Cernunnos Pagan Fest XI – Report des groupes (Récit 1)

Cette année encore, le Cernunnos s’est tenu sur deux jours à la Ferme du Buisson ! Le fest est toujours plus grand et propose un vaste panel d’artisans et d’animations. Mais aujourd’hui, c’est n’est pas ce qui nous intéresse ! On veut de la violence on stage, des mélopées païennes et du metal qui tâche ! Bref, parlons un peu de la prog !

Histoire de varier les plaisirs, cette année nous avons pris le parti d’une présentation par ordre de préférence ! Un top ? C’est trop grossier allons ! Plutôt une sorte de lente escalade vers le climax ultime de la musique…

Cette année le soleil était au rendez-vous (pour changer un peu de la neige). Les espaces extérieurs étaient d’autant plus occupés que le marché s’était agrandi et que plusieurs exposants avaient un stand directement sur la pelouse. Beaucoup de visages connus parmi eux ; le festival a ses habitués ! Les deux salles n’ont pas changé et à ce propos, cessons de tourner autour du pot et franchissons franchement leurs portes.

Vanaheim, à défaut d’être le premier groupe du samedi, était le premier groupe de metal de la journée. Les quatre hollandais nous ont proposé du black death sauce viking. Le groupe est jeune mais sert de prenantes mélodies doublées de chœurs. Le chanteur gère sans en faire trop et teinte certains morceaux en utilisant le chant de gorge, fameuse technique des peuples sibériens et sames.

Dommage que le son général n’ait pas été au rendez-vous : la balance était un peu aux fraises. Lesdites mélodies étaient toutes samplées, pas de claviériste sur scène pour nous. Et bon sang les gars, faîtes vous un vrai maquillage ou n’en faîtes pas ! Le make up “je vis dans une grange” ça vend pas du rêve. Surtout quand derrière y a Cemican ! Cela dit, accordons aux Bataves un mérite ; celui d’avoir réveillé un peu tout le monde après le début folk de la journée.

Plus tard dans la journée, les français d’Aorlhac jouaient dans la Halle. Parce que j’ai du mal avec le black français, j’ai pas forcément pris mon pied. Néanmoins, la salle était plutôt bien remplie et une fanbase solide était campée de pied ferme devant la scène. Avec leur musique à l’atmosphère de vieux donjon érodé par les vents mais avec un petit accent occitan en sus, Aorlhac avait franchement sa place aux côtés des Griffon et autre Darkenhöld passés les éditions précédentes.

Le dernier album du groupe, L’esprit des vents, était plutôt bien représenté (“La révolte des tuchins”, “L’Esprit des vents”) au sein de la set list puisque sorti l’an dernier. Des morceaux issus des albums précédents leur trilogie des vents étaient également au programme (“Sant Flor”, “le charroi de Nîmes”). Les refrains screamés à deux voix décoiffent et le groupe en impose sur scène.

Changement d’ambiance (mais pas de langue) le lendemain avec Brennkelt ! Quatre gaulois sur scène entourés de boucliers et du death metal bien gras. Pas de folk ici !

Le ton est rapidement donné : du martial, du viril, du velu tant dans les mélodies que dans les apartés du chanteur. Musicalement on se laisse vite prendre. Ça bouge un peu devant la scène mais quand le groupe réclame un wall of death gaulois versus vikings on réalise à quel point l’Abreuvoir est loin d’être plein !

Le groupe n’était-il pas assez accrocheur sur le papier ? Il faut dire que le groupe ne s’est reformé que récemment et qu’il n’a qu’un album à son actif. Ou alors l’horaire aura rebuté les festivaliers, préférant partir en quête de nourriture (très vite devenue une ressource rare le soir venu !) et de délassement.

Toujours le dimanche, mais en début d’après-midi, les voisins belges d’Acus Vacuum envahissaient l’Abreuvoir avec leurs mélodies de fêtes médiévales.

Aucun chant mais deux sonneurs et deux percussionnistes. Une danseuse intervient par moment – dès l’intro – pour accompagner la musique. Bien sûr on passe un bon moment : les binious ça donne envie de faire la fête, le groupe distribue des rasades de son hypocras maison, une fille peu vêtue danse sur scène… En plus c’est pas tous les jours qu’on peut voir un carnyx en action ! Mais si vous savez, cette trompe gauloise en forme de sanglier !

Mais devant le concert, nous avions quand même un sourire narquois des plus condescendants. On a tous déjà vu un groupe de ce genre dans une fête médiévale ou une convention. Les cornemuses ont des embouts fantaisistes ; les musiciens ont des tenues de GN ; le concert finit sur une reprise (et pas terrible) du générique de Game of Thrones. Acus Vacuum, c’est un chouette groupe pour faire la fête mais on en ressort avec une sensation de déjà-vu.

Juste avant Brennkelt, dans la Halle, le Cernunnos accueillait les Allemands d’Obscurity. A priori pionniers en Allemagne de la vague pagan/viking (à l’époque où débute Amon Amarth en Suède), le groupe est surtout porté sur du death metal mélodique. La voix en live de Mark Fähling est impressionnante. Sa chevelure aussi. Mais surtout sa voix. En plus il parle français ! Si c’est pas merveilleux ?


Un peu de name dropping au sujet de la set list : “Streitmacht Bergisch Land”, “Vintar”, “Blut und Feuer” … (oui c’est de l’allemand). Mention au jeune guitariste et ses joues toutes lisses remplaçant sans doute au pied levé un membre absent ! D’ailleurs le groupe a avoué la défection de dernière minute du batteur, preuve que les tournées c’est toujours un peu la galère.

Nous les avions rencontré quelques heures avant leur set pour un interview (que vous retrouverez bientôt sur theunchained.net #corpo) et ils avaient déjà revêtu leurs chatoyants costumes (d’où leur retard). Comme on s’y attendait, le concert de Cemican était spectaculaire. Du moins pendant le court moment pendant lequel nous y avons assisté avant de nous rendre à notre interview suivant.

Le groupe est composé sur scène de cinq musiciens : le trio gagnant basse/guitare-chant/batterie et deux musiciens qui s’occupent des nombreux instruments à vent que le groupe utilise. Un danseur parcourt régulièrement la scène agitant des gousses-maracas (un peu comme celles de genêt mais de la taille d’un concombre) et en réalisant des mouvements extatiques (nous a-t-il confié).

La force du groupe sur scène, en plus de leur musique excellente au demeurant, c’est d’aller aussi loin dans leur univers (et d’y emmener avec eux leur public). Devant Cemican, on se trouve face à quelque chose dont on n’a pas l’habitude. Je comprends mieux le succès croissant du groupe en Europe après les avoir vu (et surtout après les avoir rencontré). Peut-être est-ce leur sincérité ?

Les italiens de Furor Gallico jouaient le dimanche matin sur la grande scène de la Halle. La formation de death metal est complétée par deux musiciens folk, une harpiste et un flûtiste. Je trouve toujours important de signaler l’amplification des instruments acoustiques quand elle est bonne ; ce qui était le cas ! Vous pouvez imaginer le nombre de violons et autres flutiaux qui passent sur les scènes du Cernunnos pendant le week-end et il faut reconnaître que le son est rarement mauvais. Bref revenons à nos Gaulois !

Comme je viens de l’écrire, on est face à un groupe de death mâtiné de mélodies plutôt irish. Que cela vous évoque un autre groupe du pays du pays d’à côté n’est pas totalement impossible. Pourtant Furor Gallico est loin d’être un simple clone d’Eluveitie. Le chanteur au growl grave et profond n’hésite pas à switcher sur du clean pendant les refrains. Refrains parfois chantés à deux voix. Celle de la chanteuse sonne très metal symphonique d’ailleurs. Côté musiciens, les jeux de guitare sont assez fréquents et les amateurs de solos n’ont pas été lésés !

Le jeu de scène du groupe, et surtout du frontman (dans le rôle du brun ténébreux), est au point et ses interactions avec le public ont contribué à vite chauffer la salle ! Il n’était que 14h et ça bougeait dans tous les sens. Le groupe s’est offert un bon wall of death des familles avant son dernier morceau.

Pas de surprise si les derniers paragraphes sont consacrés au dernier concert du festival : celui de Finntroll ! Clou du spectacle (et du week-end) par bien des aspects, le show a enflammé la Halle comme jamais !

Après 20 longues minutes de balance (pour eux) et d’attente insupportable (pour nous), les ogres débarquent enfin avec “Blodsvept” en guise d’entrée. Toujours grimés, ils arborent leurs légendaires oreilles. Voir leurs appendices de latex battre la mesure est d’un ridicule qui en dit long sur l’humour des Finnois. La grande vedette c’est le chanteur, Vreth, bien entendu (aller lire l’interview ! #toujoursplusdecorpo). Ses danses maniérées et outrancières, ses grimaces surjouées sont hilarantes. Il le reconnaît lui-même volontiers, pas de Finntroll sans une touche de second degré et de parodie.

Le groupe enchaîne avec “Ett Norskendåd”, “Eylitres” puis “Solsagan”. Dans la salle, le public exulte et ne se retient plus au bout du troisième morceau. Les slammeurs se ruent à l’assaut de la scène et le pit se met en branle pour ne plus s’arrêter avant la fin… Viennent ensuite “Eylitres”, “Solsagan” et “När Jattar Marschera”. Après un petit intermède instrumental et sautillant qui fleure bon la clairière moussue (le temps de reprendre son souffle) et c’est reparti pour “Ursvamp”, “Skogdotter” et “Häxbrygd”.

La fosse s’est changée en un marais humain. Ça sent la bière et la sueur. En une heure, nous voilà passés de festivaliers à hommes-bêtes ahanant. Mais on ne peut en finir ainsi : il faut encore s’arracher ce qu’il nous reste de cordes vocales pour battre le rappel et prolonger un peu ce week-end de débauche musicale. Alors nous hurlons et ils reviennent.

“Jaktenstid”, l’immanquable “Trollhammaren” et “Under Bergets Rot” en guise de final ; trois coups de boutoir finaux pour se déchaîner et rechercher une dernière l’ivresse et la transe en plongeant dans le pit.

 

L’heure est finalement venue de se traîner à l’extérieur et de faire ses adieux à la Ferme du Buisson. Beaucoup s’attardent au bar ; l’after ne finit qu’à 2h après tout.

A l’année prochaine Cernunnos !

Texte : Thomas

Photo : Aurélia Sendra et Fable

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