ALCEST – SPIRITUAL INSTINCT

Spirituelle, la musique peut assurément l’être.  La création musicale peut être comme un chemin personnel, un besoin de se retrouver avec soi même en dehors de l’espace, du temps et du mouvement.  La création de certains artistes est viscéralement liée à la spiritualité musicale, comme une recherche constante d’équilibre interne. Chez Alcest c’est tout simplement un chemin continue dans une exploration du soi-même à travers une discographie reflet de son œuvre. Après un magnifique Kodama qui a ouvert de plus grandes portes pour le groupe et particulièrement chez nous (nul n’est prophète en son pays, surtout avec la France), l’album a aussi été une période d’éloignement avec l’équilibre, un moment beaucoup plus intense fait de tournées en continue. Etre dépossédé de soi même c’est comme perdre de son essence spirituelle.

Comme une envie de faire le vide, se détacher de ces derniers mois intenses, Spiritual Instinct arrive à un moment important de la vie de Neige. Après un Kodama poétique aux accents japonais et d’ailleurs, Alcest ne cessera pas de nous étonner en offrant une nouvelle profondeur. Une recherche de soi même pour ne pas se perdre dans la frénésie du milieu qui peut être succincte et dévastatrice. L’œuvre du duo Fortifem pour l’artwork ne détrompe pas, à travers l’image de cette mythique sphinx calme apaisante mais capable aussi du plus sombre.

Nous nous dirigeons vers un voyage beaucoup plus personnel.

Et à la première écoute de ce nouvel album, on ne peut qu’être touché par cette œuvre forte, une recherche de sérénité émane dès les premières notes sur « Les Jardins de Minuit ». Comme un cri du cœur à la poursuite de la lumière éloignée, Neige dans sa composition navigue dans des halos de lumière et les mers sombres.

La musique d’Alcest s’est muée au grès des albums en une œuvre très personnelle et allant au-delà de toute étiquettes au fil de son évolution. Mais ce dernier album va chercher dans une profondeur et subtilité musicale encore plus instinctive. Les lignes et mélodies s’éclaircissent et allant à l’essentiel sans recycler non  plus le passé.   La création musicale se veut plus dans le ressenti et la « subtilité », ne s’handicapant pas de surenchère et grandiloquence.

« Protection » et « Sapphire » sont les premiers titres dévoilés, comme un porte entre l’avant et l’après. « Protection » plus percutant comme faire face à l’adversité et « Sapphire » nous amène cette constante dualité de l’esprit avec ces plages au chant apaisé et parties plus viscérales.  Spiritual Instinct se dévoile comme un album symbolique,  comme la lumière sur le chemin sombre aidant à avancer à travers ces moments de vie. Apaisant, touchant mais aussi émotionnellement fort dans la douleur évoquée.

Symbolique, cette œuvre l’est assurément. N’hésitant pas à rendre hommage à des artistes de cette période artistique du XIX -ème siècle avec « L’ile des Morts » ou bien « Le Miroir ». Le premier est  un titre qui reflète le travail d’Arnold Böcklin mais aussi le plus intense de l’album. Nous poussant vers un horizon sur 9 minutes à la fois lumineuses, agitées mais aussi étourdissantes par ce chemin emprunté. Le voyage n’est pas si facile entre froideur et appel mystique de l’œuvre sur ce titre qu’est « L’île des Morts ».

On pourrait penser que c’est le moment de se laisser envahir les ténèbres. Mais ce n’est pas le but de ce titre, loin de là. Entre rythmes plus poétiques et ralentis ou bien envolées sur des parties de batterie qui prennent l’ascendant, on reste portés par cette voix qui se voudrait presque chamanique, guidé par les sonorités vocales de Neige comme une mantra à la recherche de sa flamme interne qui se dévoile au fil du titre. Le chemin n’est pas sans dangers tout le long de l’album et la lumière est le fil rouge mélodique.

C’est cette recherche de paix et de plénitude avec soi même qui sera mis en avant à travers le magnifique « Le Miroir ». A travers le poème de Charles Van Leberghe, le groupe dévoile un des titres les plus intenses et le plus beau dans sa simplicité mélodique. Tout prend sens et la lumière remplit ce titre autant dans structure que dans son élévation. Etre face à soi même, en dehors de tout, l’esprit s’apaise et s’élève au dessus de la matérialité. 

Le chemin peut toucher à son but si possible qu’il y en ai un…

Quand l’album se clôture sur son titre éponyme, « Spititual Instinct », ce n’est pas pour marquer la fin du voyage mais plutôt comme la symbolique et la possibilité d’un nouvelle voie à emprunter. Une nouvelle façon d’être et de faire dans une réelle connexion avec soi même autant dans la lumière et dans l’ombre.

Car à partir d’une démarche personnelle, Neige donne une universalité dans les émotions et les connexions. L’instinct spirituel est avant tout un chemin à parcourir et à vivre. une connexion à la nature, au vivant et la place dans ce monde. Neige dévoile sa relation à la spiritualité qui se veut instinctive, reliée aux énergies les plus élémentaires qui se ressentent dans ce disque dépourvue de toutes futilités.

Ce disque respire , illumine comme une mantra. Aérienne, virevoltante et apaisante elle se fait lumière dans l’obscurité du monde.  Fort dans la beauté musicale et l’intensité de ses paroles, Spiritual Instinct est un équilibre parfait car à la fois œuvre personnelle et universelle dans la portée émotionnelle.

C’est un chef d’œuvre que le groupe nous offre en cette fin d’année.

Un besoin de lumière dans cet océan d’ombres.

 

Alcest, Spiritual Instinct, Nuclear Blast Records, sortie 25 octobre 2019

 

Texte: Anthony Tucci

 

 

 

 

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