Interview Finntroll

Une rencontre improvisée une heure avant, des questions sortis du chapeau : bref du professionnalisme comme on n’en fait plus ! Vreth et Rauta, respectivement chanteur et guitariste du groupe finlandais bien connu, nous ont fait le plaisir de nous rencontrer la veille de leur concert au Cernunnos Pagan Fest.

Aviez-vous déjà joué au Cernunnos Pagan Fest ? 
Finntroll : Non c’est la première fois.

Jusqu’à présent, comment trouvez-vous l’endroit ? 

Vreth : Nous avons seulement marché des coulisses jusqu’ici [le hall d’entrée de la Ferme, ndlr]
Rauta : On est surtout resté à l’intérieur des bâtiments.
V : J’ai pu voir qu’il y avait une sorte de marché médiéval.
R : On prendra le temps de se promener un peu.

Peut-être voir d’autres groupes ? Vous avez des amis qui jouent ?

V : Oui Cemican

Parlons un peu de votre actualité : c’est votre 20e anniversaire ? 

[s’ensuit un débat pour connaître l’âge du groupe entre les deux musiciens, ndlr]
V : Le premier album est sorti il y a 20 ans. C’était il y a trois semaines, en 1999.
R : Pourquoi ai-je la sensation que c’était en 98 ?
V : Tu as dû avoir la démo de promo ; elle était sortie en avance.

Alors, 20 ou 22 ans ? 

R : Les deux !
V : Le groupe s’est formé en 1997 mais le premier album n’est sorti qu’en 1999.

Doit-on attendre des surprises pour cet anniversaire demain, pour le concert ? 

V : On ne sait pas… On verra demain !
R : On ne prévoit jamais vraiment notre set list. Un peu avant le concert l’un se dit “oh celle-ci est bien !” et un autre répond “fuck je ne sait plus comment on la jouait” et tout le monde lui dit “t’inquiète pas, ça va aller” [Rires]

Vous avez prévu un événement particulier pour votre anniversaire en Finlande ? 

V : Non, on essaie de se concentrer vraiment sur le futur album. Avec une tournée anniversaire on perdrait encore 6 mois. L’anniversaire de Nattfödd nous avait pris deux ans ! Bien sûr ce serait bien mais le nouvel album est prioritaire.

Et que pouvez-vous nous dire sur ce nouvel album justement ! 

V : On l’écrit encore.
R : On a déjà beaucoup de chansons prêtes. Ou presque prêtes !
V : Disons 90% des chansons.
R : Toutes les pièces sont là mais il faut encore les assembler ensemble.
V : Comme on l’a dit, on a beaucoup de matière mais il faut faire coller tout ça ensemble.

Vous pensez avoir fini avant la fin d’année ? 

V : Peut-être ? [Rires] Mais c’est un gros peut-être.
R : On nous a demandé de le finir avant la fin de l’année mais fuck off on le fera pas !
– On attend depuis 6 ans on peut encore attendre un peu plus !

– Quelle sensation cela fait-il d’être le headliner du festival ? 

V : Généralement quand on est headliner c’est mauvais signe ! C’est qu’on joue au milieu de nul part. Ici y a des bâtiments en dur, un marché, plusieurs scènes. Ici ça va être très bien, je le sens.
R : On a eu notre lot de festivals pourris, à jouer dans le jardin de quelqu’un.
V : Où était-ce déjà ? On nous avait promis une fois un gros festival en place depuis dix ans. A notre arrivée c’était tout boueux et y avait un rassemblement de personnes habillées à la mode médiévale. Ensuite on nous a conduit sur le vrai lieu du festival. Le VRAI festival était sur le terrain d’un particulier : on jouait dans son garage et les loges étaient chez lui, dans son salon ! C’était quelque part en Allemagne… pas loin du Wacken. Il y avait des panneaux pour le Wacken dans les environs. Heureusement, je connaissais des gens qui ont travaillé au Cernunnos et je leur ai fait confiance.

Revenons maintenant du côté pagan du groupe. Quel genre de personnage est le troll à l’origine dans les légendes finnoises ? 

R : Le troll est une créature de la mythologie scandinave ; il n’y en a pas en Finlande.
V : Le troll de Finntroll n’est pas la créature des contes de fées. C’est plutôt une sorte d’humain sauvage et sous-développé.
R : Il y a une histoire racontée par les Vikings ou les Suèdois je ne sais plus trop quand…
V : C’était pendant la Première Croisade [contre les Finnois au XIIe siècle].
R : Les Suèdois essayaient de débarquer sur une plage et bien sûr les Finnois ne les ont pas laissé faire. Ils avaient des vêtements en peaux, des os dans les cheveux. Un Suèdois a écrit qu’ils n’avaient pas pu débarquer à cause des trolls finnois (finntrolls).
V : Notre nom vient de là.

Photo par Aurélia Sendra

Plusieurs de vos chansons parlent d’ailleurs de prêtres venus christianiser la Finlande.

[enregistrement brouillé par les bruits autours, propos incompréhensibles]
V : Le premier album est un peu conceptuel autour de ces histoires là oui.

Diriez-vous pour autant que vous vous focalisez sur des paroles anti-chrétiennes ? 

V : Plus tellement maintenant…
R : On est plutôt anti-tout !

Il y a un côté très second degrès, très cynique chez Finntroll…

V : Oui complétement !

A l’époque le mot “troll” n’avait pas le sens qu’on lui connaît sur Internet. Cette nouvelle définition vous correspond ? 

V : Le troll est lui aussi contre tout.
R : Notre point de vue sur le monde est très anarchiste ; alors oui ça nous correspond assez bien. Notre musique est un gros doigt d’honneur à un peu tout le monde.

Doit-on la blague sur la veste H&M à l’un de vous deux ? 

V : Non c’était notre claviériste. Il était impliqué dans la plupart des faux groupes.

On était un peu vexé que le groupe NSBM soit français !

V : Bien sûr qu’il était français ! [Rires] D’ailleurs le jour du show spécial, le groupe n’a pas été autorisé à jouer.

Les Scandinaves et Finlandais ont une connexion très forte avec leur environnement. Vous sentez-vous touché par les dangers qui pèsent sur le climat ? 

R : D’un point de vue personnel je le suis oui. Les humains devraient totalement disparaître de la planète. Ils sont une infection pour la Terre. Mais ça reste mon point de vue ; le groupe ne s’implique pas dans ces questions…[cherche le mot]
V : Politiques ?
R : Les membres du groupe ont tous leur propre opinion de toute façon.
V : Ce serait idiot d’avoir une opinion collective.

Un nouveau mouvement est né récemment en Suède justement, sous l’impulsion de la jeune Greta Thunberg. 

R : Oui j’ai entendu parler de ça. Mais dis m’en plus.

Elle a lancé un mouvement pour le climat et était hier (le vendredi 22 février, ndlr) à Paris. Est-ce une surprise que ce genre d’initiative naisse en Suède ? 

R : Pas vraiment… mais c’est pas une question si ?

Concrètement ce genre de mouvement ne naîtrait jamais en France. 

R : Pourquoi, vous détestez la Nature ici ?

Les liens avec la Nature sont plus forts en Finlande non ? 

R : Ça va devenir politique… Pour les gens oui mais pas pour le gouvernement. Ils n’en ont vraiment rien à foutre.
V : C’est terrible alors que c’est ce que les gens veulent en ce moment. Changeons vite de sujet ! Mais ça craint oui.
R : Dans le Nord, la Nature est toujours là. C’est normal que les gens veulent la préserver. C’est pareil en Islande, au Canada ; ils n’ont jamais perdu leur connexion. En Europe centrale, c’est très difficile de trouver des coins préservés.
V : Ils y voient des nouvelles maisons à la place des forêts.
R : Si je roule un peu…
V : Il habite au coeur de la plus grosse ville !
R : …je me retrouve vite en forêt avec personne autour. La Nature est toujours aussi présente. Même si ces connards essaient toujours de la détruire.

Il fait très chaud pour le mois de février. Vous avez les même problèmes en Finlande ? 

V : Le temps est parfait aujourd’hui ! C’est l’été ! C’est le seul aspect du réchauffement climatique que j’aime ! [Rires]

Vous n’êtes pas finnois c’est impossible !

V : Je déteste le froid ! Je suis celui qui habite le plus au nord au sein du groupe.
R : Sept mois par an il est congelé jusqu’aux os sans voir le soleil. On ne sait pas trop quel temps il est censé faire ici.

Les dernières années il y avait de la neige et on se gelait ! Un dernier mot pour votre public français ? On accepte les doigts levés ! 

V : C’est bon d’être de retour. On sera là cet été pour un festival dont je n’ai pas encore le droit de parler.
R : On était censé annoncer cette nouvelle bientôt !
V : Vous posterez pas cette partie n’est ce pas ? Je crois que c’est en juin.

Photo par Cindy Tucci

 Un festival prochain en juin ? On se demande lequel ! 

V : Ce n’est pas le Hellfest…[Rire général]
R : C’est dans le jardin de quelqu’un.
V : Non c’est un petit festival.

 Jardin ou pas vous serez headliner ? 

V : Voilà, on va aller “headliner” dans des jardins quelque part près de Lyon.
R : Exact, on va aller faire les headliners pour des fests de merde !

Merci encore à Sarah de Dooweet et Finntroll pour cet interview !

Propos recueillis le 23 février 2019 à la Ferme du Buisson par Cindy et Thomas.

Traduction par Thomas.

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