Rendez-Vous en Terre Inconnue – Édition Motocultor

[Disclaimer] Pour qui se demanderait « Mais c’est quoi ce titre ? », sachez que la définition Wikipedia en est : “Cette émission veut faire découvrir aux téléspectateurs un peuple lointain, dont la culture et les traditions sont menacées par un mode de vie moderne.”

Parfait. C’est exactement ce qu’on va faire.

Partons à la découverte d’un endroit inédit, soit le Motocultor, dans le Morbihan.

Alors j’entends déjà s’élever de douces voix au son de « Ouais, mais d’abord le Motoc’ ça existe depuis super longtemps, pis moi j’y vais tous les ans, pis c’est mieux que le Hellfest parce qu’en plus c’est plus petit, y’a moins de monde et c’est moins commercial et donc plus TRVE ».

Sois rassuré, petit festivalier aguerri. N’oublie pas le concept de l’émission. Ce n’est pas parce que Muriel Robin se pointe au Vietnam que la peuplade qu’elle vient rencontrer vient juste d’émerger. Non, voyons ! Mais tout l’intérêt de RDV en Terre Inconnue, c’est de découvrir les traditions existantes. Et de faire pleurer dans les chaumières sur “ces gens qui n’ont rien et pourtant ils ont tout”.

Là, c’est le même principe.

Envoyez le générique…

Dans le rôle de Frédéric Lopez : Abbath

Dans le rôle des célébrités en perte de la vitesse : Abbathurier 1 & Abbathurier 2 (ci-dessous défini comme “nous”)

Dans le rôle des figurants qui vont et qui viennent selon les plans : les copains, les voisins

Dans le rôle de la tribu visitée : In Norwegian, ABBATH !

Dans le rôle des fixeurs, traducteurs et équipe : Les festivaliers de Kerboulard

Jeudi. J zéro

C’est le départ. Nous sommes donc plus ou moins “embarqués dans cette aventure” (comme ils disent dans toute émission de télé-réalité), sans trop savoir où nous allons puisqu’on ne connaît pas le terrain. Faute de bandeau sur les yeux, on se concentre sur la musique dans la navette. Sachez aussi, futurs aventuriers, que passé 21h, il n’y a plus un seul endroit où acheter des clopes à Vannes (NB : Faut pas fumer, c’est pas bon pour la santé, mais c’était pour un ami).

Alors que nous entrons dans le camping, il fait nuit et cette étrange peuplade de campeurs se livre déjà à quelque rituel de célébration des étoiles visibles. Soucieux de nous intégrer naturellement dans ce nouvel habitat, nous plantons notre tente avant de nous plier à l’épreuve de la patience ultime, dite de “la file pour les tickets boisson et bouffe, mais ce sont pas les mêmes et si tu n’avais pas compris, tant pis, tu mangeras demain”. Mais la patience n’est pas la seule faculté à prouver ce soir. Tous nos sens vont être testés, et nos esprits battus à la moulinette de la scène “Hyper U”.

Cette madame en a une sacrée paire, sacrée paire. Croyez nous sur parole !

Le dépaysement s’amorce, nous ne sommes plus que perplexité, couilles factices et néanmoins visibles et Joe Dassin grindcorisé.

Vendredi : J1 & Abbath moins 1

Le réveil est compliqué. Non seulement la nuit a été fraîche (façon polie de dire qu’on s’est sérieusement caillé les miches), mais nous sommes tirés du sommeil par la présence à proximité de quelque chef de clan local expliquant aux alentours qu’il faut déplacer les tentes (dont la nôtre) car elles se situent dans le passage des pompiers. Mûs par notre perplexité ainsi qu’une flemme intense face à l’idée de tout remballer, nous nous contentons de… ne rien faire. Jusqu’à ce qu’un autre groupe de bénévoles passe nous dire qu’en fait, c’est bon, le camping est rempli, et ce n’est plus nécessaire de déménager.

Bingo.

Merci, ô flemme et perplexité !

Avant de se tourner vers le divertissement musical qui commence à 13h, le ravitaillement est nécessaire. Afin de remplir cette corvée qui assurera la pérennité de toute une communauté (soit nous + les voisins), nous nous aventurons à travers les bois jusqu’au point de rencontre entre deux mondes : les festivaliers et les villageois de St Nolff. L’épicerie est déjà un carrefour entre les peuples, mais les deux parties sont habituées, et œuvrent ensemble dans le plus grand respect du capitalisme et des brasseurs. Nos provisions faites, nous sommes fins prêts pour faire une entrée fracassante sur le site du festival, le vrai, garanti sans scène Hyper U. Alors certes, on a pris du retard et loupé les premiers groupes. Pardon à Lumberjacks notamment, qu’on a entendu de loin et même que ça avait l’air très cool, mais vous faites pas le poids contre 4 palettes de bières, c’est une question de priorité et je suis certaine que vous auriez été d’accord, en plus.

La première étape est d’apprivoiser le site, qui ressemble à peu près à ça :

(Attention, réalisé sans scanner, ne faites pas ça chez vous)

La seconde est d’assurer que nous sommes physiquement splendides. L’avantage certain étant la qualité du maquillage utilisé pour DEVENIR Abbath. Le geste tient du cérémonial, il est précis, attentif et surtout public. À tel point qu’un jeune homme (que nous appellerons “Iggy Pop” pour préserver son identité) souhaite y participer. C’est un honneur pour nous de procéder à son Abbathème.

La troisième étape repose sur la prise de contact avec l’espace VIP & Presse. Parce que oui, curieusement, la fabuleuse équipe du Motocultor m’a laissée entrer, tout syndrôme de l’imposteur et maquillage Abbath dehors. Alors, je ne cache pas que cela revêt certains avantages (déclinables en canapés, bretzels/cahouètes et accès à des toilettes AVEC DU SAVON), mais que, malgré une volonté affichée de ne pas jouer aux snobs blasés privilégiés, ben on y a passé plus de temps que prévu. Uniquement au bar.

Outre le staff, le plus grand avantage du bar VIP réside dans la carte des bières. Enfin, on le suppose puisque nous n’avons pas dépassé la ligne indiquant “Coreff Excalibur”.

À ce stade, vu la quantité consommée, je pense qu’on peut complètement prétendre au trône de Bretagne, à un rond de serviette à la Table Ronde, ou à défaut, à un rôle dans le film Kaamelott, s’il se fait vraiment un jour.

Il est aussi important de préciser que, sans la joyeuse bande des bénévoles du bar VIP (Aymeric, Audrey, David et les autres, je vais afficher des photos de vous tous chez moi, dans des petits cadres en forme de cœur), ce festival n’aurait pas été le même.

Parce que parlons-en des bénévoles, côté VIP ou pas d’ailleurs ! Que ce soit en termes d’horaires à rallonge, de diversité des tâches accomplies, souvent gérées à l’arrache avec les moyens du bord, ou de propagation de la joie et de la gentillesse sur le site, les bénévoles du Motocultor, c’est de l’or en barre. Rien qu’à eux, ils méritent un épisode spécial de Retour en Terre Inconnue, rien que pour savoir s’ils ont survécu aux éléments et à l’épuisement, tel une peuplade en voie de disparition.

Maintenant qu’on a plutôt installé l’ambiance, parlons de l’autre raison pour laquelle nous sommes présents, la musique.

Envoyez la page de pub ! Avec dans l’ordre, les tests d’ovulation Clearblue, le programme de régime “Comme J’aime”, un contrat d’assurance à pub pourrie type Maif ou MGEN (tu sais, celle qui parodie les chaînes d’info, là), les croquettes Canigou pour que ton yorkshire ne choppe pas la diarrhée dans ses poils longs, et la pub pour bagnole plus ou moins polluante de ton choix. Essaie de deviner à quelle catégorie socio-professionnelle appartiennent les téléspectateurs de Fred Lopez, tiens.

Alors, en ce premier jour de festival, que va-t’on se mettre sous la dent ?

  • Svart Crown, dont j’ai chopé l’album en février quand ils ouvraient pour Rotting Christ. Qui m’avait collé une grosse claque à l’époque et qui ont remis ça. Valeur sûre les gens, je vous les conseille.
  • Sticky Boys, vus au Hellfest il y a quelques années, que j’attendais avec impatience de revoir pour transformer l’essai. Plus hard-rock à la Airbourne que dans mon souvenir, mais ça ne constitue pas un problème (bien au contraire).

  • Auðn, troisièmes du Metal Battle à Wacken en 2016, dont je possède également l’album depuis l’hiver qui a suivi (acheté à la source, en Islande, oh yeah), parce que des mecs sapés comme des gardes du corps dans un film d’action qui réussissent à te retourner les boyaux sans peler l’extérieur valent clairement tout le soutien du monde.
  • DevilDriver, qui écument les festivals en ne laissant derrière eux qu’une trace de cheveux, des côtes endolories, des orteils cassés, des hématomes et des bronches recouvertes d’une bonne couche de poussière. Et on y retourne systématiquement parce qu’on les aime fort.
  • Pillorian, le groupe bâti sur les ruines d’Agalloch, encore plus calme et contemplatif.
  • Ultra Vomit, ce groupe étrange venu d’une contrée voisine… Dis donc, tu te foutrais pas un peu de ma tronche, Frédéric Lopez ? Nan parce que bon, RDV en Terre Inconnue, y’a “inconnu” dedans, et ça s’applique déjà pas aux groupes suscités, mais alors en plus, Ultra Vomit, c’est encore une autre paire de manches. Ca reste très cool hein, même si la scène/tente principale aurait gagné à être un peu plus grande, mais on y reviendra…
  • Cruachan, euh… Si, on les a vus, je t’assure, j’ai vu des photos après et elles étaient familières (du folk irlandais celtique à kilts, c’était clairement le signe qu’il fallait rameuter de l’Excalibur. Je tiens au moins autant à faire vivre la culture locale que l’Interceltique de Lorient).
  • Belphegor et sa voix échappée du 8e cercle de l’Enfer, qui berce notre semi-sieste, jusqu’à ce moment où on entend « BAAAAAAA-PHOOOOOO-MEEEEET » et qu’on bondit sur nos gambettes en prétendant que NON, on n’était pas fatigués, hé ho.
  • Et Alestorm. Après tout, ce n’est que la 5e fois en moins d’un an qu’on se retrouve à chanter « COME TAKE A DRINK AND DROOOOOOWN YOUR SORROWS » . Ils sont gentils d’y penser mais heureusement (ou pas), on les a pas attendus pour attaquer l’Excalibur. Merci encore à Correff, sponsor involontaire de ce reportage. Promis, brasserie chérie, on fera (discrètement) du placement de produit. Notons également qu’une enquête ardue est en cours via les réseaux sociaux afin de découvrir ce qu’il est advenu du canard géant gonflable (affectueusement surnommé Philippe ou Coin-Coin selon les sources)

Re-coupure pub, présentée par la brasserie Coreff, une brasserie qu’elle fait de la bonne bière, et Dwayne Johnson parce que bon. I WANNA ROCK !

Le retour au camping constitue un combat permanent contre les menaces qui pourraient tomber du ciel (grêle, neige, sauterelles, boules de feu), et contre lesquelles nous nous protégeons tant bien que mal. Tu n’as pas compris cette phrase ? C’est normal, si tu nous as croisés, tu n’as probablement pas compris pourquoi deux marioles tenant une pancarte sur leur tête se sont arrêtés à la hauteur de ton groupe de potes en beuglant « PROTÉGEZ-VOUS !! ». N’oublions pas que l’autre fil rouge de ce festival, outre Abbath, c’est la perplexité. On est dans le thème, comme diraient les consœurs des Reines du Shopping.

Le second effet Kiss Kool réside dans la découverte d’une autre tradition du Motocultor, à savoir le Macumba Open Air. Imagine une foule à peine sortie d’une journée intense, débarquant sur le camping comme si sa vie en dépendait, et se retrouvant sous des tonnelles avec des lumières qui bougent, un gros sound-system qui balance de la musique ringarde, à boire, et des paillettes bleues.

C’est ça, le Macumba. Et si tu as fait la chenille en continu sur Gala, les Backstreet Boys et Michel Sardou, que tu trouves encore des paillettes dans tes habits/ta tente/ta barbe/ta culotte, tu sais déjà de quoi je parle.

Alors, pour n’y avoir passé qu’une seule fin de soirée, je ne peux attester que du succès de l’entreprise, malgré les plaintes trouvables sur Internet. C’est vrai que, même sans camper juste à côté, on entendait des dizaines de gens chanter “Allumer le Feu” du plus profond de leurs poumons, puis scander « JOHNNY ! JOHNNY ! » bien après le lever du jour. Mais encore une fois, ce qui nous rend perplexes nous rend plus Motocultor.

Samedi : J2 ET ABBATH DAY

À J2, le réveil des joyeux Abbathuriers est peut-être laborieux, mais rien n’arrêtera la quête vers le Graal du black metal. D’autant que c’est le jour J, ce soir, nous serons présentés au grand sorcier, au gourou ultime. Après un échauffement plutôt léger la veille, aujourd’hui, l’immersion doit être complète. Chaque « Abbath » entendu dans notre vicinité doit être suivi d’un « ABBATH ! » de notre part ainsi qu’une manifestation physique rendant évident ce constat : nous serons Abbath. Marche en crabe et imitation vocale incluse.

Au réveil, c’était pourtant pas gagné

Afin de montrer leur bonne volonté, voire leur enthousiasme de nous voir nous intégrer, nos voisins de camp ainsi qu’un étudiant indien de passage se laissent maquiller. L’humeur est excellente, le teint un peu moins étincelant. Heureusement, dans les lointaines contrées de Kerboulard, la nourriture coule à flots. Façon de parler, mais pas seulement, puisque le simple fait de prendre une galette saucisse (je t’aimeuh, j’en maaaaangerais des kilos – air connu), servie avec oignons confits, sauce tomate et fromage fondu en quantité est un challenge de type “à boire et à manger”.

De quoi se blinder le bide et survivre à cette expérience hors du commun. Et voir des groupes, bien entendu. Vu le retard au démarrage (l’effet Macumba), et le fait de ne pas détenir le don d’ubiquité, il faut avouer que la liste n’est pas la plus ambitieuse de l’été.

  • Monolithe. Dingue. De quoi imaginer que ça va être nonchalant et doux pour le réveil, mais arriver à la fin du concert (à la louche, disons 4 morceaux !) avec tous les organes prêts à fonctionner normalement.
  • Ereb Altor. Pas leur plus chouette concert, mais même en trouvant ça un peu mou, je résiste difficilement à un groupe suédois qui chante en suédois. Mais regarde, y’a un beau dessin !

  • Möhrkvlt. Perplexe. Du Black Breton qui chante en breton des paroles sur la mort. Quoi de plus normal, certes, mais comme le monsieur n’articule pas, on doit bien le croire sur parole puisqu’il est un peu ardu de comprendre ce qu’il raconte. En tous cas, il n’était pas content.

  • Suicidal Angels. WOOHOOO ! Du thrash (grec), bien fait, ça fonctionnera TOUJOURS. Prends un Doliprane et bouge ton corps, petit Abbathurier !
  • Blockheads. WHAAAAAHHHHAAAAAHHAAAAA ! Probablement le concert le plus bordélique du festival, du moins de ce que j’en ai vu. Autant j’avais déjà vu des groupes inviter le public sur scène, autant voir TELLEMENT de monde y aller, pogotant joyeusement et faisant slammer des gens SUR la scène, c’était inédit. Oh, et sinon, ils font du grind, le genre avec du chant porcin, le chanteur fait de drôles de choses avec son micro, et la setlist prenait 2 feuilles A3 (bah oui, grindcore : morceaux de 17 secondes, après c’est le malaise vagal)
  • Pelican. Wut ? Un groupe auquel on n’a pas prêté attention immédiatement, et c’est bien dommage, parce qu’une chouette réponse à Monolithe. Sludgy-post-metal-post-truc-post-machin, le genre de groupe dont le style est plus long que son nom mais pas ses morceaux. À revoir en entier.

Y’avait un peu de poussière

J’entame ici une parenthèse (enchantée) pour préciser que là, Frédéric Lopez ne s’est pas foutu de ses aventuriers. Tous les groupes ci-dessus m’étaient quasiment inconnus au bataillon. On revient dans le thème avant de retrouver les vieux copains :

  • Tagada Jones. Larme et choeurs. Est-ce qu’on se lassera un jour de faire des « LAYLAY LALALALAAAAY » ? Peut-être. Mais pas aujourd’hui.
  • Black Dahlia Murder. Tarés mais très rigolos. Un chanteur avec une dégaine pareille (bermuda coupé aux ciseaux, chemise qui pique les yeux et lunettes de vue, ce qui est plutôt rare sur scène) mérite le détour. Quand il enchaîne les vannes, puis lance les morceaux et assure ses parties vocales comme un animal de trait, on sait qu’on a eu raison de lui faire confiance. Tellement que lorsqu’il revient avec…
  • Cannibal Corpse pour chanter “Hammer Smashed Face“, on se roule par terre de joie. Cannibal qui nous sert le même concert qu’à tous les autres festivals de la tournée estivale, d’ailleurs, avec les mêmes vannes de George Fisher et le même défi : essayer de le suivre quand il headbangue. Mais on ne peut pas leur en vouloir, puisque ça marche (sauf pour le suivre, mais ça, on s’en doutait avant d’essayer, c’est à peu près aussi évident que le fait de Britney Spears chantant en play-back)
  • Shining. De loin ça avait l’air bien. Le chanteur Niklas Kvarforth ne rentre pas tout de suite à la maison pour mieux venir pousser la chansonnette sur une reprise de Cure avec le groupe suivant qui n’est autre que…
  • Behemoth. Amour. Là encore, un show très semblable aux autres dates de la tournée, jusqu’aux pas de danse et au drumtech couvert de sang qui vient jouer lui aussi. Si tu étais là, avoue que toi aussi, tu as pensé qu’on allait tous mourir parce que les flammes des effets pyro s’approchaient dangereusement de la toile de tente. Et du public, et du groupe, et des photographes/mecs de la sécu dans le photopit. On serait morts heureux ceci dit, mais c’eût été un peu tôt.

Tout ça me rappelle que je voulais parler du monde. Parce qu’il y en avait, même si ça restait gérable. Mais je n’aurai pas besoin d’appeler les experts anthropologues de RDV en Terre Inconnue pour savoir d’où vient ce peuple :

1 – Le festival était complet.

2- Sur les trois scènes, la Dave Mustage (scène principale) n’avait jamais de concurrence puisqu’aucun groupe ne jouait en même temps sur les scènes 2 et 3.

D’où la constatation que les têtes d’affiche (et surtout leur public) auraient probablement été plus à l’aise avec une scène et un espace plus vaste. Juste une idée, pour la prochaine fois, donc…

Bref. A ce stade, autant dire que nos corps et nos esprits ont été mis à rude épreuve au point d’oublier de s’alimenter (ou de se laver mais HAHAHAH, on n’est pas venus pour jouer l’hygiène !). Nous sommes épuisés et affamés, mais nulle bonne humeur au monde ne saurait surpasser la nôtre. Cet état de transe s’annonce idéal pour accueillir celui par qui tout est arrivé, celui pour lequel nous sommes venus porter du corpse paint par 30 degrés pendant 3 jours.

Abbath ! ABBATH !! ABBAAAAAAAATH !

Dès l’entrée sur scène à la minute près, le dépaysement s’amorce. Pas besoin d’effets pyro, ABBATH EST l’effet pyro, et crache des flammes sur lesquelles on pourrait faire griller des merguez. La suite, c’est un concert puissant, à l’ambiance folle, malgré l’heure tardive et la fatigue et une setlist très correcte. Entendre un pote de lycée crier « HAAAN C’EST MA PRÉFÉRÉE !!! » telle une ado anglaise à un concert des One Direction, ça n’a pas de prix. Surtout quand ladite chanson est “Tyrants”, et qu’en réalité, on est cinq à avoir la même réaction de groupie. Abbath (Abbath !! ABBATH !!!) lui-même semble plutôt à l’aise dans le rôle d’Abbath. Il tente des vannes qu’on ne comprend pas, mais qui nous font rire parce que lui rigole, ce qui est rigolo. Il exécute avec brio le pas du crabe auquel avant nous, des milliers de petits blackeux se sont essayés. Il. Joue. VINGT-CINQ. MINUTES. DE. PLUS. Pour notre plus grand bonheur. Incapable de quitter la scène après le départ des musiciens (et, on le visualise tout à fait, les gestes désespérés des roadies et de l’ingé-son), il tente un circle pit solitaire en déboulant au pas de course autour de la batterie. Puis repart. Puis revient faire le crabe. Puis repart. Revient et tente de dire un truc dans les micros. Mais les micros coupés, il crie quelque chose que personne ne pige, mais tout le monde applaudit. À 2h30 du matin, ne restent que les plus convaincus. Et nous ne sommes plus qu’euphorie et maquillage qui coule.

Parmi les spectateurs, les avis divergent pourtant. D’aucuns le trouvant trop clownesque, trop approximatif, probablement torché (la base pourtant, pour un cracheur de feu). Ces gens sont autorisés à avoir une opinion, bien entendu, mais je maintiendrai que nous n’avons pas vu le même concert.

Sache, cher lecteur, que j’ai cherché une façon efficace de te faire comprendre que non seulement je suis essoufflée après avoir décrit ce concert, mais que tu l’es aussi probablement après l’avoir lu. C’est là où le format télé & Frédéric Lopez seraient utiles. Il va vraiment falloir revoir le budget pour l’an prochain…

Dimanche : J3, ABBATH QUAND MÊME

Malgré la fin de soirée au calme à la tente (néanmoins perturbée par un squatteur bizarre ascendant nazi un peu quand même), le réveil est encore difficile. D’autant que ce n’est pas parce qu’on ne va pas au Macumba qu’on n’en subit pas la playlist. Mais les festivaliers ne se laissent pas décourager. Deux jeunes hommes (en slip, c’est important à préciser) se lancent dans un concours de ventriglisse devant les cabines de douches. L’un d’eux, armé d’un melodica dont il n’a pas peur de se servir, parvient à glisser sur toute la longueur des bâches en jouant le thème de Terminator (entre autres), assurant un divertissement sans faille pour qui attend depuis 35 mn dans l’interminable file des toilettes du camping. Mec, tu es mon héros.

Tout ça pour dire qu’il est assez tard quand on arrive sur le fest, et qu’en plus, un tas d’éléments perturbateurs vont se succéder. Parce que oui, on est à RDV en Terre Inconnue, mais ça se croise parfois un peu avec Koh-Lanta dans les tics de montage : y’en a qui craquent, y’en a qui dorment, y’en a qui fatiguent, d’autres qui se battent, affrontent les éléments naturels (chaleur, soif, pénurie de tickets boisson/bouffe et de sous pour en racheter), etc. Ben nous c’est un peu pareil. En bien moins dramatique hein, mais pour rappel, il s’agit du dernier jour de mon sixième festival de l’été (le troisième à la suite). La pression se relâche, on squatte davantage “avé les caupaings”, on sieste comme un koala n’importe où, et fatalement, on voit moins de groupes que prévu.

“Ben oui, on sait qu’Abbath joue pas aujourd’hui, et alors ?”

  • Jinjer – “Caution féminine” de la journée. D’autant que la chanteuse a sorti le brushing et surtout une sorte de combinaison intégrale moulante en simili cuir, façon Catwoman (les garçons font « Oooooh, ah ouais quand même » et on ne peut pas leur en vouloir). Plutôt sidérant, pour nous qui crevons de chaud alors que nous sommes tous en short. Ce qui vaut à un ami la réflexion « Elle est Fresh & Black en fait » . Yepp, comme les tentes Quechua. Cette phrase me fera rigoler jusqu’à Noël, au moins. Sinon, leur musique, ben c’est inégal, mais quand c’est bien, elle est vraiment cool.
  • Warbringers – DU THRASH ! Alors, on se déchire entre ceux qui ont préféré Suicidal Angels la veille et ceux qui ne jurent plus que par Warbringers. Équipe jaune, équipe rouge, ça ressemble de plus en plus à Koh-Lanta, il faudra régler ça à la prochaine épreuve des poteaux, ou du Wall of Death. Tiens d’ailleurs, c’est curieux qu’il n’y ait pas de Wall of Death dans Koh-Lanta. Ou Fort Boyard. Ou RDV en Terre Inconnue.
  • Misery Index. Encore un groupe qui te fout le bordel dans les entrailles, les tendons, les cervicales et la peau. Intense.
  • Dead Bones Bunny. Découverte totale, grosse équipe sur scène, un contrebassiste fou, des choristes avec des têtes de lapinou géantes et une sacrée énergie. Tout à fait rafraîchissant, et à revoir à l’occasion en prêtant davantage attention à la musique, même si du rockabilly restera toujours du rockabilly.
  • Origin. Sur la “Scène dans les arbres” avec le terrain en pente, un cadre bucolique pour en prendre plein la frimousse. À ce stade, côté styles de musique, le Motocultor joue à l’ascenseur émotionnel, et on ne peut même pas lui en vouloir. Et c’est pas fini.
  • Comeback Kid. Ou du punk hardcore que j’avais promis de pas louper, que je suis allée voir, mais sans rester jusqu’à la fin tellement la sieste devenait urgente. Mes plates excuses à “Oune Diablé” mon porteur de sabots préféré.
  • Toxic Holocaust. WOOHOOH ! La sieste fut réparatrice et ces gars-là tellement irrésistibles qu’il y en a une qui est partie pogoter sans sa ceinture lombaire (Passion sciatique) et qui est revenue avec un genou à l’envers et un coude en moins après s’être croûtée comme une bouse dans le pit. ET ÇA VALAIT LE COUP !
  • Dying Fetus. Inloupable, et de toutes façons, le thème de la journée avait clairement émergé à ce stade comme étant “on va tous mourir”. Il paraît qu’un gars a vraiment poussé le concept très loin à Paris d’ailleurs.
  • Sepultura, avec l’aimable concours des Tambours du Bronx (mais que à la toute fin). Y’a qu’un seul mot : PUISSANT.

Alors je sais, je n’ai écouté Nashville Pussy et Municipal Waste que de très loin, à moitié endormie, mais tant pis, de toutes façons, on les reverra. Pas la peine de me jeter des cailloux, j’ai déjà un genou qui plie bizarrement. #Karma.

N’empêche que Sepultura c’était géant pour finir, puis ramasser les copains dans les coins et ramener le tout à la tente. Encore une fois, pas de Macumba puisque d’une certaine façon, c’est le doux chant du Macumba qui venait jusqu’à nous, à l’heure où blanchit la campagne.

Matelas “j’ai encore rêvé d’Abbath”, édition limitée

Alors, en conclusion, on espère que des bénévoles auront récupéré et apprécié les bières abandonnées à leur attention par nos soins, que tout le monde aura eu son train malgré les galères de navettes, que tout le monde est bien rentré se badigeonner de Voltaren©.

En tous cas, malgré les pics de perplexité du week-end, nous, on a bien aimé. Il faudra faire un Retour en Terre Inconnue un jour. Ou un Koh-Lanta – Kerboulard Édition.

Tout plaquer pour tenir une billig à Saint-Nolff

Ce reportage a été réalisé avec le soutien psychologique des Caupaings Yamoy & Yves, les jolis dessins sont de Fable, la bière de Correff, le plan, les photos de merde, le texte et les maquillages sont de Sarah.

Merci au Motocultor et à Romain Richez et d’avoir bien voulu de moi pour écrire un pavé aussi long et débile, sans rancune hein ?

Bisous !

 

 

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