Rainier Fog, le retour d’Alice In Chains

Qui ne connaît pas Alice In Chains (et non Alice Unchained !), un groupe parmi les plus connus et reconnus issus de la scène grunge du Seattle des années 90 ? Avec ses rythmiques lourdes, sombres, ses ballades emblématiques et ses harmonies vocales de haut vol, le groupe mené par Jerry Cantrell depuis 1987, nous revient avec un sixième album studio, le troisième depuis la disparition de son chanteur charismatique Layne Staley en 2002.

Pour tout fan de la première heure, le changement de chanteur initié en 2006 aurait pu provoquer un recul. A l’instar de grands groupes tels qu’AC/DC ou encore Black Sabbath, le changement de chanteur provoque souvent un changement profond dans la signature musicale d’une formation, et Alice in Chains n’a pas échappé à la règle. Layne Staley, possédait une voix charismatique empreinte d’une mélancolie et d’un poids qui correspondait à la période phare du grunge. Il a d’ailleurs largement contribué aux premiers succès et à la légende initiée par le groupe à l’instar des trois autres groupes formant le « Big Four » de Seattle à savoir Nirvana, Pearl Jam et Soundgarden. Néanmoins avec l’arrivée de William DuVall, en renfort tant au niveau du chant que de la guitare rythmique, Alice in Chains est reparti de plus belle en 2009 avec Black Gives Way To Blue, un album dont la différence de line-up n’a pas empêché de poursuivre la direction musicale de ses prédécesseurs.

Pour cet album ainsi que sur les opus suivants, c’est majoritairement Jerry Cantrell qui s’occupe du chant, accompagné de DuVall pour les parties harmoniques à deux voix, marque de fabrique du groupe. Cantrell met d’ailleurs l’accent sur les harmonies dans la majorité de ses nouveaux morceaux, symbole d’un renouveau pour le groupe. Si auparavant Staley était le chanteur lead accompagné de Cantrell en soutien, désormais, il les deux voix se fondent en une seule. Cet album initie un retour réussi du groupe qui retrouve son timbre lourd orienté Sludge à l’image de « Check My Brain », « Last of my Kind », ou aux sonorités plus métalliques avec « A Looking in View ». Ce changement est plus prononcé dans l’album suivant The Devil Put Dinosaurs Here qui suit de près la transition amorcée précédemment. On le voit notamment dans la lourdeur des riffs de plusieurs morceaux à l’ image de « Hollow » « Stone » ou encore « Phantom Limb » mais également dans le traitement des voix. La chanson-titre marque également un renouveau dans les sonorités qui tendent davantage vers le psychédélique que les autres morceaux de l’album, de la même façon que les paroles, véritable pied-de-nez aux thèses créationnistes américaines, marquent un nouvel engagement idéologique, quasi-inédit à l’époque Staley, à quelques exceptions notables (comme « Rooster » mémorable morceau traitant de la guerre du Vietnam vécue par le père de Cantrell).

C’est sur ces bases que nous arrive le dernier album en date , Rainier Fog sorti le 24 août 2018.

Ce titre fait référence au Mont Rainier, surplombant la ville de Seattle ainsi que du brouillard typique de la ville et de son climat humide. C’est un nom qui en dit long ; l’album marque leur premier enregistrement à Seattle depuis 1995, et la chanson éponyme « Rainier Fog » rend hommage au regretté Chris Cornell ainsi qu’aux autres groupes et artistes de leur génération disparus depuis. Mais il est aussi possible de trouver une référence au brouillard  (fog en anglais) implicite ou explicite, au sens littéral ou figuré, dans les paroles et titres de chaque chanson de l’album. Celui-ci peut être dense, opaque, provoquant la perte de repères, de soi-même ou du sens des réalités comme « Red Giant », « All I am » ou encore d’un être aimé avec « Never Fade ».

Tout celà est appuyé par le son de cet album, à la fois lourd et froid mais également riche en émotions et en sensations, à l’image de « The One you Know ». Les harmonies vocales sont d’une justesse frappante rappelant sans l’envier la période classique, celle qui alliait les voix de Staley et Cantrell dans des chansons comme « Maybe » ou « So Far Under ».

Côté guitare, Cantrell reste fidèle à lui-même, livrant d’excellents riffs et soli avec la même créativité que sur les albums précédents, à la hauteur de ce qu’on peut attendre d’Alice in Chains. A cela je rajouterais une mention spéciale à la chanson « Drone », basée sur une rythmique en ternaire qui appuie la pression des riffs de guitare ainsi que des lignes de basse, tout en se permettant l’implémentation d’une guitare acoustique. Le tout se marie parfaitement avec l’atmosphère pesante du titre, allant jusqu’à flirter avec les sonorités du Doom Metal.

Pour conclure, Rainier Fog constitue un album de choix pour découvrir ou redécouvrir Alice in Chains version 2.0. Si comme beaucoup, vous étiez resté bloqué à 1995, si vous pensiez que l’esprit grunge était mort, mettez-vous à la page, Cantrell et sa bande ont encore du bon son en réserve pour notre plus grand plaisir.

Plus d’infos sur le site officiel.

Article Rédigé par Thomas Touré.

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