GHOST @ ZENITH DE PARIS – 7/02/19

Ce soir c’est un groupe qui déchaine les passions. Ghost ne laisse personne indifférent, soit on adore soit on déteste. Le succès du groupe de Tobias Forge, qu’on ne présent plus, l’amène en quatre albums à un zenith de Paris archi-complet dans une montée des marches du succès qui s’est fait logiquement dans les étapes. Cigale, Olympia et ce soir Zenith de Paris, Ghost emmené par le Cardinal Coppia, frontman de ce Prequelle, pas encore couronné pape mais couronné de succès pour ce Paled Tour Named Death en direct de la porte de pantin ce soir.


C’est complet et Ghost attire un public hautement éclectique comme il est rare d’en voir. Le prêche du Cardinal attire et comme au pèlerinage à Lourdes, le fidèle achète tout à l’effigie du cardinal. L’Eglise a de beaux jours devant elle car avec le T-shirt à 35 euros et une file d’attente comme jamais vu devant le stand, le calcul est rapide. La dernière fois où je me suis rendu à la procession, c’était lors du Hellfest 2016. Depuis la foule de fidèles a triplé de volume et touche au-delà. L’Eglise Ghostienne est allée recrutée vers le commun des mortels, et ça marche au vu de la pluralité entre la veste à patch, le costume du cadre propre sur lui et la famille qui s’est surement trompée entre Shaka Ponk et Ghost… Bref, le plus important est le concert bien sûr ! Où en est Ghost en live ? Que vaut ce Prequelle sur scène ?

Le cardinal va nous apporter des réponses !

En attendant c’est Candlemass qui fera sonner son funeral doom dans une enceinte qui n’a jamais vraiment eu l’occasion d’en entendre. Les suédois, qui ont juste leur nationalité en commun avec la tête d’affiche, retrouvent pour l’occasion leur premier chanteur Johan Längqvist avec qui ils vont sortir un nouvel album The Door To Doom d’ici quelques jours et qui s’annonce presque prometteur. Que de bonnes nouvelles pour les fans mais…
D‘une part, on peut dire qu’ils ne sont pas légions ce soir car plus de 75% de la salle ne connait pas Candlemass, ce qui est un peu triste. Et de deux on peut dire que plus de 75% de la salle en a rien à faire de Candlemass, ce qui est encore plus triste. Passons ce triste constat, en tout cas le retour de Johan au chant annonce un set plutôt orienté old school pour le plaisir des oreilles connaisseuses !! “Marche Funèbre” ouvre le set de la meilleure des manières pour du funeral doom. Et qui a parlé de Epicus Doomicus Metallicus ? Très bon choix au passage car ce sont les deux derniers titres qui mettront ce qu’il faut avec un final sur « Solitude » qui retrouve sa jeunesse. C’est un set essentiellement centré sur les classiques des premières années en n’hésitant pas à citer l’album Nightfall. La voix de Johan manquait sacrément et retrouve sa place dans un doom qui quant à lui revient aux origines à travers l’ extrait du prochain opus, le très bon « Astrorolus – The Great Octopus ». On sent un groupe prêt à reprendre sa place. Le funeral doom lent et lourd de Candlemass fait un peu partie de l’histoire et retrouver cette formation ainsi c’est une bonne nouvelle car la prestation, malgré les sonorités aléatoires du Zenith, donne juste envie de reprendre sa dose assez rapidement et d’écouter ce prochain album.

Ghost déchaine les passions, c’est un fait qu’on a pu confirmer rien qu’avec leur passage télévisé qui aura fait couler beaucoup d’encre… La bande de Tobias Forge est aujourd’hui dans le cercle restreint du success story public général et ce qui a pour effet de cristalliser les critiques… Il est vrai qu’il s’en est passé des choses depuis la sortie de leur premier disque Opus Eponymous chez Rise Above (label de lee Dorian ). Papa Emeritus I n’est plus et c’est aujourd’hui le Cardinal Coppia qui mène la danse. Un visage qui se veut plus charismatique pour le commun des mortels…. Quoi qu’il en soit, tout réussi à Ghost ils sont partout et en attendant la tournée des stades en compagnie de Metallica, c’est un Zenith à chaud qui attend ce soir le prêche du Cardinal. Suivant le groupe depuis ses débuts, aujourd’hui l’évolution est clairement marquée entre le Papa numéro 1 et ce nouvel aspirant Coppia. Quel visage a-t-il donné à son projet ce cher Tobias Forge ? Ehj bien même si le dernier album n’est pas à jeter complètement à la poubelle grâce à certains titres, on reste perplexe en attendant le grand charivari et comme dirait l’autre “wait and see”… Le noir se fait dans la salle et c’est une double et longue introduction qui nous dévoile une scène au fort décorum. Flamboyants vitraux en fond, piédestaux, escaliers et autres éléments d’architecture donnent à la scène une majesté baroque à la hauteur de son leader et porte-parole, le cardinal Coppia. Ghouls et ghoulettes apprêtes et là pour la gloire de son leader et showman, le dansant et dance « Rats » emballe et emmené le Zenith dans son Eglise. Un titre qui introduit et résume parfaitement le Ghost d’aujourd’hui : charmant, charmeur, des paillettes et les spotlights. Un show qui se veut calibré au millimètre près dans sa mise en scène et ces interventions.

Quoi qu’il en soit le public est aux anges et le numéro du cardinal / Tobias Forge fait son effet. On ne peut pas dire que la set list est inintéressante car intelligemment dosée entre les différents albums. Ghost arrive à rebondir entre le passé et le présent, jouant rapidement du premier Opu Eponymous avec “Ritual” et “Con Clavi Con Dio” mais bizarrement on y trouve comme un côté édulcoré, plus léger, joué sans ce parfum étrange qui entourait cet album, surtout quand certains membres usent du tambourin en accompagnement. On retrouve cette même sensation sur des titres comme « Per Aspera Ad Inferi » et « Cirice ». Le groupe est là pour le spectacle, pour dérouler machinalement. Décorum, effets et showman, certes, mais on a comme perdu quelque chose. Les parenthèses du cardinal se suivent et cassent le rythme qui se veut aléatoire, empêchant de clairement y rentrer entre les changements de tenue du frontman. Le passage acoustique apportera la touche supplémentaire au baroque du groupe, on est complètement passé à autre chose. Il atteindra l’effet comique ou bien ridicule lors du solo de saxo du grabataire Emeritus 0. Mais Ghost ne se prend jamais au sérieux entre son image et sa musique ainsi que ses textes. On le voit aussi dans ses vidéos mis en scène comme des petites scénettes de l’histoire du groupe. On ne peut négliger l’énergie déployée, le son et le cadrage presque parfait d’un show qui est là pour en mettre plein la vue. L’église a atteint l’age du baroque et montre sa flamboyance à outrance. Et même si des titres aussi récents que « Life Eternal » donnent une étincelle à l’ambiance, il l’emmène vers le spectacle musical. On est partagé et ennuyé par moments, les éléments téléphonés et les trop longs monologues du cardinale prennent le dessus sur la dynamique ghostienne des débuts.

Alors que les briquets et portables retournent dans les poches, une pause de 15 minutes inattendue annoncée pour une deuxième partie, le deuxième acte qui s’ouvre (encore) sur une intro, un air qu’on connait, le même qui ouvrait les premiers concerts, l’étrange Masked Ball qui rappelle cette ambiance sombre et intrigante des premiers concerts de Ghost. Et là on retrouve comme un semblant de ce qu’on attendait. « Spirit » de Meliora ouvre le bal de ce deuxième acte résolument plus « sombre ». Satan a-t-il enlevé ses habits de lumière ? Non, mais c’est comme si un autre visage se présentait à nous. La set list de ce deuxième acte est clairement mieux menée, surtout dès que les lignes de basse de « From Pinnacle To The Pit » se font entendre. Un deuxième acte centré sur les titres de Meliora avec pas moins de 6 titres mais sans oublier un « Year Zero » qui fait toujours effet.

C’est un final qui revient sur une note plus grand public et rassembleur avec les très mélodiques et entraînants « Dance Macabre » et « Square Hammer »après le classique de Rocky Erickson revisité. C’est peut-être ça le visage du Ghost d’aujourd’hui : aller au-delà de ses habituelles ouailles et chercher de nouvelles brebis égarées ?
Et c’est à ceci qu’aide le traditionnel « Monstrance Clock » dans un rappel qui tarda à arriver car ce soir notre cardinal aura été très bavard mais c’est pour mieux guider vers la lumière…
J’en sors juste perplexe de ce concert, saluant quand même le tour de force du groupe sur un show de plus de deux heures, même si Tobias a trouvé les astuces pour souvent reposer sa voix, mais ce que j’ai vu ce soir me laisse partagé. On a vu les deux visages de Ghost, entre le show de plus en plus baroque et sans profondeur face à des moments en deuxième acte où on retrouve à travers certains titres ce qu’était Ghost avant sa hype mondiale, un groupe qui a su mélanger les influences diverses et créer un show hypnotisant et envoûtant. Ce soir on y était mais par moments…

Texte: Anthony

Photos: Mario

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