Musée d’Art Moderne de la ville de Paris – Zao Wou-Ki – L’espace est silence

Le temps de cet article, je m’écarterai du cycle Japonisme (sur lequel je ne manquerai pas de revenir prochainement, n’ayez crainte) qui retient une grande partie de mon attention ces temps-ci. Je prends la liberté d’une escapade esthétique à l’ouest de l’archipel nippon. Un petit décalage géographique qui nous mènera vers la Chine, à la découverte du travail de Zao Wou-Ki, artiste chinois certes, mais fortement influencé par les avant-gardes européennes et américaines. Il quitte d’ailleurs son pays natal en 1948 pour s’installer à Paris. Loin de moi l’idée de me lancer dans des détails biographiques assommants, mais l’attrait de Zao Wou-Ki pour la peinture et la culture occidentale est loin d’être anecdotique.

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Je serai tentée de dire que cette exposition s’adresse à un public averti, bien qu’elle ne mette absolument pas de côté le spectateur qui découvrira simplement ce travail ; je crois qu’elle sera particulièrement appréciée par ceux qui ont à cœur les problématiques chères aux avant-gardes. Ou tout du moins, les sensibilités friandes de paradoxe. J’explique mon inextricable charabia d’universitaire frustrée : clairement, si vous n’avez aucune attirance envers la peinture non-figurative – en somme les tableaux qu’on appelle affectueusement des croûtes – si vous tentez de deviner un paysage, une forme quelconque, si vous cherchez désespérément une image, un sens clairement posé, concis et direct, peut-être serez-vous déçus. Si par contre, vous acceptez le temps d’une exposition de ne pas avoir de prise sur ce vous voyez, peut-être pourrez-vous entrer dans la danse. L’Espace est silence est, je crois, un titre particulièrement judicieux. C’est bien un immense silence qui se dégage de ces productions. Non pas un silence stérile, mais quelque chose d’organique, d’imposant et de pluriel. Quelque chose d’indéfinissable, autoritaire parfois, et pourtant fertile. Loin du péremptoire.

Jouons franc jeu, je ne suis pas moi-même une aficionado de la croûte susmentionnée. Et c’est en rationalisant (ou en essayant de le faire) que j’ai trouvé mon petit plaisir bobo. N’en déplaise à certains, branlette intellectuelle, mais branlette quand même ; ça fait toujours du bien ! Résultat donc de ce plaisir solitaire cérébral : ce qui m’a particulièrement plu dans cette exposition, c’est la façon dont le MAM a clairement mis en lumière sa problématique. Pour une fois loin de la problématique fourre-tout que l’on sort de son chapeau juste parce que Gégé se sentait bien une rétrospective sans trop savoir pourquoi. Non. Tout le paradoxe, toute l’antithèse picturale de la peinture de Zao Wou-Ki est énoncée de façon évidente. Ce croisement entre la peinture d’avant-garde occidentale et la peinture traditionnelle chinoise est beaucoup plus questionnante et surprenante qu’il n’y paraît au premier abord. En effet, comment concilier la théorie de la tabula rasa (expression consacrée pour désigner l’intention des avant-gardistes de faire table rase du passé, le rouleau compresseur soviétique de l’histoire de l’art, si vous préférez) et la tradition bien solide des codes picturaux chinois ? Présenté de cette façon, on ne peut qu’imaginer des peintures dissonantes, sans harmonie, sans cohérence. Non, Zao Wou-Ki réussit ce tour de force. Des productions impressionnantes, élégantes, qui n’amputent aucune des deux identités. Loin du simple mélange des genres, Zao Wou-Ki a, en son temps, su créer des codes réellement nouveaux. Et quelle satisfaction de se dire que oui, l’art a produit, il n’y a pas si longtemps que ça, du nouveau. Pas du seul ré-emploi (voilà une phrase qui ferait couiner les post-modernistes…).

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L’exposition présente également une phase plus tardive du travail de l’artiste, pendant laquelle il se rapprochait très nettement de l’identité picturale chinoise traditionnelle dont il s’était plutôt écarté jusqu’alors. Très honnêtement, je n’ai pas été ébranlée jusqu’au tréfonds de mon âme en voyant ces productions MAIS (parce qu’il y a toujours un mais avec ces peintures) elles m’ont laissé une impression d’aboutissement complet. Paradoxalement, c’est probablement la raison de ma tiédeur vis-à-vis de ces œuvres. Elles sont parfaitement achevées. Je me suis d’abord dit que c’était une façon convenue et attendue de traiter les choses. Alors que j’aurais dû me poser la question autrement : si c’était attendu, peut-être est-ce exactement à ça que ça devait ressembler. Idéalement. Quelle forme prendrait une avant-garde typiquement chinoise ? Probablement celle-ci, en tout point. Vous avez jusqu’au 6 janvier prochain pour juger de cette pertinence…

Texte : Claire L.

Photographies : ADAGP

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