Rencontre avec Avatar – Jonas “Kungen” Jarlsby, guitariste, fondateur, Roi.

Fin 2017, nous avons eu l’honneur de nous voir accorder une audience avec le Roi dans une salle de réunion chez Sony Music France.

Malgré la ressemblance avec une conclusion au Cluedo, cette phrase reste fidèle à la journée du 12 décembre dernier. Le lieu en impose, avec une belle terrasse intérieure et un immense sapin de Noël. Ambiance hivernale garantie.

Un homme en costume-cravate bleu nuit se lève pour nous saluer à l’entrée. Il s’appelle Jonas Jarlsby, mais ses compères l’appellent Kungen (le Roi). Il joue de la guitare dans Avatar.

Kungen n’a jamais vraiment donné d’interview avant cette tournée promo. Il parle doucement, lentement. Quand il sourit, les bouts de sa (splendide) moustache remontent et les multiples anneaux dans ses oreilles et son nez s’agitent. Il ne porte pas de couronne (cette fois-ci du moins), mais une masse impressionnante de dreadlocks attachées en arrière.

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Son Altesse Royale, Kungen d’Avatar Country. Il en impose coté classe hein ?

Il s’est levé à 3h du matin pour faire l’aller retour Göteborg/Paris dans la journée, mais ne montre ni signe de fatigue, ni impatience. Le Roi vient défendre “Avatar Country”, septième album du groupe, dont le concept repose entièrement sur son personnage. Comme il est gentil, il accepte de revenir sur les débuts du groupe.

« Quand j’ai commencé le lycée, vers 16 ans, j’ai rencontré Henrik et Simon, le guitariste d’avant Tim, et on était dans la même classe. Johannes est arrivé via un bassiste qui avait joué deux fois avec nous. Ce gars nous a dit “Le chanteur dans mon autre groupe est super fort en growl, je l’emmène la prochaine fois ? Oui, bien entendu !”, et il l’a amené.

C’est assez difficile de classer notre style, et encore plus difficile pour moi, je manque de recul ! Le plus simple c’est de parler de heavy metal, mais c’est encore tellement plus, parce que nos influences viennent de partout. »

Leur parcours de groupe de lycéens qui a fini par décoller fait rêver bien des adolescents… Kungen a appris la guitare en écoutant Iron Maiden, The Haunted et In Flames. Il aime les Beatles et Gojira, ne chante pas sous la douche. Il présente ses collègues comme une sorte de casting pour le Breakfast Club.

« John (Alfredsson, batteur), c’est le plus ancien du groupe et un bourreau de travail, très motivé. Quand il  a une idée de ce qu’il veut faire, il essaie toujours d’aller jusqu’au bout. C’est le businessman aussi. Il s’occupe de tous les contacts.

Johannes (Eckerström, chanteur), c’est le plus bavard, ce qui semble logique vu ce qu’il fait dans le groupe. Il a toujours été comme ça. Tu sais, quand on était jeunes, qu’on allait à des soirées, il se retrouvait au milieu de la pièce, à parler et tout le monde l’écoutait. Il est très intelligent aussi, donc il a pas mal de chouettes trucs à dire.

Henrik (Sandelin, bassiste) c’est le plus calme, le plus silencieux. Lui ou moi. Je pense qu’il est même peut être pire que moi. Ou meilleur ! Ca dépend comment on voit les choses ! On était dans la même classe, on passait beaucoup de temps ensemble quand on était à l’école.

Je pense que je les connais tous plutôt bien. Ca marche par périodes. En ce moment, je passe davantage de temps avec Tim (Öhrström, guitariste), mais ça vient aussi de la situation de chacun dans le groupe. On est les deux seuls dans le groupe à être célibataires (SCOOOOOP !), donc on est les seuls à sortir, et à faire des trucs ! »

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Sa Majesté & l’Orchestre Royal

Un peu à l’image d’une famille soudée, Kungen et ses compagnons ont grandi ensemble dans des conditions intenses. A force de tournées et de semaines passées entassés les uns sur les autres dans le bus, on pourrait s’attendre à des tensions. Ce serait bien présomptueux.

« On s’entend vraiment bien, donc il n’y a jamais vraiment de problème de ce côté là. Le plus gros problème en tournée, c’est de caser toutes nos affaires dans le bus. Il n’y a jamais assez de place pour les fringues. Mais on ne se dispute pas. Les premières tournées étaient plus compliquées mais avec le temps, tu apprends à donner de l’espace à chacun et respecter l’intimité dont chacun a besoin. Maintenant, ce n’est plus un problème. »

Quand on lui demande ce qui l’a étonné en constatant le succès de son groupe, il répond simplement “Je ne pense pas avoir été vraiment surpris”. Était-ce tout ce qu’il imaginait ? « Bien sûr que non ! Quand tu es un gosse, que tu commences à jouer, tu rêves de devenir une rock star et jouer dans des stades, être célèbre etc. Et tu imagines que si ta musique rencontre le succès, tu n’auras plus besoin de travailler. Mais vous grandissez, toi et ton groupe, et tu réalises que plus ça marche, plus il faut bosser ! Mais c’est une bonne contrainte, quand tu aimes faire de la musique. Si c’est pas le cas, tu n’as qu’à faire autre chose. »

Kungen a choisi son camp. Il se consacre désormais exclusivement à la musique, SA musique. Il explique ne plus avoir besoin d’un job complémentaire pour vivre, sous-entendant que les revenus d’Avatar lui suffisent, mais qu’il se contente de peu. Auparavant, il a travaillé 9 ans dans la démolition, ça lui manque parfois, mais il a dû arrêter. Les vibrations et les machines lourdes représentaient un risque pour ses mains.

Et puis on imagine moins le Roi maniant le marteau-piqueur que la guitare !

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Capture écran – “The King Wants You”

Étrangement, le Roi a beau avoir fondé le groupe, posséder un charisme indéniable et une silhouette reconnaissable (moustache incluse), il s’agit aussi d’un homme très discret, timide. Il est d’autant plus surprenant qu’il soit au centre d’Avatar Country, mis en avant dans chacun des clips et des paroles des chansons. De quoi se demander comment le concept s’est mis en place. Lui même semble un poil perplexe.

« L’idée est venue de Tim et Johannes qui écrit les paroles, je n’ai pas eu trop le choix. C’est lui qui a toute la connaissance de l’histoire écrite. J’ai seulement lu les textes deux ou trois fois. »

S’il ne peut pas détailler la genèse des paroles, il reste le principal compositeur du groupe. Avatar tourne. Beaucoup. Tout le temps. Alors organiser un calendrier pour composer et enregistrer un album représente un sacré tour de force.

« On a joué à Shiprocked au début de l’année, après quoi on avait deux mois sans rien de calé. En gros, Tim et moi, on s’est posés dès le premier jour, et on a enregistré toutes les idées qui nous venaient pendant 2 mois. Et on a repris la tournée ! En juillet, en plein milieu du tour, on a décidé d’enregistrer l’album, à Lindome, dans la banlieue de Göteborg.

D’abord on est chacun de son côté, on enregistre séparément toutes nos idées. Plus tard, tous ensemble, on écoute tout et on choisit nos parties préférées. Parfois, certaines idées se développent assez pour que Johannes prenne le relais et commence à penser aux parties vocales. Et pour le reste, ça fonctionne un peu comme un puzzle, où on cherche les éléments qui fonctionnent le mieux ensemble.

Cette fois-ci on a travaillé avec un producteur canadien Jay Ruston, c’était un bonheur. Et ouais, on savait dès le début que ce serait un concept album. »

Parlons-en du concept, d’ailleurs. Avatar Country raconte la légende d’un Roi qui ramène un pays stérile à la vie par la force du metal qu’il joue. La description donnée avec l’album est ostensiblement parodique, mais le clip « A Statue of the King » décrit un monde très sombre, centré sur un culte de la (SA) personnalité.

« C’est surtout parce que c’est fun. L’album parle aussi de se moquer des dictateurs, la façon dont ils essaient de passer pour des dieux. Si on compare avec le concept de l’album précédent, Feather & Flesh, il est beaucoup plus sombre, c’est une tragédie, alors qu’Avatar Country est plutôt à prendre comme une comédie. J’ignore encore s’il y aura une suite. On verra. Là, on se concentre sur les autres vidéos réalisées exclusivement par Johan Carlén. Six sont prévues, en incluant les deux déjà sorties. »

Lorsqu’on mentionne les aspects “comédie musicale” de l’album, il sourit et acquiesce. Il ne s’opposerait pas à une adaptation à Broadway, à une condition…

« Si c’était possible, j’adorerais. Ce serait fun à faire. Par contre je ne voudrais pas laisser quelqu’un d’autre faire ma musique à ma place. J’aimerais voir ça, mais je préfère jouer moi-même ma propre musique, je veux être sur scène ! »

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Sache que ce buste (à taille réelle) existe, qu’il a été réalisé exprès en Suède, et Kungen assure qu’il ne l’a pas (encore) installé dans sa salle de bains. Il ne rend malheureusement pas tout à fait justice à sa moustache.

Après quinze ans d’existence, Avatar semble avoir trouvé sa vitesse de croisière. Kungen ne se repose pas sur sa couronne, rien ne l’arrête. Il en donne la preuve quand on lui demande s’il a déjà une idée, voire des compositions pour l’album suivant.

« On a commencé oui, on ne sait pas encore s’il y aura un concept, et c’est un peu lointain dans le futur, mais on est toujours en train de composer de la nouvelle musique. Nous ne sommes pas du style à sortir un album, prendre un an de pause et recommencer à écrire. Alors forcément, on vient de réaliser un album, on a eu besoin de faire un break. Mais un mois plus tard, tout le monde s’y était remis de toutes façons ! Peut-être à vitesse réduite ; si tu as une idée, tu vas la creuser un peu, te poser et l’enregistrer. Mais tu ne vas pas systématiquement y passer la journée. Quand les idées viennent, tu les gardes.

Ca peut être compliqué, parce que parfois, on a trop d’idées en même temps, et parfois on se sent à sec, complètement vide, à passer 12 heures à essayer de trouver quelque chose, et parfois c’est l’inverse. »

En attendant les clips (et la comédie musicale, qui sait ?!), la tournée elle aussi va s’adapter à l’histoire d’Avatar Country, et à l’entendre, les concerts s’annoncent ambitieux.

« Le concept de l’album va influencer tous les aspects scéniques. On a de nouveaux uniformes, une nouvelle production, beaucoup de lumières, une nouvelle setlist qui va reprendre l’essentiel des nouveaux morceaux. Probablement de plus anciens aussi, on verra ! Oh, et j’ai un trône aussi.

Ca nous arrive de nous lasser, alors on fait des changements de temps en temps pour que ça reste intéressant pour nous. Parce que si on joue la même chose en boucle tous les soirs, ça finira par devenir une routine. Là, tu montes sur scène et tu laisses ton corps, tes réflexes faire le travail ; quand on commence à ressentir ça, on modifie la setlist, comme ça on garde l’esprit affûté. »

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Certes, je peux comprendre l’intérêt du papier-peint à l’arrière. MAIS REGARDE MOI CETTE MOUSTACHE BON SANG !

Au moment de conclure, puisqu’il est clair qu’Avatar porte à la fois une identité propre en studio et un charisme certain sur scène, on lui demande comment il préfère que son groupe soit découvert.

« Mmmmh c’est difficile à dire. Parce que si tu découvres sur CD, tu mets du temps et de l’effort à l’écouter vraiment. Tu t’intéresses davantage à la musique elle-même. Quand tu vois un groupe sur scène, c’est beaucoup plus visuel. Bien sûr, le son est important aussi, mais on retient surtout l’aspect visuel, genre 80/20% peut être. Alors je pense que je préfère que les gens découvrent en écoutant le CD »

Notre temps écoulé, son Altesse se prête au jeu des photos devant un papier-peint qu’il semble apprécier, avant de nous raccompagner. Classe. A la sortie, on croise Johannes lui aussi en costume qui attend son taxi pour l’aéroport. On les retrouvera tous deux sur scène le 14 mars, sans cravate, maquillés et bien plus bruyants !

 

Propos recueillis par Sarah

Photos – Anne-Sophie Schlosser (et Avatar !)

Avatar Country est sorti le 12 janvier, en streaming, chez tous les bons disquaires (et certains des mauvais aussi)

La tournée d’Avatar passera par la France au mois de mars, le 14 au Trianon de Paris, mais aussi à Lille, Reims (ville des Sacres !), Nîmes, Cognac et Lyon.

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