Rencontre avec Schoumsky – Princesses Leya

Tu aimes rigoler ? Cool.

Tu aimes bien le metal ? Encore mieux. On s’en doute un peu hein, sinon tu ne serais pas ici, mais on ne sait jamais, parfois y’a des gens qui s’égarent.

Bref.

Si tu réunis ces deux qualités, sache qu’il y a un spectacle qui peut potentiellement t’intéresser, qui se joue à la Boule Noire ce 27 octobre, et qui s’appelle “Princesses Leya”.

Comme on en avait un peu entendu parler mais seulement un peu, on a voulu en savoir davantage. Et pour ce faire, quoi de mieux que de partager un moment avec l’une des Princesses en question ? Moult péripéties, deux dragons terrassés, un vaisseau spatial détourné et un château endormi plus tard, voilà qu’on se retrouve attablés dans le 15e arrondissement avec Antoine Schoumsky, co-auteur avec Dédo et interprète de ce spectacle.

Il est midi, nous sommes tous deux rudement ponctuels. On rentre immédiatement dans le vif du sujet, puisqu’Antoine s’excuse d’être un peu fatigué, un brin malade. Il commande d’ailleurs un grog dont l’odeur emplit l’espace. Rock’n’Roll.

“On sort d’une résidence de quatre jours intensive et d’une tournée de rodage depuis janvier. L’idée de la résidence, d’upgrader, réécrire un peu le spectacle en fonction de ce qu’on a vu qui fonctionnait, qui ne fonctionnait pas, on a de nouveaux morceaux, on a pris un metteur en scène pour nous aider à réarranger. En fait on a vraiment fonctionné comme on le ferait en tant qu’humoristes. Il y a toujours une tournée de rodage, de test sur un public. On est vraiment à cheval entre la pièce de théâtre et le concert, et autant, les morceaux c’est les morceaux, mais la partie humour/théâtre, y’a qu’en public que tu peux constater ce qui prend ou pas.”

Si comme moi à ce stade, tu n’as vu que peu d’infos sur le spectacle dont on parle, tu as probablement un genre de point d’interrogation sur la face, et tu veux qu’on t’explique de quoi il retourne. Heureusement, Antoine est aussi là pour ça !

“En fait c’est vraiment la rencontre de ce qu’on aime faire Dédo et moi, soit les concerts metal, tout en essayant de faire quelque chose qui n’a pas été trop exploité pour l’instant, soit de mettre une pièce de théâtre dedans. Donc on joue à la fois nos propres rôles et à la fois des personnages un peu fictifs. Mon personnage c’est un mec qui veut faire l’Eurovision en hommage à son père. Son père a gagné l’Eurovision en 84 et il veut lui prouver que lui aussi peut le gagner, parce que son père l’a toujours considéré comme une grosse merde. Sauf qu’il y a un problème : personne ne veut faire l’Eurovision parce que tout le monde trouve que c’est un concours pourrave, que c’est juste de la musique pour ménagère.”

“Finalement, la seule personne qui accepte, c’est Dédo. C’est là où l’histoire rejoint la réalité, puisqu’il se trouve qu’on se connaît des tournées de comiques. Dédo impose sa condition : “Ok, on le tente, mais on joue du metal”, je lui explique que ça va être compliqué parce que je suis plutôt Christophe Maé… CE QUI EST FAUX, C’EST UN PERSONNAGE. Et c’est le point de départ.”

Dans ce spectacle, Princesses Leya est un groupe dont Dédo et Schoumsky sont respectivement chanteur et guitariste. Or, Antoine n’a pas appris la gratte juste pour faire rigoler entre deux stand-ups.

“On vient vraiment du metal, Dédo c’est un vrai, pur et dur. Moi c’est plus discret parce que c’est pas ce que je mets en avant artistiquement, mais j’ai grandi avec Metallica, je joue de la guitare depuis que j’ai 14 ans.

Quand j’étais gamin, je n’avais pas des posters de comique dans ma chambre, j’avais des posters de Led Zepp et Metallica, donc ce rêve-là a toujours été présent. Ici, on parvient à allier les deux choses qu’on aime le plus, soit faire rire les gens, ET le faire avec la musique qu’on adore. Le public métalleux a ça de super qu’il est client de ça, c’est un public qui se prend pas au sérieux donc qui peut jouer de ces codes-là.”

 

“L’idée c’était aussi de casser un peu les clichés. On a fait une petite vidéo à la con d’ailleurs, j’en pouvais plus d’entendre quand j’expliquais “On prépare une comédie sur le Metal”, la réaction c’était “Huuh” avec une grimace. “Ouais c’est violent c’est agressif”. Donc mon personnage représente aussi ces gens-là, ce mec habité par les clichés de merde, qui est réfractaire, qui dit que c’est que de la musique de sataniste, agressive et que ça rend les enfants violents.

Donc Dédo me rentre dans la gueule, moi je lui rentre dans la gueule mais (attention ça va devenir cul-cul-la-praline) le but c’est de montrer que tout le monde peut s’entendre, qu’on peut aimer le metal ET le jazz manouche, on peut aimer la variété ET le doom. Y’a pas de clivages à avoir. On joue de ce côté culcul, (ndlr, il prend une voix façon ORTF) c’est la réunion des peuples et des énergies. On est assez contents parce que la tournée de rodage nous a montré ça, on a réussi à faire venir plein de gens qui n’aiment pas le metal dans la salle.”

Tout ça est fort intéressant, mais pas forcément très imagé. Ca fait bien 15 minutes qu’on parle, et j’ai encore un peu de difficultés à cerner la pièce. Mais Antoine est gentil et patient, et ça ne le gêne pas de revenir sur les bases.

“Nous on fait vraiment une pièce de théâtre. En fait, c’est l’histoire d’un concert qui se passe mal, et derrière on fait beaucoup de flashbacks pour raconter comment s’est créé le groupe de A à Z, pour en arriver à cette situation de merde où on veut faire l’Eurovision, sauf qu’au dernier moment, Dédo arrête tout.

On n’est pas un cover band ou un truc parodique, c’est vraiment une comédie sur le monde du metal avec les personnages clé qui sont les clones du mec qui déteste ça et du mec qui adore.”

Mais alors du coup, ce format un peu hybride, on se demande un peu à qui ça s’adresse, quel type de public pourrait être intéressé.

“Ben aux métalleux d’abord, parce qu’on rit de ces clichés-là.

Sur les morceaux qu’on joue, on est quand même vachement plus orientés rock-metal que pop acidulée MAIS y’en a quand même ! On fait une reprise de Dirty Dancing version gros punk, on des mashups débiles entre Sabrina et Rammstein. Mais à un moment je fais chanter du Vianney à Dédo. Céline Dion est très présente aussi. Et des gens à la sortie nous avouaient être venus à reculons, mais avoir passé un bon moment, “étonnamment”, alors qu’on leur met quand même du gros son saturé. Sur 1h10 de spectacle, y’a bien 40mn de gros son.

Comme les gens se marrent, ils se détendent et ils prennent autrement le concept metal et finalement ils se rendent compte que c’est très bon enfant, pas très sérieux, et qu’on est tous là pour s’amuser.”

Maintenant qu’on a un peu cerné le principe, il est temps de s’intéresser à la genèse du spectacle, d’en apprendre davantage sur les personnages, aussi.

“Dans ma tête c’est né y’a trois ans, et c’est quand j’ai croisé Dédo, qu’on est devenus potes sur la tournée des Insolents, ça a pris forme. On a posé les premiers trucs sur papier y’a deux ans, testé des formats de dix minutes dans des soirées parisiennes. Le spectacle entier existe depuis janvier dernier.

Côté écriture, on fonctionne comme ça : toute la base, les idées de sketches et de chansons, c’est Dédo et moi, mais on ne veut pas que les autres soient exclus, qu’ils fassent potiches au fond sans personne pour leur parler. Il fallait qu’ils soient vraiment inclus dans le spectacle. Après, eux sont musiciens, ils sont PAS DU TOUT comédiens. Notre batteur c’est notre ancien diffuseur/tourneur des tournées de comique. Il est à l’aise dans la vie, il a pas trop de problème à dire des conneries. Et on a casté la bassiste, Cléo Bigontina, qui elle est une professionnelle (elle est partout, tout le monde la connaît c’est un truc de fou), mais on lui fait faire beaucoup de trucs et elle a un super caractère.

Donc on est quatre sur scène, à dire des bêtises, et on s’implique tous. Par exemple, Cléo a son moment de chanson. En fait, on joue un couple sur scène. Sa présence se justifie par le fait que c’est une meuf jalouse qui ne veut pas me laisser partir en tournée parce qu’elle sait comment ça se passe, donc elle apprend la basse en deux jours !

Outre la toile de fond musicale, c’est vraiment l’histoire de deux mecs que tout oppose et qui vont apprendre à se connaître musicalement.”

Soudain, une ampoule imaginaire s’allume au dessus de nos têtes. C’est un buddy-movie en fait ?

“C’EST un buddy-movie, exactement. Top Gun, sans les avions et avec des Gibson… EH MERDE !… L’idée c’est pas non plus de passer une heure dix sur les clichés du métal.”

Alors parlons un peu d’autre chose. L’autre nerf de la guerre si j’ai bien compris, c’est l’Eurovision. Un autre monde de clichés à exploiter, non ?

“Aaaaaah énormément ! Clairement on est un peu dans le mépris de cette musique, ce divertissement populaire, même si mon personnage dit que c’est génial !

Le truc fictif c’est que le père de mon personnage a gagné l’Eurovision en 84… Va voir, c’est kitschland party.”

 

On parle de ça. 1984 forever.

“Le meilleur de l’Eurovision, quoiqu’il arrive, c’est dans les années 80 parce que les costumes, les mises en scène, les chorégraphies… (A ce stade, on sent l’extase malsaine qui habite ce jeune homme) On a perdu en folie maintenant, c’est à qui va monter le plus haut dans les aigus et faire des vocalises. Tout est moulé sur le même truc, c’est des clones musicaux insupportables. J’aurai toujours un amour pour la bizarrerie des années 80, parce que… c’est des choix ! Complètement barré et débile mais c’est là.”

Forcément, s’attaquer à un format plutôt original apporte son lot de surprises. Et la tournée de rodage sert aussi à les identifier et les intégrer de la meilleure façon possible. C’est aussi une nouvelle façon de faire le travail.

“On est passés dans pas mal de théâtres à l’italienne, on a réussi à faire un wall of death !

Après on est confrontés à des trucs techniques qu’en tant qu’humoriste on n’a pas l’habitude de gérer. Normalement on a un micro et c’est parti, s’il y a un problème tu peux improviser. Là, s’il y a un problème technique, un micro qui lâche, une corde qui pète etc, bah faut meubler ! C’est l’école de la tournée.”

Du coq à l’âne, notre conversation évolue vers la représentation du metal dans les médias traditionnels, sur l’origine des clichés qu’ils reprennent sur scène.

“C’est curieux, parce qu’il y a des études qui prouvent que ça détend, que les gens sont plus heureux quand il écoutent du gros son, mais c’est quand même un truc qui traîne.

Après, ces temps-ci, ça se détend aussi grâce au Hellfest, donc ça fait du bien.”

Antoine est réellement content sur cette ouverture au monde. Mais cette rencontre a lieu juste après la mise en vente record des places pour le Hellfest 2019. Et naturellement, des râleurs exprimant leur déception sur les réseaux sociaux et accusant le festival de devenir un repaire de touristes et de vendus.

“En France on a un problème par rapport à cette musique-là. Figure toi que les deux musiques les plus écoutées dans le monde, c’est le hip-hop et le metal. Y’a qu’en France où le réseau reste discret. Heureusement y’a le Hellfest, mais ça reste très limité par rapport à l’ampleur au niveau mondial. Dans les médias encore, la place donnée est petite. On met de la pop, de l’électro, des chansons mode parce qu’il y a un buzz ici ou là, mais cette musique là est méga-pas-représentée.

Tu vois, Ultra Vomit qui est un peu le guide de l’humour-metal, c’est un groupe phare ! Dans les médias, quand est-ce qu’ils sont invités, représentés ? Les mecs remplissent un Olympia, ils font des tournées de dingues, au dernier warm-up du Hellfest c’est eux qui fédèrent et tout. C’est pas normal ! Enfin, ils sont heureux, ils font leur truc et tout, mais le problème est dans la représentation médiatique, d’autant que ce sont eux qui ont ouvert la voie avec cet humour là “c’est de la connerie, on se détend, on sacrifie pas des chèvres sur scène”.

Bon, et sinon, le futur, réel comme rêvé, que réserve t’il aux Princesses ?

“ON VEUT DU SUCCES ! (ndlr, Il rigole) Bah une belle tournée, où les gens rigolent, chantent, limite rigolent avant les vannes parce qu’ils ont déjà vu le spectacle plusieurs fois… Quand tu vois la bienveillance du public d’Ultra Vomit ou même de Tenacious D, qui font pas des salles immenses, mais c’est quand même complet rapidement, ça nous fait rêver. Tu sens que ce sont de vrais fans qui sont là. Nous on veut développer Princesses Leya en dehors de la scène, surtout avec des vidéos YouTube, on prépare d’autres trucs donc j’ai pas encore le droit de parler (HUHUHUH), mais en gros, on veut créer un univers étendu, pourquoi pas dans la BD, la série, les sketchs…

On prépare quelque chose qui explique comment est né le groupe, et ça on va pas le mettre sur scène, plutôt sur un autre média.”

Mais c’était pas déjà le but du spectacle ?

“Bah en fait, on va faire un “prequel” (il force l’accent) pour donner au groupe une autre utilité que celle du spectacle. Si tout se passe bien, on est partis pour quelques années, on s’engage dans la durée.

Là on a une tournée dans des salles estampillées concert pour huit dates, c’est la première officielle pour tâter le terrain de la nouvelle version. Et les choses devraient encore changer d’ici 2019.

Je sais pas si on va s’installer après, dans un théâtre à Paris ou autre, il faut d’abord qu’on se frotte aux festivals d’été.”

Festivals de comédie ?

“Festivals de MUSIQUE !

On va surtout partir à la rencontre du public potentiel, là on y va, et on va passer une année à faire connaissance”

 

PLeya

Les Princesses Leya illumineront la Boule Noire ce Vendredi 27 octobre, et pour le reste, regardez tout en haut, parce qu’il y a d’autres dates, ou bien attendez avec impatience les futures annonces. Info “Secret des Dieux” : vous ne serez pas déçus.

Dernier mot de Schoumsky sur cette date parisienne d’ailleurs ?

“Pour la première partie, on a pris Chateau Brutal, c’est le mec de Airnadette, le blond. Ben il sait jouer de la vraie musique ! C’est un duo guitare/batterie, ils chantent en anglais mais c’est vraiment débile, c’est du punk rigolo, c’est cohérent avec ce qu’on fait derrière.”

A bon entendeur….

Merci à Tangui et Elsa de chez Cartel Concert. Big up et textos à cœurs !

Et merci bien évidemment à Antoine Schoumsky pour sa disponibilité, sa patience et les bonnes tranches de rigolade coupées au montage de cette interview-fleuve !

Propos recueillis par Sarah

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