Littérature – Chien du heaume de Justine Niogret

Premier roman d’une puissance et d’une force rare, à l’image de son héroïne, Chien, une mercenaire à la gueule abîmée et la peau dure, dans une sorte de Moyen-Age. Sa quête : la recherche de son vrai nom. Suivre cette femme, c’est suivre une battante solitaire qui croisera la route d’un homme dans son château des brumes. Brutal dans les faits et l’écrit, on imagine l’auteure à l’image de sa protagoniste.

“Alors que me vaut ta gueule de fieffé branleur d’ânes, corniaud de merde ?”

 

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Au hasard des dires et pousser par la curiosité, je me retrouve avec Chien du heaume entre les mains. Claque dans la tronche. Le prologue est d’une violence et d’une soudaineté incroyables. Je me fais happer complètement, aspirer aux côtés de Chien et de son univers, de sa hache, de ses rêves et ses quelques doutes. Ça se sent que l’auteure faisait dans l’écriture de nouvelles avant de se lancer dans un roman : les fins de chapitre coupent le souffle, et appellent à cavaler pour lire la suite. Il n’y a pas de superflus. Ecriture surprenante et offensive.

“Chien n’écoute plus, encore une fois, et j’en profite pour glisser mon mot. Ce que je dois vous dire, le voici : les conteurs sont une race étrange, je ne l’apprends à personne. Leur langue ne sait jamais se taire, et les feuilles pourraient leur pousser en bouche qu’ils parleraient encore.”

Autour du 12e siècle, fantasy médiévale. Y’a un côté Game of Thrones en moins mondain : un endroit qui est autre, sans être trop éloigné avec un peu de mystère et d’éléments de fantasy. Par contre, dans Chien du heaume, pas de dragon, mais plutôt des ponctuations étranges mêlées à une ambiance brumeuse et onirique, comme l’apparition de la Salamandre, sorte de faucheuse bienveillante sous les traits d’un chevalier décousu. Champ lexical, archaïsme des mots et du phrasé, plongeon dans une époque, c’est aussi le résultat de beaucoup de documentation. Régis Boyer (grand spécialiste de la mythologie scandinave et traducteur de nombreux ouvrages littéraires nordiques) est une source d’inspiration pour l’auteur. Entre autres.

Même si Justine Niogret préfère travailler dans le silence, son univers est très musical et viscéral. Il faut que cela prenne aux tripes. Amon Amarth, Hatebreed, Malicorne, mais aussi Lady Gaga ou Dead can Dance. La rumeur dit que Till Lindemann de Rammstein lui aurait envoyé des lettres de fanboy… Dans Mordre le bouclier, chaque chapitre a ses citations et quelques-unes sont issues de groupes de metal ; c’est surprenant de lire, par exemple, un extrait de Mastodon en début de chapitre : “Break your backs and crack your oars men if you wish to prevail.This ivory leg is what propels me.”

 

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Mordre le bouclier (2011) est la suite de l’univers de Chien, rebouclant avec le premier tome. Période transitoire avec l’apparition des croisades, on retrouve notre mercenaire accompagnée de Bréhyr la guerrière et de la petite arbalétrière. On stagne aussi au Tor avec un ex-croisé du nom de Saint Roses. “Mordre le bouclier” est un acte des berserkers (ou guerriers-fauves) : pour contenir, puis déchaîner la rage guerrière. Fureur incontrôlable sous l’esprit de l’animal dont le guerrier est associé. Le pendant viking de l’amok malaisien. On retrouve un peu partout ce concept de perte de contrôle de soi avec décuplement de la force. Cela me rappelle Dragon Ball Z et la transformation de Goku lors de la pleine lune en singe énorme (on a les références que l’on a, hein). Quoi qu’il en soit, le titre de ce roman annonce clairement une couleur.

“On ne peut pas se battre pour la fin du monde sans payer sa propre apocalypse.”

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Joueuse de Warhammer 40.000, faction Khorne (qui n’est autre que le dieu du Chaos, de la colère, de la violence et de haine), de jeux vidéos (comme la série des Fallout, univers post-apo immersif), un de ses films préférés est Valhalla Rising de Nicolas Winding Refn… Bon, le constat est quand même que Justine Niogret ne fait pas dans la dentelle pendant ses loisirs ! Sans incompatibilité, elle est dotée d’un super humour. Les lexiques de fin ou les postfaces sont vraiment très drôles. Comme s’il s’agissait d’un sas de décompression, d’un contre-pied avec la dureté du roman qui crispe les mâchoires et plisse le front du lecteur. Là, c’est open-bar du franc-parler et de la connerie joyeuse. Bref, elle inspire beaucoup de sympathie dans le non-consensuel qu’elle incarne.

 

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Ce premier roman a reçu le Grand prix de l’Imaginaire et le Prix Imaginales en 2010, ce qui était encourageant, mais également un challenge pour la suite. Avec Mordre le bouclier, elle confirme et se peaufine. Ce diptyque est intense. Les personnages sont atypiques et vraiment attachants par la soif viscérale qui les anime. Justine Niogret a son propre rythme d’écriture, un instinct puissant dans les mots. Ce sont des ouvrages différents. Je conseille à tous ceux qui aiment la mythologie nordique et les histoires de femmes badass.

 

Texte : Anna Void

 

Titre : Chien du heaume

Auteur : Justine Niogret

Edition : Mnémos, collection Icares, 2009

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