Rencontre avec NIKO de TAGADA JONES

 

L’été et ses belles scènes ensoleillées… 2018 aura été une saison plus que clémente pour les festivals. Vous avez d’ailleurs peut être vu passer un des groupes les plus prolifiques de la scène française, TAGADA JONES. C’est juste avant le Motocultor que Niko prend le temps de répondre à nos questions.

 

 Merci de prendre le temps de répondre à mes questions, j’aimerais commencer par parler du Live au Hellfest qui est sorti en Juin . Avec toutes les dates que vous faites il y a l’embarras du choix, pourquoi avoir choisi le Hellfest pour enregistrer ce live ?

Niko- On a fait ce concert tout à fait normalement, puis au fil des concerts -on en a fait une centaine après- partout en France, énormément de gens nous disaient qu’ils n’avaient pas pu entrer dans la Warzone car il y avait trop de monde. On a eu beaucoup de demandes, alors que nous, nous n’avions pas du tout prévu de sortir un live. Puis AT(h)OME (le label, ndlr) nous a dit « nous avons les bandes, ce serait tout à fait possible, beaucoup de gens le réclament ! » On s’est dit pourquoi pas finalement ! C’est ainsi que nous avons décidé de le sortir, mais ce n’était pas prémédité !

J’ai lu un jour que vous aviez à cœur de ne pas modifier en studio les lives après enregistrement, j’imagine que c’est toujours le cas ?

N-  Voilà ! C’est vraiment un live pur et dur, c’est vraiment l’énergie qu’on a envie de faire ressentir. C’est très important de prendre le live tel qu’il est, après on remixe bien sûr. Mais là, spécialement sur ce live, on était hyper contents. On s’est dit « whoouua » le public était nombreux ça se ressent vraiment ! On était très contents du résultat.

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crédits : Mathieu Ezan

C’est vrai qu’en écoutant le live on ressent cette énergie. D’ailleurs, la vidéo diffusée sur Arte est toujours disponible. Cette foule c’est incroyable, que ressentez-vous sur scène dans un moment pareil ?

N- Pour nous, tous les concerts sont différents, on passe de super concerts dans de petites salles. Après c’est vrai que quand tu te retrouves devant autant de gens c’est une chose, mais devant autant de gens qui chantent et sont à fond… C’est vraiment ça qui a été super positif ! Le fait que les gens participent autant c’est le gros plus de ce concert on a eu un très bon retour du public et à partir de là tu peux profiter toi-même du concert.

Ce n’est pas votre premier Hellfest, après toutes ces années, jouer sur la Warzone vous procure toujours autant de plaisir ?

N- Je dirais que peu importe l’endroit, c’est toujours un vrai plaisir. Mais quand on retourne dix fois dans la même salle, ce n’est jamais exactement le même concert. On aime ça, on fait de la musique pour faire des concerts. On a déjà fait deux Hellfest avec Tagada Jones, et deux avec Le Bal des Enragés, on sait ce que ça va donner et c’est un vrai un plaisir. A chaque fois qu’on est programmés on attend ça avec impatience.

Il y a quand même une évolution de l’ambiance générale ces dernières années…

N- Je ne sais pas si on peut parler d’évolution d’ambiance ou si c’est le fait qu’il y ait pas mal de groupes français maintenant. On se rend compte qu’il y a un vrai public pour ces groupes ce qui n’était pas le cas au début du Hellfest. Il y avait peu de groupes français qui jouaient, et des groupes qui chantaient en français, alors là, pas du tout ! Maintenant le festival a vraiment grandi et grossi, il est presque devenu Mainstream. C’est ce qui fait qu’indirectement, toute l’année on part à la rencontre des gens, alors qu’à l’inverse c’est eux qui viennent à la messe du Hellfest ! Ils viennent partager ce concert avec nous et c’est génial !

 Vos textes sont toujours aussi militants et touchent le public. Pour ma part je suis très touchée lorsque j’entends ” Vendetta “, tu peux m’en dire un peu plus sur cette chanson ?

N- Dans cette chanson, ce qui est important pour nous, c’est de montrer qu’il ne faut pas rester sur les préjugés ; sur ce qu’on peut dire ou non parce que ça fait bien. Ce sujet c’est quelque chose qu’on n’a pas le droit de dire, on est étiquetés de gauche, ce qui est tout à fait vrai, et du coup les gens nous disent « non mais, vous ne pouvez pas dire ça » ! Et pourtant c’est la réalité !

(Pour comprendre cette réponse, je vous invite à écouter le titre “Vendetta” qui parle d’un parent qui venge la mort de son enfant ndlr ) : 

Ça s’est fait à la suite d’un fait divers – ce n’est pas quelque chose qui nous a touchés personnellement- on s’est dit qu’il fallait aussi avoir le courage de le dire, même si on est de gauche, c’est la loi du Talion (une loi ancienne symbolisée par l’expression « œil pour œil dent pour dent » ndlr). Certains nous ont dit « mais, c’est un morceau pour la peine de mort ! » Alors que pas de tout, car a aucun moment on ne parle de jugement, c’est juste un ressenti. Il y a aussi énormément de gens, qui eux, nous écrivent pour nous dire que c’est bien qu’on ait fait ce morceau ! Ce n’est pas parce qu’on est un groupe punk de gauche qu’on n’a pas le droit de dire ce qu’on pense. Effectivement il y a des gens qui sont d’accords avec nous et d’autres non c’est normal qu’il y ait des avis différents.

 Je voudrais parler maintenant de votre succès en dehors de la France, car un groupe français qui chante en français et avec des textes aussi militants c’est très rare ! A quoi cela est-il dû ?

 N- Premièrement ça fait pas mal de temps qu’on joue à l’étranger. Il y a des endroits dans lesquels c’est la quatrième ou cinquième tournée que l’on fait dans le pays, forcément, ça aide ! Et aussi car une des particularités du groupe qui ressort, c’est cette grosse énergie. Il arrive souvent que des gens nous disent que ce n’est par le style qu’ils écoutent habituellement mais qu’ils ont vraiment aimé le concert car ils ont ressenti l’énergie. Et ça, ça marche aussi à l’étranger.

Ensuite, une fois que tu as réussi à traverser un peu les frontières, et bien, pour des Anglais ou des Américains ce qu’on fait est très exotique. Ils adorent car c’est complètement différent de ce qu’ils ont chez eux ! Les groupes qui copient ce qu’ils font, ça ne les intéresse pas, ils s’en foutent ils ont les « originaux ». Lorsque l’on joue devant ce public-là, ils adorent l’exotisme du groupe.

Et est-ce qu’ils s’intéressent au contenu des chansons ?

N- Certains oui, d’autres non. On reçoit des messages d’étrangers sur les réseaux sociaux qui ont pris la peine de traduire les paroles et qui nous disent qu’ils adorent ce qu’on écrit. Et d’autres écoutent plutôt la musique. C’est comme les 90 % qui écoutent des groupes américains ou anglais et qui ne comprennent pas un mot des paroles !

Quand on a fait ce projet du Bal des Enragés, j’ai dit un jour pour rigoler qu’il faudrait qu’on fasse une session où l’on traduit tous ces hits qu’on joue, car pour une grande partie des titres, (et c’est encore plus vrai dans la variété), les paroles sont catastrophiques ! Ça ne veut rien dire il n’y a aucun sens ! C’est bien la preuve qu’il y a plein de gens qui ne s’intéressent pas aux paroles. Il y a les gens qui creusent, et ceux qui ne creusent pas.

Tagada_Jones-photo_presse1 - (c)Mathieu_Ezan
Crédits : Mathieu Ezan

D’ailleurs en parlant de réseaux sociaux, à vos débuts il n’y avait pas Facebook et on ne vous voit pas raconter le moindre détail de vos vies. Qu’est-ce que l’arrivée de ces réseaux a changé pour Tagada Jones ?

N- C’est vrai que pour nous c’est juste quelque chose qui sert à la promo du groupe. A aucun moment je ne vais mettre des choses privées ça ne m’intéresse pas du tout. C’est un outil de communication intéressant maintenant pour les groupes. Les gens peuvent te contacter directement, ils adorent ça. C’est un atout et ça va très vite. C’est un bon vecteur de communication et indirectement de promotion. Ce n’est pas vraiment explicable mais on a, en plus, la chance d’avoir un public jeune qui s’intéresse au groupe. On a bientôt 25 ans de carrière, on aurait pu être désuets au bout de 10, 15 ans mais ce n’est pas de tout notre cas. Beaucoup de jeunes  s’intéressent au groupe, ce qui fait qu’on a des réseaux sociaux actifs . Je pense, pour en avoir discuté, que ce qui touche maintenant les jeunes c’est le fait qu’on soit un groupe avec une intégrité dans un monde où aujourd’hui ils ne peuvent plus faire confiance en rien ; avec la politique, on voit que le monde de manière générale c’est une grosse escroquerie. Les gens se disent que Tagada Jones est fiable c’est un groupe qui n’a jamais changé son fusil d’épaule et certains se retrouvent dans notre parcours.

 Ma question suivante est liée, de mon point de vue il y a une ouverture, un réveil des consciences sur la situation actuelle de notre monde et du coup grâce à  internet c’est sûrement devenu plus facile de toucher le public…

N- Et bien pile au moment de la sortie de La Peste et le Choléra j’avais fait énormément d’interviews et si je devais synthétiser je dirais que la question la plus courante était : « Tagada, vous avez vraiment fait un album dans l’air du temps, ça colle parfaitement à ce qu’il se passe en ce moment ». A chaque fois je répondais : « je vous arrête tout de suite, nous, on a toujours dénoncés plus ou moins les mêmes choses ! La forme peut avoir changé, mais le fond lui non ; ce n’est pas Tagada qui a fait un album qui collait au contexte, mais le contexte qui a fait que les gens se retrouvent dans ce qu’on dit depuis le début. Car justement nous n’avons pas changé de discours. Et là ce qu’il se passe c’est qu’il y a une énorme prise de conscience, et un ras le bol . Les gens en ont marre d’être pris pour des cons .C’est sans doute pour ça qu’il y a plein de gens qui se sont intéressés à notre musique. Si au début on pouvait paraître démago et bien aujourd’hui ça a changé !

On est indépendants, on a fait notre propre label, on a refusé de signer pour de grosses compagnies. Alors ,ça a été très long pour nous au début, forcement quand tu fais ça avec zéro thune… Tout ce que nous avons fait, c’était avec les quelques centaines de francs puis milliers de francs ensuite qu’on mettait de côté après chaque concert. On a réussi à mettre tout en place : les premiers camions les premières promos qu’il a fallu faire.

Ce qui est très rare aujourd’hui c’est que les groupes sont souvent plus connus pour leurs premiers albums qui ont été de gros succès – les groupes qui jouent depuis plus de 20 ans comme nous – alors que nous c’est le contraire, les albums qui marchent le mieux ce sont les derniers ! C’est plutôt flatteur pour nous, je préfère largement notre situation ! On se dit que ce qu’on propose actuellement c’est ce que les gens aiment. La situation inverse est dérangeante pour les groupes qui ont envie de faire de la musique, alors que, les gens s’en foutent royalement, et n’aiment que ce qu’ils faisaient au début ! Nous, on a la chance d’être en haut de notre vague et on espère que ce sera encore plus haut avec l’album suivant, je nous le souhaite !

Il y aura toujours matière pour des chansons ! Certains sujets d’ailleurs sont plus facilement, et plus souvent abordés aujourd’hui comme l’écologie, le véganisme … Ces sujets émergent de plus en plus de nos jours.

N- Nous, ça fait des années qu’on fait des morceaux sur l’écologie. Les tous premiers c’était il y a une quinzaine d’années. A l’époque, ce n’était pas dans l’air du temps, pour un groupe punk de faire un morceau écolo. Aujourd’hui il y a une prise de conscience, je dirais, de tous les sujets que l’on traite et pour lesquels indirectement on essaie de se battre et d’ouvrir les yeux aux gens. Finalement ça reste le sujet sur lequel on a le plus à positiver car la prise de conscience est énorme ! Chez nous en tous cas, en Bretagne, c’est sûr ! Même les supermarchés ouvrent partout des rayons bio, ils sont obligés de le faire parce que les gens veulent consommer bio ! C’est bien la preuve qu’on peut faire changer les choses, c’est la preuve que les gens ont le pouvoir. Si on arrête tous d’acheter un produit, le produit ne marche plus !

Le premier morceau qu’on avait fait sur l’écologie c’était contre Monsanto , “Ecowar” qui date de 2003 et aujourd’hui, c’est génial, car Monsanto est condamné ! Il y a une prise de conscience et plein de choses vont en découler. C’est triste pour cet homme qui a eu un cancer et tous les gens qui l’ont, mais le côté positif c’est qu’il y a une prise de conscience. C’est le seul sujet qu’on traite depuis le début pour lequel il y a une évolution positive.

Tagada_Jones-photo_presse3 - (c)Mathieu_Ezan
Crédits : Mathieu Ezan

Parlons de votre tournée, car vous n’arrêtez jamais ! Je me demande comment ça se passe avec Ultra Vomit car on les retrouve souvent avec vous et le mélange n’est pas banal !

N- Ma compagne et moi, nous avons créé la structure autour de Tagada comme j’en parlais avant – la structure de production – et il se trouve qu’on produit Ultra Vomit aussi bien en tournée qu’en production de disques. Tout simplement, avec Tagada Jones, on remplit les salles, Ultra Vomit remplit encore plus que nous et les programmateurs ont envie de faire jouer les deux groupes en même temps.  Après 3 ou 4 concerts complets comme ça, tout le monde veut le faire ! Plus il y a de concerts complets, plus il y a de demandes ! Pourtant à aucun moment on s’est dit tiens, on va faire une tournée ensemble! Finalement, par la force des choses, dans des petits festoches ou des soirées, il y a plein de gens qui demandent de prendre les deux groupes en même temps. Et ça se passe très bien, c’est vraiment un groupe avec lequel on s’entend vraiment bien ; les soirées sont superbes. Donc, il y en a encore quelques-unes en vue ! On a un public en commun, on ne véhicule pas les mêmes valeurs, mais les concerts sont toujours une fête et les gens viennent pour passer un bon moment !

Pour finir tu as des nouvelles à propos du Bal des Enragés à donner ?

N- On a déjà monté 10 dates ; on fait 10 ans = 10 dates, des dates vraiment dédiées au Bal. C’est l’anniversaire donc on voulait vraiment marquer le coup. Avec les plannings de chacun, c’était assez compliqué de faire une grosse tournée. Donc nous avons opté pour les 10 ans = 10 dates très concentrées, dans des salles plus grandes que ce qu’on faisait auparavant ; mais avant on faisait plutôt  45/50 dates en une année. Ensuite il y aura quelques festivals mais au compte goutte. Il faut voir avec les dispos de tout le monde mais on fera quelques festivals d’été. Le bal ce sera maximum une vingtaine de dates dans l’année.

Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions, bonne continuation!

N- Merci pour l’interview et à un de ces quatre en concert !

 

Propos recueillis par Cindy.

 

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