ARCHITECTS @ OLYMPIA – 27/01/19

Un dimanche pluvieux de janvier, c’est parfait comme excuse pour rester sous la couette ou au fin fond de son canapé… Mais quand arrive un concert aussi attendu que celui d’Architects on va quand même se bouger, à tort ou à raison ? Et bien la balance risque fort de se pencher pour la deuxième réponse.  Pourquoi ? Le groupe de Brighton a toujours été à part en ce qui me concerne, c’est une ascension logique qu’on suit depuis quelques années car le groupe a toujours su exprimer une réelle force et une émotion musicale totalement à part. Engagée et sans fard, la musique d’Architects est le parfait reflet des membres qui, après la douloureuse perte et le deuil de l’un des leurs, ont su garder cette force et la transformer sur ce dernier album qu’est Holly Hell, l’album à la mémoire de Tom Searle. Un deuil mais aussi une envie d’avancer à l’honneur de l’impulsion électrique qu’était Tom.

Avancer, c’est bel et bien le mot car ce soir c’est l’Olympia qui ouvre ses portes à ce groupe de Brighton, qui il y a quelques années jouait dans la cale du Batofar et aujourd’hui se retrouve en lettres rouges sur la façade d’un lieu historique de l’histoire de la musique à Paris. Que du chemin parcouru et le mérite d’être là.  Une tournée européenne en support d’Holly Hell qui les amène dans des salles aux dimensions encore plus grandes et Paris lui offre son nom en lettres rouges. 

 

C’est une salle assez fournie qui attendra les Anglais ce soir. Pas complet, certes, mais presque, l’Olympia ce soir ne sonne pas vide et va-vite se faire entendre. Une audience bien présente dès l’arrivée de Polaris. Certains de mes collègues rédacteurs de webzine vous parleront peut être mieux de ce groupe que moi, tout simplement parce qu’ils ne retiendront mon attention que pendant deux titres et qu’au troisième, on m’a déjà perdu. Les Australiens ouvrent pour la tournée d’Architects et il est vrai que ce n’est pas chose aisée, certes, mais  il devient difficile de discerner un groupe du genre dans la nasse quand il ne retient pas d’entrée de jeu notre attention. Surtout que le genre est aujourd’hui très chargé en groupes de même acabit. Du coup il faut frapper fort et vite. Même si Polaris est sérieux et motivé au premier abord, il ne restera pas longtemps dans mes souvenirs. Un metalcore des plus habituels alliant scream et chant clair, carré comme il se doit. Parfait pour une ouverture de soirée. Polaris aura juste droit à une demi heure pour faire ses preuves et préparer l’échauffement du public qui, quand à lui , s’y prête timidement. 

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C’est après que ça se corse et dans le bon sens du terme. Non, ce n’est pas I Muvrini en guest surprise (Corse ?… Ok je sors) mais Caleb Shomo et son groupe Beartooth qui donne ntdans le ton clairement plus « vénère ». Beartooth, on les connait bien sûr et ce n’est pas notre premier fois. Après un loupé lors du dernier passage parisien, les revoir après quelque temps ça tape clairement bien. Le jeu se trouve plus musclé et Caleb a perdu du poids ! En même temps, ça se comprend car il en tape des allées et venues sur scène ! Beartooth c’est plus rythmé et groovy même si certains titres sont trop faciles. Le dernier album Disease sorti chez Red Bull records sera un peu le centre de gravité de ces 45 minutes mais c’est surtout l’énergie du frontman qui retiendra l’attention d’entrée de jeu avec « Bad Listener ». Beartooth fera vite remuer la salle en enchainant ces titres les plus efficaces. Un peu de chant clair et d’accalmie plus mélodique par moments mais dans l’ensemble la bande de Shomo va frapper la où il faut. Allant même jusqu’à oser le solo de batterie pour Connor Denis. Juste après c’est « Manipulation » du dernier né qui rebondit avec son riff lourd. L’Olympia jump comme jamais, obéissant et réactif, promet pour la suite… On se prend les derniers sur le classique « In Between », un refrain un peu mielleux pour moi, mais surtout un final sur « Disease » du bien nommé album. ce qu’il faut pour conclure ce grand échauffement avant l’aller simple pour Brighton qu’on attend tous impatiemment. Quand à Beartooth, succès au rendez-vous et public bien chaud. 

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Les lumières s’éteignent et le frémissement se fait sentir avec les premières notes de l’introduction de « Death is Not Defeat », le ton est donné.  cette soirée va être puissante en émotions et déflagration musicale. Architects a atteint une autre sphère et va rapidement le prouver. Une puissance de feu qui nous met par terre dès l’intro et l’enchainement avec « Modern Misery » du dernier album qui présente un autre visage en live. Plus propre sur disque, sur scène c’est tout en rage et déflagration.  Le public ne s’y trompe pas et transforme l’Olympia en un réel chaos porté par un Sam Carter qui a atteint encore un niveau bien supérieur au chant (certains devraient prendre des cours). Mais une plus grande salle ne veut pas dire moins de proximité et toujours dans cette simplicité qu’on leur connait, le groupe n’hésitera pas à échanger quelques souvenirs au cours du set et à travers un retour nostalgique sur les débuts parisiens de la cale du Batofar, le sous-sol de la Maroquinerie et aujourd’hui la façade de l’Olympia grâce au public qui les suit depuis. Du chemin a été fait et dans l’humilité Sam ne cessera de remercier la foule ce soir pour ce cadeau.

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ce soir c’est surtout un autre visage, celle d’un groupe en pleine possession de ces moyens, dans un revanche face à la douleur pour la transformer en énergie. Le set est toujours appliqué chez Architects mais diablement efficace, personne n’a besoin d’en faire plus car tout est parfaitement en symbiose, ils joueraient presque les yeux fermés se trouvant instinctivement. Même si la batterie se révélera surmixée au reste du groupe, la puissance musicale du groupe a cet effet de déflagration, on est clairement passé à autre chose. 

Les deux derniers albums seront surtout mis en avant, seulement 4 titres seront tirés des précédents essentiellement chez Lost Forever // Lost Together. Les titres prennent une autre ampleur ce soir, alors que « Holy Hell » sera un peu moins tonique que sur album, « Royal Beggars » naviguera entre émotion et colère à travers un Sam Carter enivré par les vibrations de ce soir et le public en chœur sur le refrain. « Mortal After All » nous propulse ailleurs avant de sombrer avec « Downfall », la touche propre qu’on pouvait reprocher à Architects est ici mise aux service de l’émotion et de la puissance. Pas besoin d’en faire des tonnes pour retenir l’attention, ce soir l’Olympia chavire. « Naysayer » mettra la salle K.O. avant de revenir plus loin dans le passé avec « These Colours don’t Run » de Daybreaker. On retourne à une époque pas si loin avec un titre enflammé et un chant encore plus rentre dedans aujourd’hui.

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Ce soir Architects nous confirme que sa place n’a pas été acquise sans efforts et elle n’est pas volée. Le show présente un jeu de lumières des plus travaillés, embellissant chaque titre même si la crise d’épilepsie sera limite à certains moments. C’est un set sans fausses notes et sans temps mort que le groupe envoie ce soir. Le souvenir de Tom est présent partout, dans le public, à chaque note et surtout à travers un titre comme « A Match Made In Heaven » qui se retrouve lourd de sens. L’émotion est palpable et se fera encore plus ressentir dès le retour du groupe pour un rappel attendu après le magnifique et chargé « A Wasted Hymn ». C’est un cœur aux initiales TS qui s’affiche sur l’écran et ce rappel sera le point culminant de l’ascenseur émotionnel. Un extrait de Memento Mori avant de revenir pour les derniers titres. Le public applaudit avec le groupe, la larme prête à couler et la voix plus fragile, c’est une réelle communion et une pensée commune pour Tom avant de se laisser succomber sur ce fort « Gone With The Wind » qui voit toute la salle portée par la beauté et la lumière de ce titre si lourdement symbolique. Tout le monde donne ce qu’il a et le cœur n’a jamais été aussi mis à nu sur scène. Le groupe et le public fatigués par tant d’émotions se quitteront sur un « Doomsday » en apothéose. 

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Architects a délivré plus qu’un show, un réel moment de partage et d’humilité guidé par cette force et cette envie  qui les animent. Il y a ce quelque chose qu’on retrouve difficilement ailleurs et qui nous confirme qu’ils font partie du présent et du futur du Metal. Une lumière dans l’obscurité.

 

Texte: Anthony

Photos: Mario  

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