ZEAL AND ARDOR – STRANGER FRUIT

Avec ce deuxième album, jamais Zeal and Ardor (Zèle et Ardeur dans la langue de Molière) n’aura aussi bien porté son nom. En effet, le frontman et unique musicien de ce projet, le suisse Manuel Gagneux, semble s’être surpassé. Seulement un an après avoir surpris tout le monde en dévoilant une fusion improbable entre black metal, soul et gospel avec son premier album, il a donc remis ça avec un nouvel album, sorti le 8 juin dernier. Si Devil is fine sentait un peu l’amateurisme malgré ses innombrables qualités, Stranger Fruit est incontestablement le disque de la maturité pour Zeal and Ardor.

Il faut dire que Manuel Gagneux a fait appel à un producteur de renom pour mixer l’album : Kurt Ballou. Ce dernier est accessoirement le guitariste de Converge. Il en résulte une production aux petits oignons et à la clé un disque qui semble bien plus brutal et sans concessions que le précédent. Par ailleurs, le premier album était basé sur un concept surprenant et un peu potache qui pouvait se résumer en une question : « Et si les esclaves s’étaient rebellé en se tournant vers le satanisme ? ». Sur ce nouveau disque, Manuel a fait le choix de se concentrer davantage sur la musique. Cependant, la référence à l’esclavage est toujours présente en filigrane. Par exemple, le titre de l’album est un clin d’œil à une chanson de Bille Holliday, « Strange fruit ». Cette dernière était une ode aux victimes de la ségrégation raciale, le « fruit étrange » en question désignant les cadavres des noirs pendus aux arbres par les blancs racistes à l’époque où le Ku Klux Klan tenait le haut du pavé dans le sud profond.

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Sur le disque, la symbiose entre musique afro-américaine, rock et black metal fonctionne à merveille. Imaginez un instant Fishbone fusionnant avec Burzum et vous aurez déjà un bref aperçu de la musique. Stranger fruit commence sur une note plutôt soft avec le mélancolique « Gravedigger’s chant » qui est traversé d’influences soul. Par la suite, la progression vers le metal extreme se fait par paliers avec des titres entre gospel et metal noir comme « Servants », « Don’t you dare » ou « Row row ». Alors que Devil is fine ne faisait qu’effleurer le black metal, cet album s’y engouffre volontiers. On a parfois l’impression d’entendre du Emperor à la grande époque de In the nightside’s eclipse. On perçoit également des influences sludge ou noise, comme sur le titre « Fire of emotion », « Waste » ou sur le titre éponyme « Stranger fruit ». Sans doute l’influence de Kurt Ballou, qui laisse ainsi sa marque sur l’album.

Comme pour atténuer la violence globale de ce disque, Manuel Gagneux a fait le choix d’intégrer des titres plus mélancoliques et bluesy comme « You ain’t coming back » ou « Built on ashes » ou des morceaux d’ambiance comme « The Hermit » ou « The Fool ». Comme sur le premier album « Devil is fine », il plane sur ce disque une atmosphère des plus occultes, comme en témoignent les titres « Solve» et « Cogula » qui rendent hommage à une formule célèbre de l’alchimie. Pour conclure, je dirais que Stranger fruit offre en 47 minutes un condensé de brutalité et de mélancolie à la fois très professionnel et bourré d’émotions.

Stranger fruit de Zeal & Ardor est sorti le 8 juin dernier sur MVKA Records.

Texte : Mathieu

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