HOW TO TALK TO GIRLS AT PARTIES – JOHN CAMERON MITCHELL

“You just pick a chord, go twang, and you’ve got music” disait ce branleur de Sid Vicious. En 1977, la jeunesse anglaise carburait à l’énergie pure. À d’autres trucs aussi, mais là n’est pas le sujet. Quoique. On dit bien que dans l’ADN humain, résident tous les virus et toutes les bactéries qui ont séjourné sur Terre depuis la création de l’Univers. Transmutés et régénérés sans fin. On peut donc raisonnablement en conclure qu’une part résiduelle des giga-tonnes de psychotropes absorbés durant la deuxième moitié du 20e siècle par un paquet de congénères humains à grande échelle continuera de circuler dans les veines des générations suivantes. Pour des nihilistes qui ne voyaient que la mort au bout du tunnel, l’héritage est sympa.

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Dans How to talk to girls at parties, on va aussi de surprise en surprise. Ça commence comme une évocation simpliste, voire carrément simplette du souffle de dinguerie qui faisait voler les perruques à l’époque : une morne banlieue londonienne, barres d’immeuble grises, pubs glauques, entre lesquels divaguent trois potes glandeurs qui tentent de tirer leurs épingles (à nourrice, blague nulle) du jeu bouillonnant de la célébrité éphémère (une heure, une nuit au firmament du Punk Hall of Fame) et qui, comme tout ado normalement constitué, ne pensent qu’au sexe. On baille fortement le premier quart d’heure, entre une sensation intense de déjà-vu et une impression que le chef-décorateur a explosé le budget pour-tout-faire-comme-à-l’époque. Visuellement aussi, on est plus proches du clip MTV circa 1994, aux effets convenus de caméra portée et zooms à l’arrache, couleurs fadasses en plus, histoire de bien rappeller que Croydon n’est pas Venice Beach. Bref, rien qu’on n’ait déjà vu cent fois. C’est à se demander comment John Cameron Mitchell a acquis son statut de réalisateur culte. N’est pas John Waters qui veut.

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Alors que je m’apprêtais à quitter la salle, une inattendue musique pop électro surgit de l’écran. La caméra se pose, le rythme du montage s’apaise sans rien céder à l’intensité du récit. Les trois guignols, à la recherche d’une after après le concert du groupe-de-la-semaine, se retrouvent plongés au cœur d’une congrégation d’êtres mystérieux, comme nés d’un autre genre, d’une autre époque, d’un autre univers. Choc des cultures, bouleversement des repères : les trois compères, pourtant versés dans l’outrance, shootés au crime de lèse-majesté, galvanisés par l’irrévérence, sont sidérés, hypnotisés par cette rencontre. Je vous laisse bien évidemment deviner l’identité de ces visiteurs (à l’évidence, ils ne sont ni allemands ni californiens comme l’un des membres du trio aime à l’imaginer). En revanche, comme on s’en doute très vite, l’amour est dans l’air. Ce truc vieux comme le monde qui fait perdre la tête, ici incarné par la diaphane Elle Fanning, ajoute un côté feel-good movie à l’anglaise. À me lire, on pourrait presque croire que John Cameron Mitchell enfile des perles ; c’est peut-être ce qu’il y’a paradoxalement de plus charmant dans ce petit film – soyons honnête, c’est un petit film – cette simplicité du récit : boy meets girl. Voilà. Ni plus ni moins.

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Pourtant, on tombe sous le charme de cette bluette punk pleine de spontanéité, condensé d’aventures comico-fantastiques formaté en une nuit/un lieu où les plus punks ne sont pas forcément ce qu’on attendait.
De cette rencontre, naît un nouveau ton, plus introspectif où les personnages envisagent de nouvelles perspectives jusque là inadmissibles ; mais on reste bien loin du récit initiatique pontifiant où le héros grandit en un clin d’œil, passant de l’ado éberlué à l’homme sûr de sa destinée. Punk’s not dead yet. Tirée d’une courte nouvelle de Neil Gaiman, How to talk to girls at parties se regarde comme un instantané loufoque, quelques heures d’une nuit où rien ne se passe comme prévu, même pour des mecs réfractaires à toute idée de futur. Cent fois plus délicat que ne l’aurait été une production US, ce produit typique du savoir-faire britannique en matière de films se résume à un état d’esprit. Mélange des genres musicaux : on passe du punk le plus primitif à des morceaux dream pop à la Cocteau Twins ; mélange de tons : la blague potache côtoie sans problème l’exposé métaphysique (un peu) fumeux ; mélange des ambiances visuelles enfin : si John Cameron Mitchell n’est sans doute pas le meilleur raconteur d’histoires, on ne peut lui retirer un indéniable talent plastique de mise en scène. Bref, le dernier film de Mitchell est un précipité d’émotions aussi brouillon qu’attachant.

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Et comme on est dans un film anglais, les choses ne finissent pas forcément bien. Enfin, comme c’est un film punk et que ces gars-là ne respectent rien, ça finit bien quand même dans un épilogue hilarant, satire de mélodrame mielleux où le jeune acteur Alex Sharp (la vraie découverte du film) donne le meilleur de lui-même en parodie de vieux punk façon Bob Geldof.
Tiens, c’est vrai ça, tous les vieux punks ressemblent à Bob Geldof et toutes les vieilles punks à Pierrette Brès…
La vieillesse est un naufrage.

Sortie le 27 juin 2018

Réalisation : John Cameron Mitchell
Scénario : John Cameron Mitchell et Philippa Goslett d’après la nouvelle de Neil Gaiman

Avec dans les rôles principaux :
Elle Fanning : Zan
Alex Sharp : Enn
Nicole Kidman : Boadicea
Ruth Wilson : PT Stella
Joey Ansah : PT Bob
Ethan Lawrence : John
Alice Sanders : Spinning Jenny
Tom Brooke : PT Waldo

Texte : Jimmy Kowalski

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