CULT OF LUNA + GUESTS @ TRIANON – 30/11/2019

La musique et la transe. La musique a cette force de provoquer un état totalement autre, entre rêve et réalité. Être dans un état de transe et en avoir conscience sans pouvoir s’y détacher, ni se libérer car on ne le veut pas tout simplement. C’est un peu l’état après le passage de Cult Of Luna ce soir..

Dans un Trianon tel un écrin parfait, Cult Of Luna trouvait une salle à la hauteur de sa futur prestation et de son talent dans un tout qui allait être des plus magnifiques. Sold out depuis des semaines, si ce n’est des mois, c’est pile poil qu’on arrive dans une salle déjà bien remplie. En plus de nous avoir offert un album chef d’œuvre, les suédois partaient sur cette tournée avec des groupes tout aussi talentueux et qui risquent de nous offrir une soirée riche en émotions.
Pile à l’heure, c’est A.A Williams. L’anglaise déploie une ambiance froide et poétique dans un post rock aux arrangements sublimes et tout en douceur dans un style épuré. Une demi heure de set qui nous transporte avec facilité à travers mélodies et paysages d’hiver. En fermant les yeux, on se laisse facilement charmé, je l’avoue, et du coup on en oublie presque ce qui nous entoure… A.A Williams et son groupe ont réussis le pari de transporter la majorité d’un public parisien pas si facile comme le confirme les commentaires sans intérêt  des nazes à côté de moi. Pari réussi car il y a toujours l’exception qui confirme la règle. Belle découverte de la soirée. Finesse et douceur, une belle voix qui emporte dans ce post ambiant lumineux et mélancolique à la fois et en toute sensibilité.

 

Beauté, sincérité et lumière, c’est aussi les mots qui peuvent se raccrocher à la musique de Brutus. Une montée en puissance logique dans le déroulé de la soirée. Les belges, qui ne cessent de se faire remarquer, avaient remplis leurs dernières dates parisiennes et c’est avec une certaine logique qu’on retrouvera de nombreux fans dans le public de ce soir. Les deux groupes tout aussi créatifs et proposant une musique totalement différente de ce qu’il se fait, ne pouvaient que rassembler les amoureux du beau son ce soir. Brutus a sorti un album chez Sargent House il y a quelques mois, déjà certifié comme œuvre d’art par la critique ( avec raison).

Puissant et à fleur de peau comme son jeu de batterie, Stefanie nous fait vibrer par ce chant qui sort autant des tripes que du cœur. Une frappe lourde, arrachée, donnée avec rage comme ce chant qui vient libérer ce cri du cœur. C’est beau, c’est fort.

« War » nous bouleverse alors que « Cemetery » nous transcende. Un réel ascenseur émotionnel, on prend des coups, on est ébloui par cette lumière et cette obscurité.Ses comparses ne sont pas en reste et la guitare de Stijn emporte elle aussi dans cette fragilité, douceur et cette force inattendue. La mélodie est aussi la lumière dans l’obscurité. C’est la tout le talent de Brutus.

« Drive » nous conduit à toute vitesse , guidé et porté par la voix pleine de rage de Stefanie. Un feu intérieur l’anime pour déverser autant d’émotions entre douceur et fureur. Ce dernier album est tout simplement une pure merveille, un instant unique. Et c’est « Sugar Dragon » qui finalisera ce moment au plus fort de son intensité avec la forte envie de revivre ça dès que possible.

 

Pas de back drop, des tentures disposées en biais sur un fond comme un décor une pièce de théâtre dans une mise en scène moderne. Une interprétation d’un drame psychologique entre lumière et obscurité, les méandres de l’esprit sûrement.  L’art et la création musicale sont multiples avec Cult Of Luna et ce soir on a un droit à un chef d’œuvre complet. Une scène qui s’animera par les lumières, souffleries et machines à fumé nous plongeant entre conscient et subconscient, dans un rêve éveillé ? Ou bien un état autre où l’esprit se détache du moment pour laisser place à ce qui traîne dans les recoins sombres…

Quelques notes et c’est l’introduction de the « Silent Man » qui prend le contrôle du Trianon au rythme de ses deux batteries hypnotiques. Comme possédés, attirés, l’appel chamanique du culte de la lune va transporter et transformer en peu de temps un Trianon hors de son enveloppe physique. Les corps sont là et l’âme est encore plus loin, prise dans une transe guidée par la voix rauque de son frontman. Parlons en de Johannes Persson ! Au dela de la réelle fusion et complémentarité au sein de ce groupe qui , il dégage une rage autant au niveau de la voix que de sa présence scénique, comme un chaman guidant par ses paroles les âmes perdues.

Le groupe a l’emprise sur la salle, lui dictant le rythme à suivre en le tenant dans un état de semi éveil de l’esprit.  Être en conscience de ce qui se passe sans pour autant agir sur son état…. Un set qui déploie une ampleur qui dépasse l’enveloppe du Trianon. Cult of Luna est arrivé à un stade difficilement rattrapable par d’autres. Guidant une transe générale, la musique a une aura qui ne se disperse point mais va en s’amplifiant dans cette mise en scène et ce live qui dépasse l’entendement. Scène, lumières, musique, une création qui englobe le tout et pensée en tant que tel. De l’art. Amenra nous met en état de choc émotionnel dans ses lives, Cult Of Luna nous perd dans une brume, une lumière et de silhouettes irréelles comme un guide dans une transe inexplicable et inextirpable.

Le groupe déroule de façon inée, ce n’est même pas machinal comme tout musiciens professionnels le feraient, c’est en roue libre, fluide, les yeux fermés. La musique se matérialise, s’exprime et prend vie devant nous dans une lumière des plus magnifiques gardant sans cesse le groupe dans la pénombre en faisant bien attention que ses membres n’apparaissent jamais distinctement… Comme des ombres déambulant dans cet état quasi onirique dans lequel on se trouve.

L’accalmie viendra à travers des titres comme « And With Her Came The Birds » et « Passing Through ». Des moments aériens, flottant comme des spectres, juste guidés par la voix rassurante de Fredrik. Bien entendu c’est ce magnifique album qu’est A Dawn To fear qui sera mis en avant mais on oubliera pas, entre autre, les monstrueux Vertikal et Vertikal II dont l’hypnotique « In Awe Of » en est issue. Ce titre nous délivre un moment de pure lévitation spirituelle guidée par les claviers de Kristian et ce jeu des deux batteries ( sans Magnus Lindberg retenu en Suède) qui au passage nous  offre un set  parfaitement incroyable, monstrueusement synchrone et d’une complémentarité hallucinante entre parties de percussions purs et rythmiques.

 

C’est le bien adéquat « The Fall » qui est appelé pour notre dernier voyage comme le paroxysme de cette tension latente qui nous tenait depuis le début. Une explosion sur un final des plus forts que j’ai pu voir cette année. Provoquant comme un vrai éveil après ce voyage inexplicable.

Un set qui aura vu plus d’une heure et demi indéfinissable en quelques titres certes mais une intensité sans faillir,  comme si on s’était détachés du temps et de l’instant, retrouvant ce monde, cette réalité, après le départ du groupe. Matérialisant réellement cette fin, cette chute, loin de la lumière et s’engouffrant dans la noirceur de la réalité.

Un concert qui provoquera bien des réactions mais qui restera comme un de plus marquants depuis très longtemps…

Merci aux groupes pour cette soirée loin de tout.

Texte: Anthony

Photos Mario Ivanovic

 

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