vie nous a mis entre les mains, et des péripéties déclenchées par cette sarabande folle qui se bouscule dans nos têtes ? De L’attaque du train d’or jusqu’à Bad Taste (oui, regardez bien, même dans Bad Taste), en passant par Fast & Furious ou bien les Tuche, on ne parle que de ça. Toutes les déclinaisons sont possibles : ça rend fou, ça rend con, ça rend heureux, ça fait chanter, se tirer dessus à coups de rétro lasers, etc. Bref, on ne parle QUE-DE-ÇA. De quoi ? De l’amour tiens donc ! Et de toutes ses petites contrariétés. Non, ce n’était pas mieux avant. Quoique… Avant, il y avait Laura d’Otto Preminger, Voyage en Italie de Rosselini, Mort à Venise de Visconti, Le Mépris de Godard. Qui mieux que les grands maîtres, d’une simple épure, a su plonger au plus profond de la psyché humaine pour sceller dans la lumière d’un projecteur les affres de deux cœurs battants de concert ? Aujourd’hui, rares (de plus en plus, malheureusement) sont les cinéastes dont le sujet et le scénario n’ont l’audace de ne traiter que de cela. Hong Sang-Soo s’y emploie avec une régularité de métronome. Woody Allen n’a jamais parlé d’autre chose. Mais faisons fi des marivaudages. Le grand gagnant de ce soir, celui qui bat tout le monde à plates coutures, c’est bien Paul Thomas Anderson.

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SPARRING – SAMUEL JOUY

Pour Bourdieu, la sociologie est un sport de combat. Même si je n’ai jamais vraiment su ce que cet aphorisme voulait dire, ça fait toujours bien de citer un auteur. À en croire certains, le documentaire de Pierre Carles évoque la pensée en mouvement dans le quotidien du penseur. Ce à quoi je voulais en venir en faisant le malin avec ma citation, c’est que Sparring, premier long-métrage de Samuel Jouy m’a fait penser, par sa forme et son écriture, à ce titre emblématique. Pour cet acteur passé à la réalisation, le film de boxe, film de genre par excellence, est un acte politique.

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GASPARD VA AU MARIAGE – ANTHONY CORDIER

Trois clichés tenaces courent sur le cinéma français. Il ne va pas bien. C’est pour les tocards intellos. Et quand c’est une comédie, c’est en dessous de la ceinture. Eh bien non. 3 fois non. Sans tomber dans un angélisme aveugle – le système de financement qui permet à la production française d’être aussi diversifiée a subi de belles attaques en règle de la part des gouvernements successifs durant ces 20 dernières années – depuis que le vieux Lumière a inventé cette attraction de cirque, il n’a cessé de renaître, le cinéma. Et il y’en a pour tout le monde. Là non plus, pas de cocardisme effréné, car nul ne pourra renier que le cinéma français reste l’un des plus vastes et hétéroclites champs d’investigation visuelle du cinéma mondial. Continuons de garder ça pour nous, hein. Quant aux comédies, les goûts sont dans les couleurs mais si j’ai un conseil à vous donner, c’est d’aller voir l’autre comédie sortie cette semaine. Celle où les ressorts du scénario ne se basent pas uniquement sur un accent bizarre et des coutumes triviales. Allez voir Gaspard va au Mariage. Les Tuche 3, c’est vous qui voyez.

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