Thundermother + Jades @ Gibus – 12 mai 2018

Je possède une approche étrange envers les groupes de filles.

En gros, si j’accroche à ce qu’elles jouent, le fait que ce soient des meufs me les fera aimer encore davantage.

En revanche, si j’aime moins la production musicale du groupe, j’aurai tendance à déterminer que c’est à cause de la nana (généralement la chanteuse). Alors que bon, si je n’aime pas la musique, le fait qu’elle soit jouée par des mecs ou des meufs n’y changera pas grand chose, soyons honnêtes. En tous cas, je me soigne.

Pour le coup, Thundermother appartient clairement à la première catégorie. J’ai déjà parlé de l’amour que je leur porte, et au bonheur que je ressens quand je les vois en live.

Il y a quelque chose de fondamentalement flippant et jouissif à la fois à attendre un concert de la sorte.

Jouissif pour les raisons évidentes : ÇA VA ÊTRE TELLEMENT COOL

Flippant parce que forcément, on a envie que ça fonctionne, qu’il y ait assez de public pour justifier la tournée, qu’il y ait de l’ambiance, que ça plaise aux gens qui découvrent. Et que le concert soit à la hauteur de l’attente.

Perso, un concert que je dois chroniquer est aussi systématiquement une source de stress quant à la présence ou pas des photographes qui m’accompagnent.

Là, j’ai découvert une situation inédite puisque ma photographe-binôme-de-l’enfer s’est retrouvée… SUR SCÈNE ! Attends, tu vas comprendre.

Ma photographe remplaçante devant finalement annuler pour des soucis de santé, je propose des applaudissements à Krist’N’Rock, qui m’aura bien dépannée sur ce coup, permettant d’éviter un report à bonshommes en bâtons.

Encore une intro trop longue, il est l’heure de passer à table.

Pile à l’heure annoncée (Merci Garmonbozia pour ton sens accru de la ponctualité), Jades monte sur scène. Et Jades, c’est :

  • Un quatuor
  • De MEUFS
  • Basé en Île de France
  • Qui fait du ROCK
  • Où Anne-So, dite CHERRY, joue de la guitare et chante un peu, et ça, c’est cool

 

Pour garder la surprise et être capable de donner une vraie première impression qui ne soit pas polluée par mon affection pour ladite Anne-So, je n’avais pas écouté leur musique avant.

Ben laisse moi te dire que non seulement c’était une bonne idée, parce que ça a fonctionné, mais qu’en plus, Jades, ça m’a vachement plu. #NoPiston

 

Sérieux, pour un groupe qui a un an d’existence, quelques concerts et un EP pas encore sorti à son actif, les filles posent la barre très haut.

Déjà parce que c’est assez fluide. Certes, c’est du hard rock assez classique, mais comme je le dis souvent, tant que c’est bien fait, je n’y vois aucun inconvénient.

Et c’est TRÈS bien fait. Les compos (toutes celles des filles) sont équilibrées, bien foutues et rendent bien sur scène. Alors bon, forcément, on peut relever des ptis trucs, de petites lourdeurs qui sont clairement dues à la jeunesse du groupe et de ses membres, mais c’est absolument pas gênant.

Et puis que veux-tu, le principe du groupe de rock qui t’explique dans ses chansons rock que le but de sa vie, c’est de faire du rock, ça me parle, et je ne suis visiblement pas la seule. Dans toute la salle, les têtes hochent tranquillement en rythme, et dans un moment rêvé, deux des membres de Thundermother, sourire aux lèvres, assistent à 2 ou 3 morceaux avant de retourner en coulisse. Une sorte de consécration, en somme.

Alors à la pause, le temps de refaire le plein, de remarquer que mes mains tremblent d’impatience et de réaliser que ce sera mon 4e concert de Thundermother dans le 4e pays différent, et PAF, ça commence.

 

Autant “Revival” fait figure d’excellent morceau pour entamer un album, autant ça fonctionne encore mieux en concert. Gibus oblige, les filles doivent passer par le public pour arriver tour à tour sur scène, ce qui permet une montée en puissance dès l’intro. Les filles assurent, les nouveaux morceaux défoncent sur scène, et finalement, la seule chose qui cloche pendant tout le concert, c’est le son. Guernica (Mancini, au chant) a manifestement de gros problèmes de larsen et de retour, ce qui complique franchement sa tâche, l’obligeant parfois à emprunter le micro de Filippa (Nässil, gratteuse badass de l’extrême).

Mais qu’importe. Si elle va s’énerver, louper parfois des couplets entiers, rien ne peut arrêter Thundermother et Guernica va retourner le problème en chantant plus rock que jamais.

Spoiler : c’est très efficace !

 

Il n’est pas particulièrement ressorti dans les conversations post-concert que le son avait vraiment gâché la soirée, mais je suppose que ça dépend des gens. Si vous étiez au concert et que ça vous a ruiné l’expérience, j’en suis sincèrement navrée pour vous (mais revenez les voir la prochaine fois !).

Le rythme de croisière trouvé, les morceaux tout neufs et plus anciens s’enchaînent, et les filles passent outre les soucis de son pour se concentrer sur l’essentiel ; le show. Et les voilà qui sautent partout, qui racontent des conneries entre deux morceaux ou qui descendent des bouteilles de Corona car il est important de bien s’hydrater.

Personnellement, je pourrais passer des heures simplement à regarder Filippa évoluer sur une scène. Entre les moments où elle bouge en rythme, dans une joyeuse énergie entre Airbourne et Hammerfall, les grimaces et la promenade dans la fosse pendant le solo de “Shoot to Kill”, cette meuf est un bonheur à voir. Elle en fait des caisses, sans jamais que ça ne soit ringard, ridicule ou “trop”, tout chez elle est naturel, fluide et totalement à propos.

 

Et ce n’est pas la seule. Emlee (Johansson), bien qu’un peu bloquée par sa batterie, interagit par ricochet en racontant visiblement des conneries qui les font rigoler elle et ses comparses. Sara (Pettersson) se déplace beaucoup malgré la taille réduite de la scène, et peine à décider si elle garde ou non ses lunettes de soleil.

Dans le public, il est difficile de voir si les gens sont conquis ou non. Devant nous, ça reste statique, sur le côté aussi. Et pourtant, au milieu, ça bouge. Alors, okay, c’est *nous*, subtilité d’une bande de wisigoths incluse, et d’autres spectateurs vont nous rejoindre pour danser une sorte de slow collectif de l’amour du rock pendant “Fire in the Rain”, LA powerballad du nouvel album, mais il manque quand même une scène de gros bordel général dans le public pour parfaire totalement cette soirée, ce sera mon unique reproche de la soirée.

 

Ce qui est certain en tous cas, c’est qu’avec tous les débats sur la diversité et la représentativité de cette diversité, on perd parfois la question de l’identification de vue. Or, c’est le genre de question qu’on ne se pose qu’une fois qu’on réalise à quel point personne ne l’envisage. En gros, tu peux être une meuf qui aime le rock (au départ, une musique de mecs), et ne jamais t’être demandée si le fait que la musique que tu aimes soit jouée par des mecs t’empêchait de t’y projeter. Ou l’inverse d’ailleurs, tu peux refuser le rock à cause de ses allures de musique macho, dans l’absolu c’est tout à fait compréhensible.

Et puis un jour arrive un évènement qui te fait te poser les bonnes questions, et qui surtout, te donne une force incroyable là où tu n’avais jamais remarqué qu’elle manquait. Un concert de Thundermother peut faire cet effet aux meufs, alors que les mecs du public n’y verront peut être pas de différence. C’est un sujet qui mériterait une thèse en recherche, je postule à l’EHESS et je te fais signe si on me file une bourse.

Quoiqu’il en soit, en sortant du Gibus, j’avais l’impression de pouvoir abattre des arbres à mains nues, de pouvoir changer le monde d’un geste, d’être capable de surmonter n’importe quel coup dur, n’importe quelle humiliation, et d’en ressortir encore plus puissante.

Honnêtement, si le rock ne te sert pas à éprouver ce type de sensation, c’est qu’il faut passer à autre chose, ou bien trouver le ou les groupes qui en seront capables. C’est simple, mais rare, et unique.

Alors comme dirait Patti Smith, “Prends une guitare, défonce une porte, et change le monde, ne te laisse pas impressionner”. C’est pour ça qu’il faut continuer de se battre pour le rock’n’roll.

Texte et amour pur : Sarah

Photos du dépannage de la mort qui tue : Krist’N’Roll

Tendinite du 4e cercle de l’enfer : Lesly (soigne toi bien)

Merci à Garmonbozia (toujours dans les bons plans) à qui on dédie le slow collectif de l’amour qui tue pendant “Fire in the Rain”

Leave a Reply

Please log in using one of these methods to post your comment:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

w

Connecting to %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.