MARDUK (ARCHGOAT – VALKYRIA – ATTIC – STORTREGN) @ LA MACHINE DU MOULIN ROUGE

Garmonbozia nous proposait ce mardi une affiche bien copieuse : quatre groupes de black metal (et un groupe de heavy) sur une même date. De quoi ravir tout le monde, semble-t-il. Tout le monde sauf peut-être mon oreille inlassablement critique, à un cheveu de l’insatisfaction chronique. La principale remarque de cette introduction est donc la suivante : trois groupes sur cinq étaient largement… superflus. Pour rester diplomate.

Ainsi, si vous ne tenez pas à récolter le venin qui s’apprête à sortir de mes précieux crochets de reptile sous peu, je vous conseille de faire un grand bond dans votre lecture jusqu’à Archgoat. Si, au contraire, votre aigreur de senior dans la queue du Franprix un samedi après-midi manque de grain à moudre, installez vous bien confortablement.

Commençons par Stortregn, ce genre de nom de groupe que je suis bien heureuse d’avoir à écrire plutôt qu’à prononcer. Le groupe tout droit venu de Suisse, actif depuis une dizaine d’années, sonne pourtant comme… un grand débutant. De loin, un ensemble dissonant se fraye un chemin jusqu’à mon tympan, très largement agacé par des balances suraigües et des percussions qui écrasent ce presque ensemble musical. En faisant abstraction (tant que faire se peut) de ces déconvenues techniques, je saluerai tout de même les vocalises de la chanteuse, qui, sans être remarquable, maîtrise bien son sujet. L’ambiance black est bien là, sans virtuosité, certes, mais présente tout de même.

Après ce début franchement moyen, j’espère trouver quelque chose de plus réjouissant (à défaut d’intéressant…) chez Attic, le groupe de heavy, qui retrouve là sans trop savoir pourquoi. Sans trop de surprise, Attic n’a pas vraiment déchaîné les foules. Pour être tout à fait honnête, leur prestation m’a paru absolument insupportable. Tant au niveau visuel qu’auditif. Voilà donc que débaroule sur scène une myriade de clichés satanico-carton-pâte ; en veux-tu en voilà de la croix renversée sur fond d’arcanes de cathédrales gothiques peintes en blanc sur panneau noir, en veux-tu en voilà du titre hautement suggestif et à fort potentiel polémique (type “Born of Sin”…). Bref, du bon gros satanisme marketé, vidé de toute substance ou conceptualisation envisageable. Cette pantalonnade anti-christique aurait pu être rattrapée par une maîtrise certaine de la composition musicale… que nenni mon enfant. Il m’est difficile de savoir par ou commencer ; pêle-mêle, l’incohérence des instrus, qui tentent d’étaler trente-cinq registres à la foi sans aucun sens de l’harmonie ou des transitions pour montrer à quel point le groupe est novateur et versatile (échec. Cuisant.), ou encore le chant, véritable attentat sonore. Je pense que l’on aurait obtenu un résultat similaire en tirant alternativement et en cadence sur les gonades du chanteur de Powerwolf (un peu comme on trairait une vache oui, le sens du rythme en plus). Bref, un raté, qui n’a absolument pas justifié cette intrusion heavy dans cette soirée somme toute destinée à contenter le fan de black.

Attic, ça fait du bien quand ça s’arrête, donc. Suivant sur la liste, Valkyria. Bêtement, quand on voit que c’est du suédois, ça rassure. On se dit que le black, ils connaissent bien, ils maîtrisent. Le black chez les scandinaves, c’est presque du folklore. Le chant traditionnel du dimanche après-midi. Alors en effet, Valkyria apparaît comme une sorte de répit plus que bienvenu après l’accident de train auditif qui s’est produit plus tôt. Pour autant, sans grande virtuosité. Le chanteur manque de maîtrise et l’on devine sa voix claire sous ses tentatives de guttural, qui du coup s’apparentent plus à du cri qu’à du chant technique. Caractéristique qui n’aurait pas été gênante s’il s’agissait d’un choix, personne n’a en effet interdit la voix claire en black metal, mais on sent ici l’état d’ébauche, le tâtonnement. Ce qui fait rapidement tomber toute structure à l’eau. En bref, je reprendrai les mots d’une pote croisée sur place, Valkyria «c’est pas degueu, mais ça m’excite pas ». Bon.

Ces premières parties qui n’en finissent pas commencent à devenir sérieusement agaçantes, je trépigne en me disant qu’il s’agit bien d’un complot. On met le fan à l’épreuve, Marduk ça se mérite, on éprouve la patience du public, on veut être sûr qu’il soit digne. Qu’est-ce que ce dolorisme chrétien vient foutre chez Joe le satanique et sa bande ? Alors que je rumine, me préparant psychologiquement à une nouvelle tannée auditive qui me fera rouler des yeux plus fort encore que la précédente, Archgoat se place, et commence à jouer. Sans autre forme de procès, comme dirait l’autre. Archgoat fait partie des groupes dont j’ai entendu le nom plusieurs douzaines de fois, dont j’ai du écouter quelques morceaux à la volée sans vraiment m’y attarder. Oui, honte à moi, j’ai compris. Je ne sais pas si les catastrophes précédentes ont ramolli ma critique et m’ont rendue plus indulgente ou si Archgoat a vraiment fait le boulot, en tout cas, leur passage a été salutaire. Black, lourd, gras. Une voix experte, qui pèse, un groupe sûr de lui qui ne se sent pas l’obligation d’en faire des caisses pour justifier d’une quelconque maîtrise ou légitimer leur présence en première partie de Marduk. Deux mots ; CA FONCTIONNE. Enfin. Et par tous les Dieux (ou les diables, pour rester dans le ton) ça fait du bien.

Marduk 03

Marduk 01

C’est donc ragaillardie que la sympathique foule de blackos attend son monstre sacré. Ça fourmille, ça s’agite. Quelques échauffements de la nuque et des épaules avant la bataille pendant que Marduk joue le suspense et laisse mijoter les fans. Les membres entrent en scène dans une pénombre rougeâtre, les seules silhouettes suffisent à agiter considérablement les spectateurs. Marduk ouvre sauvagement sur “Panzer Division Marduk”. Les grandes heures du black metal perdurent décidément avec Marduk. Énergique, rythmée, sans concession, le musique et la prestation de Marduk ne faillit pas à sa réputation, et la torture des premières parties est déjà oubliée. Sans surprise, mais efficace. La voix oscille cependant entre puissance incontestable et petit coup de fatigue, sans que cela n’ait réellement d’impact sur la qualité du live. Un son très propre, qui aura peut être froissé les fans de la première heure, attachés au fort potentiel crade des débuts de groupe, fans de la première heure, qui, en bons puristes, déplorent un côté trop commercial et accessible.

N’étant pas moi-même une fine connaisseuse du travail du quatuor, j’ai été largement satisfaite par la prestation de Marduk et leur investissement, qui a aussi contenté la foule qui s’est déplacée pour eux à la Machine du Moulin Rouge, qui reste décidément un salle de choix pour les concerts de bourrins.

Texte : Claire L.

Photographies : Sebastien Gallon

Leave a Reply

Please log in using one of these methods to post your comment:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.