Cinéma : « The Square » de Ruben Ostlund (2017)

Je dois l’avouer d’emblée : Il est en général assez rare que les films ayant reçu la palme d’or au festival de Cannes attirent mon attention. En effet, l’académisme a tendance à m’ennuyer, que ce soit en matière de cinéma ou dans toute autre forme d’art. C’est pourquoi je ne daigne généralement pas (sauf exception) aller voir les films ayant reçu la bénédiction de la grand-messe cannoise.

Et pourtant, dans le cas du dernier long-métrage de Ruben Ostlund, réalisateur suédois âgé de 43 ans (à qui l’on doit également le film “Snow Therapy“), je dois dire que le jury présidé par Pedro Almodovar a visé juste en le récompensant. En effet, en dépit de sa durée propre à rebuter certains spectateurs (2 heures 31 minutes quand même), je ne me suis pas ennuyé une minute à la vue de cet OVNI cinématographique. Vous vous en doutez certainement : « The square » est un film d’auteur. Son but n’est donc pas de divertir mais de faire réfléchir. Mais si le film parvient parfaitement à nous alerter sur certaines dérives de la modernité, il n’en est pas moins divertissant et même parfois très drôle. Tout d’abord, disons quelques mots du « pitch » : Quadragénaire élégant et cultivé, divorcé et père de deux enfants, Christian (le personnage principal du film interprété par Claes Bang) est ce que l’on pourrait appeler un « bobo ». De belle prestance, il affiche une certaine réussite sociale et se dit attaché à des valeurs humanistes.

 

Conservateur d’un prestigieux musée d’art moderne installé dans le palais royal de Stockholm, il prépare une exposition intitulée « The square » (Le carré). Il s’agit en fait d’une simple installation de forme carrée (d’où son nom) qui invite les spectateurs à l’altruisme et à la bienveillance. Jusqu’ici tout va bien, me direz-vous ? Cependant, lorsque Christian se fait voler son portable, son portefeuille et ses boutons de manchette au détour d’une rue, sa vie bascule. Pour récupérer son bien, Christian va avoir recours à de basses manœuvres, aux antipodes des valeurs qu’il prêche par le biais de son installation (« The square »). A partir de ce moment se met en marche la mécanique dite de la « Loi de Murphy » : Les ennuis vont s’accumuler, Christian révélant sa vraie nature au fur et à mesure du film.

 

Empêtré dans ses problèmes personnels ainsi que dans sa relation avec une jeune journaliste américaine (incarnée par Elisabeth Moss), il laisse passer une vidéo publiée sur youtube par le service communication du musée, laquelle montre une jeune SDF victime d’un attentat suicide au sein du fameux carré. Face au scandale suscité par la violence de cette vidéo, Christian est finalement poussé à la démission. Vous l’aurez compris : Le sujet principal du film de Ruben Ostlund est incontestablement la montée de l’individualisme dans la société contemporaine. Si le film fait mouche lorsqu’il fustige l’égoïsme et dénonce les dérives des réseaux sociaux (l’épisode de la vidéo youtube), le regard que porte le réalisateur sur l’art contemporain peut paraître caricatural à bien des égards. A ce propos, « The square » est-il est un film de droite, comme le suggérait récemment l’émission « Le masque et la plume » sur France Inter (1) ? En effet, une des séquences du début du film montrant le déboulonnage d’une statue équestre à l’endroit où doit être aménagé le fameux carré (comme pour faire table rase du passé) peut paraître tendancieuse. Je ne me positionnerais pas sur cette question et vous laisse la liberté d’en juger.

 

Pour moi, le propos du film, loin d’être réactionnaire, est avant tout de montrer que la « civilisation » est à tout moment susceptible de laisser place à la barbarie, comme en témoigne une des scènes clés du film (une performance artistique réservée à des VIP au cours de laquelle un comédien agit comme un singe en dépit de toute dignité humaine). A la fois drôle et grinçant, « The square » est un film qui mérite d’être vu tant le regard qu’il porte sur les turpitudes de notre monde moderne est sans concession.

1 : https://www.franceinter.fr/cinema/the-square-de-ruben-ostlund-les-critiques-du-masque-et-la-plume

Date de sortie en France : 7 septembre 2017

Texte : Mathieu Bollon

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