ENTER SHIKARI + GUESTS @ BATACLAN – 30 mars 2019

Samedi soir à Paris, ce sont les très attendus anglais d’Enter Shikari qui reviennent. De retour après un an et quelques mois en noter chère capitale, ils ne cessent de grimper en taille de salle et le réussi dernier album The Spark confirme la capacité du groupe à créer et proposer ! Après un Elysée Montmartre en décembre 2017 c’est au tour du Bataclan d’accueillir les électrons libres de St Albans.
Après un show qui nous avait bluffé en décembre, on avait juste hâte de retrouver le groupe. Pouvoir proposer et se renouveler sur scène avec un visage différent sur chaque titre entre le disque et la scène. Je n’en vois pas beaucoup. Sauf ce soir.


Pour l’ouverture c’est un Bataclan en petite configuration qui accueille le groupe lyonnais invité ce soir par Alternative Live. Oakman, jeune groupe lyonnais qui fait clairement de l’œil à Paramore par sa configuration et sa musique, ce qui se vérifiera après quelques notes. En faite ce n’est pas mon style mais ça se débrouille bien sur scène, de quoi ravir le public présent qui appréciera en large la performance des lyonnais. Une chanteuse aussi à la guitare et une variété dans les titres qui permet de mesurer la qualité d’interprétation fort apprécié par les public déjà présent… En fait on se débrouille pas trop mal sur scène pour une ouverture de soirée. Oakman a fait le job comme il fallait

Passé le moment pop, on passera aussi rapidement sur la suite car n’étant pas fan de My Chemical Romance à l’époque, ce n’est pas le groupe As It Is qui changera cela. Copie ou hommage au groupe de Gerard Way, je ne sais pas trop, mais en tout cas il est de temps de sortir  les mèches et ceinture à cloues  et c’est retour dans la nostalgie émo au Bataclan. Le groupe blaguant même sur le rapprochement facile (un peu trop même) avec leurs ainés on peut donc penser qu’ils ont au moins un certain sens de la dérision. En tout cas, on peut être sûr que les anglais d’As It Is ont une fan base ce soir car il y a du répondant aux appels du groupe et certains titres sont repris en choeur. Bon, en ce qui concerne la partie musicale, c’est emocore revival à fond du coup difficile d’accrocher en ce qui me concerne. Même si le groupe n’est pas avare en dépense d’énergie et poses clichés à tout va c’est en décalage par rapport au dernier passage parisien d’Enter Shikari car ces derniers étaient accompagnés, entre autres, par Astroid Boys, bon groupe de grime qui avait bien retenu notre attention…


Maintenant il est temps de tout débrancher ; éteignez vos portables et autres appareils d’enregistrements nuisibles, Enter Shikari contrôle vos émotions ce soir. L’intro de The Spark retentit dans la salle et c’est le positif « The Sights » qui ouvre la soirée. Les anglais sont habillés de leur tenue de travail, sortant tout droit du bureau et un drôle de pull pour Rou. On peut souligner que le son se trouvera très bon, permettant à Rou de nous montrer l’efficacité de son chant dès les premières notes. C’est une décharge d’électrons qu’on se prend en fait car Enter Shikari c’est une dynamique  tout à fait particulière. On rentre dans un espace positif qui irradie toutes personnes présentes au sein de la salle.  Tout part de la scène dans une vibration collective, tout le groupe est au même degré d’intensité et chacun dans son style occupe la scène et transmets cette électricité si particulière à Enter Shikari. Difficile d’expliquer, faut juste participer.
Une set list qui rendra heureux les fans présents en masse ce soir car avec des vieux titres très peu joués et les premiers album Common Dreads, qui fête ses 10 ans, et Take To The Skies, seront clairement mis à l’honneur ce soir dès le début avec « Labyrinth » et « Step Up ». A chaque passage live, Enter Shikari ne présente jamais le même visage, la même routine, c’est un renouvellement constant et le groupe garde toujours la même coolitude, cette énergie communicative.
Le show s’élève en niveau à chaque prestation et les lights apportent encore une autre dimension au show de ce soir. Entre premiers titres nerveux et les plus récents plus progressifs aux vibrations positives, l’ambiance d’un concert d’Enter Shikari dégage une aura qu’on ne trouve nul part ailleurs. Même les néophytes présents ce soir dans la salle s’en rendent compte très rapidement.

Quant à Rou, c’est une vraie machine sur piles Duracell, intenable, partout à la fois, électrisant mais aussi émouvant quand il se retrouve seul sur le magnifique « Airfield » ou bien le « Shinrin-Yoku » à la trompette. Enter Shikari c’est un transport en dehors de tout matérialisation spatiale. Mais ça c’était avant le branle bas de combat sur « There’s a Price on Your Head » qui sera l’élément déclencheur de l’ultra combo qui fera défiler « Gandhi Mate, Gandhi » et « Mothership » et là on ne répond plus de rien tout simplement. Comme je le soulignais lors du dernier passage, même les titres du dernier album, qui se veulent plus calme, passent efficacement au cours de ce set et apportent une émotion tout autre. Comme l’excellente reprise d’ «Insomnia» de Faithless, groupe de trip hop anglais.
On jouera l’excellent « Stop The Clocks » chanté sur cette tournée juste avant le Quickfire round LE moment intense de la soirée. Quatre titres en huit minutes top chrono, juste ce qu’il faut pour retourner à point le Bataclan. Un gros shot de guarana mixé à un dérivé de speed qui conclura sur un remix d’ « Anaesthetist »


C’est un peu une expérience qu’on accepte sans trop sourciller, nos anglais sollicitent constamment et étonnent à chaque fois son public qui ne demande que ça. Un partage musical mais aussi un constat sur ce qui se passe hors de ces murs. Enter Shikari n’a jamais été aussi mieux placé pour jouer dans une salle au lourd passé comme le Bataclan.

Un rappel unique et en clin d’oeil à la situation kafkaïenne de son pays, Rou revient à la guitare pour un « Take My Country Back » revu en duo avec le public. Un échange intense, encore plus quand on se rend compte de ce qui se passe vraiment au-delà de ces murs et de la Manche. Rejoint par ses comparses c’est un final qui gardera la même dynamique et intensité de la soirée. Entre la rage d’un Juggernautes et les vibratins positives d’un magique « Live Outside ». C’est toujours et totalement à part une soirée avec eux.

Alors que certains groupes reculent en se regardant le nombril, Enter Shikari s’ouvre avec intelligence, réfléchit et fait avancer une scène qui a grandement besoin d’esprits comme ceux de nos quatre gars de St Albans. Ce soir c’est tout à la fois. La joie, le bonheur, la douleur, une bouffée d’énergie positive qui transporte et bouleverse pour faire oublier le temps d’un instant les alentours et ressortir revigoré, prêt à affronter le monde, son déclin et faire face. Un besoin essentiel dans ce monde qui ne tourne plus rond.

Un grand merci à Alternative Live

Texte: Anthony

Photos: Mario

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