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ALIEN: COVENANT – RIDLEY SCOTT

« J’ai toujours été frustré que personne n’ait jamais posé les cinq ou six questions qui comptaient : Qu’est-ce que c’était que ce vaisseau sur la planète où se posait le Nostromo ? Qui en était le pilote ? Qui était dans le scaphandre ? Qu’est-ce que c’était que cette planète ? Pourquoi des œufs ? Pourquoi un ADN évoluerait-il aussi vite pour produire pareil monstre ? » Qui a dit ça ? Je vous le donne en mille : Ridley Scott himself.

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GUARDIANS OF THE GALAXY VOL. 2 – JAMES GUNN

James Gunn est un sacré petit veinard. Tombé dans la marmite du cinéma, il commence à bricoler des films amateurs 8 mm avec son frangin dès l’âge de 12 ans. Après avoir traîné ses basques à la fac de Columbia, il atterrit chez Troma, la boîte de production de nanars trash du cinglé Lloyd Kaufman, chez qui il va participer à l’écriture du mémorable (ou pas, c’est selon) Tromeo and Juliet.

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SOUDAIN L’ÉTÉ DERNIER – TENNESSEE WILLIAMS

On ne meurt vraiment que lorsque les derniers souvenirs que conservent les vivants de notre passage sur Terre s’étiolent.

Pour le poète Sébastien Venable, il en est tout autre. Bien qu’il ne soit plus parmi eux, les personnes qui lui ont survécu ne parlent que de lui. Son sujet est au cœur de toutes les discussions, de tous les cris, de tous les pleurs. Qui était-il ? Dans quelles circonstances est-il mort ? Pourquoi les membres de sa famille se déchirent-ils sur les traces du dernier voyage du jeune homme, cette plage d’Espagne brûlée par le soleil ?

sled1©Elizabeth Carecchio

©Elizabeth Carecchio

On entre dans Soudain l’été dernier, écrit en 1958 par Tennessee Williams, comme on pénètre avec méfiance dans un espace que l’homme n’aurait pas encore souillé. La scénographie inonde le champ visuel d’une végétation luxuriante, et cependant inhospitalière, un arbre formant la jambe d’un géant intemporel, les lianes suspendues comme autant de boyaux emplis de fluide, les feuillages comme d’immenses griffes. Et parmi les cris d’oiseaux et d’animaux sauvages, des voix humaines se frayent un passage. Des voix d’abord désincarnées, comme pour faire comprendre que nous avons beau être au théâtre, d’abord il sera ici question de mots. Les mots. Parfaits pour véhiculer une idée. Aussi parfaits que les êtres qui les prononcent sont inaboutis.

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SICK OF IT ALL + TAGADA JONES @ LA CLEF – 02-04-2017

Le RER qui m’emmène à travers champs et entrelacs de la Seine en ce doux dimanche de printemps a des allures de machine à voyager dans le temps et l’espace. Saint-Germain-en-Laye n’est pas vraiment LE spot du hardcore hexagonal et la tendance est plus à l’imprimé vichy et au pull sur les épaules que le hoodie noir et l’iroquois bien graissé. Il en faut donc peu pour très vite distinguer le grain de l’ivraie, le public en marche vers La CLEF de l’autochtone qui déambule sous les premiers rayons du soleil, flânant aux pieds du château de Louis Croibatonvé (oui, je sais, pas pu m’en empêcher). Et sachant que les messieurs devant qui on s’apprête à faire la plus braillarde des ovations sont les titans du NY Hardcore Sick Of It All, c’est un paquet de vieux coreux plus que de jeunes jouvencelles qui convergent vers la salle pour une ouverture de la salle à 18h pétantes.

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T2 TRAINSPOTTING – DANNY BOYLE

Ce matin, je me suis levé. J’ai fait quelques brasses dans la piscine que je viens de faire construire dans le coin le plus ensoleillé de ma villa. Au sortir de ce bref entraînement, j’entends mes deux enfants se chamailler gentiment dans notre cuisine dernier cri pendant que notre gouvernante me prépare un solide encas en vue de la journée de travail particulièrement chargée qui se présente. Je suis directeur financier dans un cabinet d’affaires mondialement connu. La mère de ma progéniture est déjà partie, l’organisation du shooting à Milan l’ayant obligée à prendre un avion aux aurores pour pouvoir rentrer à l’heure pour le défilé de ce soir, défilé auquel je n’assisterai probablement pas. Et soudain, alors que je suis en train d’avaler mon deuxième verre de jus de fruits bio sur-vitaminé, un jet acide d’angoisse embrase mon œsophage avec une fulgurance inédite : « Qu’est-ce que je suis en train de faire ? Pourquoi je le fais ? J’aurais pu saboter mes études de commerce, J’aurais pu devenir graphiste à l’arrache et adorer ça, continuer à attendre mon salaire chaque mois à partir du 15 et faire quand même la fête, j’aurais pu fumer comme un pompier et boire plus que de raison, j’aurais pu rencontrer des personnes qui me font encore m’émouvoir comme un gosse à 44 ans. Putain, quand est-ce que tout a merdé à ce point ? »

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LOVING – JEFF NICHOLS

Les histoires d’amour finissent bien. À Hollywood. Sauf qu’ici, on n’est pas à Hollywood. On est chez Jeff Nichols, auteur du très remarqué Midnight Special en 2016. Malheureusement, une fois n’est pas coutume, les distributeurs français ont bien fait leur boulot de camelot et tous les gens qui passent devant l’affiche de Loving, ou matent d’un œil distrait la bande-annonce, n’y voient qu’une énième et mièvre romance avec violons et chromos bucoliques. La belle petite histoire sur fond de Grande Histoire. Hé ben non ! Bien sûr, Jeff Nichols n’a ni la fougue passionnée d’une Jane Campion ni le lyrisme spectaculaire d’un Steven Spielberg, mais à bien y regarder, le cas de Mildred et Richard Loving n’a rien d’incongru dans la filmographie du réalisateur.

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PATERSON / GIMME DANGER – JIM JARMUSCH

Actualité oblige, je vais vous inviter à voir non pas 1, mais 2 films ce soir. Ouais, chez The Unchained, on mouille grave le maillot pour nos lecteurs. Pourtant, le pari est audacieux tant la tâche est ardue, tant l’écart semble infranchissable entre les deux. Comment arriver à concilier un éloge de la lenteur et une bacchanale de fureur ? Comment faire cohabiter le murmure doux d’un stylo sur du papier avec la stridence rageuse d’un riff de sax ? Qui d’autre que Jim Jarmusch, l’éternel adolescent sur qui les années ne laissent aucune trace, pouvait me faire ce cadeau (un peu) empoisonné ? Pourtant, à bien y regarder, et j’ai envie de dire comme toujours, les apparences sont aussi trompeuses que les similitudes nombreuses. Pour entrer dans le cinéma du Big Jim, un petit conseil. Pensez au trajet que vous faites tous les matins pour aller au taf. Toujours les mêmes immeubles, souvent les mêmes visages, et inlassablement le même nombre de pas de votre appart’ au métro. Bright lights, big city. Et cependant, un matin, vous avez quelques minutes d’avance et vous levez les yeux. Et vous vous rendez compte que tous les matins, depuis tous ces mois, voire toutes ces années, vous n’aviez pas vu un détail, presque infime, une craquelure sur un mur, un reflet sur un rideau de fer, et immédiatement, votre imaginaire se met en marche. Voilà, vous y êtes, bienvenue chez Jarmusch.

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AMERICAN HONEY – ANDREA ARNOLD

Disparue des radars. Hors-champ. Voilà presque 7 ans qu’Andrea Arnold n’avait pas donné de nouvelles. Depuis l’électrisant Fish Tank en 2009, le parcours de la réalisatrice britannique ressemblait à s’y méprendre à celui de ses personnages. Comme un insecte nocturne qui, contrairement à ses congénères agglutinés autour d’une incandescence, laisserait glisser son vol à la frontière du halo, sans jamais risquer de s’irradier trop près de la source. Trop près des médias. Trop près du cirque. Pas folle la guêpe, malgré l’avalanche de récompenses depuis son premier court-métrage en 2004, elle ne s’est jamais engluée dans les compromis visuels ni dans un story-telling convenu. C’est plutôt même à coup de dard, toujours sur la défensive, toujours vigilante, qu’elle vient raviver quelques notions élémentaires sur les rapports humains, sur les tabous, sur la vie, et sur le cinéma, d’une certaine manière. Même si c’est douloureux, on est bien d’accord qu’une piqûre de rappel, ça fait du bien.

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MOONLIGHT – BARRY JENKINS

En attendant d’entrer dans la salle du Studio 28, dans la rue Tholozé qui grimpe au pied de la Butte, dans le hall d’entrée aux murs recouverts de miscellanées poussiéreuses, il y’a cette affiche du Napoléon d’Abel Gance.

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