[littérature] Black Out et All Clear de Connie Willis

« Peut-être le temps d’aujourd’hui et le temps du passé sont-ils présents dans le temps à venir, et le temps à venir est-il contenu dans le temps du passé ? » T.S. Eliot (Quatre Quatuors)

Voyager dans l’Histoire en compagnie d’historiens : voici le créneau de certains romans de Connie Willis. Pour ces deux pavés, nous embarquons pendant la WW2 et plus particulièrement pendant le Blitz en Angleterre. Ultra documentée, l’auteure nous ravit de détails en mode immersif, un pur régal. Passionnés d’histoire, de guerre ou de culture anglo-saxonne, ce diptyque est pour vous ! 😉

Black Out” : Politique de défense anti-aérienne passive plongeant les villes dans l’obscurité absolue / “All Clear” : expression anglaise signifiant “fin d’alerte” en cas de raid aérien.

Nous suivons trois historiens d’Oxford en Angleterre en 2060. Polly, Mike et Eileen partent étudier la Seconde Guerre Mondiale à différents spots : l’un pendant l’évacuation de Dunkerque, l’autre pour le VE-day… avec des sujets d’études comme les héros anonymes, les enfants évacués de Londres, les FANY… et finalement, ils se retrouvent bloqués pendant le Blitz sans trouver de porte de sortie pour les ramener chez eux. Oh my baaaaaaad ! S’ensuit donc de la survie et surtout le doute d’avoir modifié le cours de l’Histoire. Et ça, ce serait bien ballot…

« Happy Blitzmas »

Vivre ce morceau de guerre de l’intérieur est extraordinaire. Ressentir par les pores la “réalité” mieux qu’un film historique avec ce charme très anglais. Ce célèbre flegme anglais = incroyable ! Continuer à faire les magasins, à boire le thé, à aller au théâtre, les affiches, la répartie, les bonnes manières … En vrai, ce Blizt Spirit a beaucoup aidé au maintien du moral des civils et est assez exemplaire. On peut penser au fameux « Keep Calm and Carry On », affiche de propagande du gouvernement britannique qui aurait été mise en place si invasion allemande. Enfin bref, avec les multiples références à Shakespeare, pas de doute, on est bien en Angleterre. L’auteure Connie Willis est américaine, mais elle dévoile un grand amour pour l’Angleterre et les Anglais sur beaucoup de points.

 

back to the futur

La théma des voyages dans le temps a toujours existé (citons rapidement les Retour vers le futur de Robert Zemeckis dans les années 90 ou le livre Le voyageur imprudent de René Barjavel en 1943), a toujours fait fantasmé, a même été objecté par les plus grands scientifiques (la théorie de la conjecture de protection chronologique de Stephen Hawking démontre l’impossibilité de voyager dans le temps par exemple). Dans le Oxford du futur, la machine, qui permet ces voyages, ne laisse pas passer les chercheurs si elle détecte une potentielle perturbation historique, les problèmes de paradoxes temporels sont donc éliminés. Enfin… théoriquement, car là, a priori, y’a quand même une couille dans le potage.

 

« À cause du clou, le fer fut perdu.
À cause du fer, le cheval fut perdu.
À cause du cheval, le cavalier fut perdu.
À cause du cavalier, le message fut perdu.
À cause du message, la bataille fut perdue.
À cause de la bataille, la guerre fut perdue.
À cause de la guerre, la liberté fut perdue.
Tout cela pour un simple clou. »

Benjamin Franklin

 

Les actes même minimes, hein ! La théorie du chaos de Lorentz et sa phrase-choc « Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? », vous vous souvenez ? Quand Mike sauve un soldat de la noyade et que ce dernier en sauve plus de 150 après, le cours de l’histoire change-t-il ? Quand on sait que la victoire des Alliés n’a tenu qu’à un fil, peut-on le trancher en trébuchant au mauvais moment ? Renverser Alan Turing à Bletchley Park aura-t-il un impact significatif pour le décryptage de la machine Enigma ? Mode parano enclenché ! En essayant de connaître leur sort et l’issue de la guerre, on croisera autant de personnages ayant existé (Dilly Knox, Agatha Christie…), que des personnages fictifs, comme la fratrie Alf et Binnie ou l’acteur Sir Godfrey Kingsman. Captain Obvious a dit : les événements ET les actes ET les gens composent l’Histoire.

 

cover le grand livre

En, malheureusement, trop de pages… Les deux romans (environ 800 pages chacun en format poche) sont parfois bien lourds à digérer : tellement de pages à tergiverser inutilement sur les personnages, leurs ressentis, leurs questionnements pour se retrouver ou pseudo-philosopher… Ces romans auraient clairement pu se délester d’ 1/4 de leur contenu sans souci. Des pages et des pages dispensables et parfois BOUM une perle qui rend ces romans passionnants. L’immersion et les détails historiques sont exceptionnels. La cathédrale Saint Paul (ses veilleurs du feu, son tableau « la lumière du monde » ou encore la statue emmurée de Wellington), les abris dans le métro, la campagne de désinformation (Opération Fourtitude), les V1… tant d’éléments intéressants ! Pour les mêmes raisons, j’avais adoré le grand livre (sujet : la peste au Moyen-Age) : immersion historique fabuleuse, point de vue original. Mais idem : remplissage linéaire inutile… Comme c’est rageant ; ça pourrait être parfait !

 

connie willis

En 2009, Connie Willis a rejoint Ray Bradbury, Jules Verne et Philippe K. Dick au « Science Fiction and Fantasy – Hall of Fame » du musée dédié à la SF et au rock, à Seattle – actuellement nommé le MoPop. Et ouais, rien que ça ! Son diptyque Black Out / All Clear a reçu 3 grands prix littéraires américains : Prix Nebula du meilleur roman 2010, Prix Hugo du meilleur roman en 2011 et le Prix Locus du meilleur roman de SF en 2011. Apportant beaucoup d’espoir littéraire avec son point de vue narratif, Connie Willis dépoussière l’histoire et la rend pénétrable. Thank you Ma’ame !

« Un homme peut saigner à mort de cent façons différentes. Et on peut le sortir des ruines de l’amertume, du désespoir, aussi bien que des décombres du Phoenix. Quel sauvetage est le plus réel ? Qu’est-ce qui compta le plus à Azincourt ? Les arcs, ou la harangue du roi Henry, ce matin de la Saint-Crépin ? Qu’est-ce qui compte le plus dans cette guerre ? Les panzers ou le courage ? Les HE ou l’amour ? Rien de ce que vous pouviez faire pour moi, chère enfant, n’était plus important que la restauration de mon espoir. » Sir Godfrey Kingsman

 

Texte : Anna B. Void

 

Une carte répertorie tous les points d’impact des bombes pendant le Blitz (7 septembre 1941 – 6 juin 1941) : Bombsight [http://bombsight.org/#11/51.4857/-0.2743]

 

 

WILLIS Connie, Black Out et All Clear

Edition originale : Bantam Spectra, 2010

Edition française : Bragelonne, 2013-2014

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