STEPHEN KING ET SON ADAPATION… RECENTE

A l’occasion de la récente sortie de Ça, le clown qui connaît par cœur la carte des égouts, faisons un petit tour d’horizon des adaptations de Stephen King au cinéma. Et autant dire qu’elles sont nombreuses. Ces adaptations connaissent généralement le même succès que les livres de Stephen King. Elles se défendent plutôt pas mal question popularité donc. J’ai lu plusieurs de ces livres, un peu par erreur, puisque lorsque mon entourage entend mes déclarations d’amour enflammée pour la littérature d’épouvante, lesdits membres de l’entourage se sentent obligés de m’offrir des livres de King. Même si ce sera d’un intérêt tout particulier pour cet article, ne faîtes plus ça, merci. Vous l’aurez compris, je ne fais pas partie des fans de la première heure, et la seule adaptation qui vaille vraiment quelque chose à mes yeux est celle de Kubrick, dont l’esthétique et le soin porté à l’atmosphère ont su compenser le pragmatisme et les penchants pour, disons, l’horreur psychologique de Stephen King. C’est donc avec le moins de mauvaise foi  possible que je vous propose un petit corpus d’adaptations récentes (une adaptation comme celle de Kubrick étant déjà suffisamment documentée). Ces adaptations seront les suivantes : Jessie, The Mist et Under the Dome.

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Ouvrons donc le bal avec Jessie, réalisé par Mike Flanagan, et disponible depuis peu sur Netflix. En voyant la vignette de Jessie sur le compte Netflix (que je parasite, alors que je n’en suis pas propriétaire, ne me juge pas, tu le fais aussi), je me suis dit «Voilà qui est croustillant les enfants, que va-t-il bien pouvoir se passer dans ce film, sachant qu’il ne se passe rien dans le bouquin ?» Que de suspense, que d’espérances inavouées… il ne s’y passe effectivement rien. L’adaptation est en ce sens on ne peut plus fidèle au livre. Comme dans le livre, un couple s’en va gaiement faire une retraite dans un chalet, une retraite qui n’a rien de spirituel puisque les deux bougres en profitent majoritairement pour pimenter leur vie sexuelle. Ayant moultes fois fait le tour du sexe vanille, Monsieur décide de menotter sa femme aux montants du plumard. Et, Monsieur, justement, est une véritable mine à idée de génie ; d’abord, exit les menottes en moumoute rose qui fleurissent Rue Saint Denis, et bonjour les menottes de flic du Nevada. Seconde idée digne d’un Nobel de médecine, c’est d’arroser ses problèmes cardiaques avec un petit cocktail au viagra. Nulle surprise donc lorsque Monsieur s’effondre avant la première mi-temps et que Madame se retrouve dans de beaux draps (sans mauvais jeu de mots), enchaînée à son superbe lit d’inspiration coloniale, seule, dans un patelin désert, pendant qu’un chien errant vient boulotter le cadavre de Monsieur.

Madame, probablement inspirée par un quelconque livre de développement personnel, profite de ce temps d’introspection pour se livrer à une petite psychanalyse. Après tout, un divan, un lit… Et puis c’est pas le moment de faire la fine bouche ! Madame hallucine donc à loisir, nous noyant dans les flashbacks de son enfance pas bien jouasse. L’une de ses hallucination se détache pourtant des autres, une silhouette similaire à un slenderman passé sous un poids lourd, lui apparaît la nuit, en lui montrant le contenu de son coquet sac à main : des bijoux et des os noircis. Bien consciente qu’elle déconne à plein régime, Madame se contente de fermer les yeux et de se dire que le galopin n’est pas réel. Après plus d’une heure pendant laquelle il ne se passe rien d’effectif, elle s’arrache la main, réussit à se barrer, touche l’assurance vie de son mari, et merci messieurs dames. Tout ça pour ça, oui. Ce n’est pourtant pas fini, et ces dernières scènes achèvent de ruiner totalement un film déjà pas bien palpitant. Dans ces dernières scènes, on découvre que le galopin au sac à main était bien réel, et qu’il s’agit d’un tueur légèrement psychotique, nécrophile et nécrophage (pourquoi se priver, hein?), qui profane des tombes les dimanches pluvieux. Ces dernières scènes font à mon sens passer ce film de nom de dieu quand est ce que ça va finir ? à nom de dieu ce film se sabote tout seul en passant lui même à côté de son propre scénario.  Par ce que oui, le slenderman qui avait un penchant pour les sacs Prada était la seule piste intéressante, le seul élément potentiellement horrifique et il n’a que très peu de place dans le film. Il apparaît à peine au cours du long métrage, et seules les quinze dernières minutes lui sont consacrées. Lui donner un peu plus d’importance aurait rendu le film moins soporifique et l’intrigue beaucoup plus dense, et croyez moi mes bonnes gens, ç’aurait pas été du luxe. Mais pire encore, puisque les dernières scènes rationalisent ce personnage, qui passe de figure monstrueuse indicible à serial killer de bas étage, il est vidé de tout son potentiel d’horreur surnaturelle, et le peu d’épaisseur que le film aurait pu avoir tombe à plat. Jessie donc, ou l’art de passer à côté de son propre scénario et de tuer dans l’œuf le seul ressort valable de l’intrigue. A ce niveau là, ça me paraît presque prodigieux.

Behemoth

Passons sans transition au second cas d’étude, The Mist de Christian Torpe, adapté du roman éponyme de Stephen King. The Mist a déjà été adapté en long métrage par le passé, je me penche aujourd’hui sur la série. J’espérais que le format plus long permettrait de gérer plus facilement et surtout plus intelligemment la chronologie de la narration, doser les événements marquants, installer une atmosphère crédible… Quel petite créature candide je fais. Malheureusement, The Mist présente exactement les mêmes travers que Jessie, à savoir, une plombe et demie à attendre que quelque chose d’intéressant se passe, pour finalement voir l’intrigue précipiter tout ce qu’elle aurait pu proposer en un seul épisode final. Sans parler des personnages creux comme des souches vieillissantes. The Mist donc, ça ressemble un peu à une soirée mousse géante ; un brouillard à couper à la hache envahit la ville entière, et de t’empêcher de distinguer le set de poêles en cuivres au fond de ta cuisine, ladite brume est légèrement meurtrière, et a la sale manie d’écarteler vif quiconque s’attarderait trop. L’intrigue se divise en suivant trois petits groupes qui chacun tente de survivre. L’un dans une église, l’autre dans un centre commercial, et le troisième, plutôt du genre électron libre, qui se balade. On apprend que ce phénomène soirée-mousse-qui-dégénère s’appellerait le printemps noir, et qu’il est déclenché par ceux qui enfreindraient les lois naturelles. On se remémore alors une affaire de viol, qu’on suspecte être à l’origine de la brume et qui aurait eu lieu la veille de son apparition. Les petits groupes qui tentent de survivre sont tous une tentative d’illustration, plus qu’une illustration crédible, de ce qui pourrait se passer dans ces circonstances. D’un côté des problématiques des croyances, de légitimité religieuse, de l’autre des questions politiques, démocratiques, et aussi morales, sur un fond de survivalisme. Des questions philosophiquement aussi poussées qu’un développement de dissertation d’élève de terminale scientifique… Comme souvent dans les adaptations de Stephen King, des questions qui sont loin d’être inintéressantes, des questions au cœur de beaucoup de discours dystopiques, mais à peine grattées en surface. Ce qui, personnellement, me laisse la désagréable sensation d’être prise pour une imbécile de premier ordre, puisque l’on ne se donne même pas la peine d’une intrigue et d’un discours fouillés, cohérents, réfléchis. Encore une fois, on propose au spectateur du «divertissement», apparemment la nouvelle appellation officielle pour «questionnement affable». D’autant plus, qu’une fois encore, tout l’intérêt de l’intrigue s’écrase en un seul épisode, où on nous laisse suspecter que la brume a sûrement un intérêt répressif pour une quelconque force militaire ou gouvernementale puisqu’on la nourrit des parias, taulards et autres voleurs de poules qu’on a sous la main. Autre défaut assez terrible à mon avis, les personnages, qui sont en réalités des profils types, que l’on retrouve un peu trop souvent dans les intrigues de King – voilà qui me servira de glissement subtil pour parler de l’adaptation suivante.

On retrouve en effet dans The Mist comme dans Under The Dome les mêmes personnages ou presque. L’oie blanche résolument maltraitée (violée ou séquestrée de préférence), le héros Marvel plein d’honneur et de principes, le type qui veut faire la loi (dans la peau d’un politicien, d’un directeur de centre commercial ou d’un flic), et enfin le psychopathe (qui viole ou séquestre, suivez un peu !). Autant te dire que ton paladin sur World Of Warcraft a une trame psychologique et une histoire personnelle plus originale. Cette façon de transposer ainsi les personnages d’une histoire à l’autre, en plus d’être un ennui mortel pour le spectateur, est encore une preuve qu’on sous-estime assez franchement ses capacités intellectuelles, alors, DISCLAIMER : Mesdames Messieurs les réalisateurs, écrivains, scénaristes, artistes de tout bords, votre public n’est pas un cagette d’huîtres ! Son quotient intellectuel surpasse en effet celui de votre brosse à dent ! Merci !

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Poursuivons ; Under The Dome s’étend sur trois saisons, alors que The Mist ne disposait que d’une saison pour dérouler son intrigue, une fois de plus j’ai cru pouvoir espérer une meilleure gestion de ce qui s’annonçait dès le début comme un vrai bourbier. Et bien, bourbier il resta. Des longueurs à ne plus savoir quoi en faire, une incapacité frappante à tenir son spectateur en haleine, des ressorts narratifs prévisibles, vraiment, vraiment prévisibles, des personnages auxquels on ne s’attache absolument pas. Un véritable raté. Honnêtement, la seule tentative d’établir un synopsis clair relève autant du supplice que de l’impossible. Un dôme se pose de manière totalement inexpliquée au dessus de la bucolique bourgade de Chester’s Mill. Un peu comme quand tu te retrouves, dans un accès d’héroïsme, à piéger un insecte en retournant un verre d’eau. Les bougres de Chester’s Mill, totalement coupés du monde, s’épuisent en solution toutes plus stupides et attendues les unes que les autres pour se débarrasser du bousin. Évidemment, ça part en vrille, les petits secrets de l’un et l’autre se voient révélés au grand jour, pendant que nous assistons impuissant, à une intrigue du niveau de Dallas et des Feux de l’Amour combinés. Sans oublier le même questionnement pseudo-philosophique envisagé dans The Mist. Toujours, donc, du niveau de BHL un dimanche soir sur la télévision nationale. Oui. On passe donc deux saisons entières à tenter de casser le dôme, d’en sortir, de lui parler au moyen d’un œuf de pâques extra-terrestre… Je pensais que cette farandole d’absurdités resterait dans ce ton les trois saisons durant, mais non, les événements se font de plus en plus intenables quand les bougres décident de passer sous le dôme via un réseau de galeries. Voilà que les habitants se retrouvent tous propulsé dans un monde virtuel alors qu’ils sont prisonniers de cocons. La conclusion de la série ne répond en rien aux intrigues posées au commencement.

En définitive, même si je trouve Stephen King bien plus doué pour des histoires de science fiction que d’épouvante, Under The Dome, en plus de ne pas être fidèle au livre dans son dénouement, fait état des mêmes défauts que les autres adaptations. Des longueurs, une intrigue éclatée, et une fin catapultée le plus rapidement possible.

 

Que faut-il retenir des adaptations de Stephen King et de ce succès qui me semble personnellement très discutable ? J’ai fait le choix de ne pas critiquer Ça, par ce que Jimmy Kowalski soulève dans sa critique (disponible sur le site de The Unchained) des nombreux points avec lesquels je suis d’accord. Notamment celui ci, que je me permets de citer directement «la peur n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle n’a pas de visage.». Un postulat que je partage largement, et j’irai même plus loin en partant de ce point ; Stephen King n’est pas un écrivain d’épouvante, et toutes ces adaptations nous le prouvent. Premièrement, on se sent obligé de tout montrer au spectateur, de sorte qu’en voyant tout, on donne bien un visage à une menace qui serait bien plus terrifiante si on laissait à l’imagination du spectateur le soin de former des excroissances bien plus monstrueuses que tout ce que l’on pourrait montrer via un écran… Mais considérant que le public a un QI de petite cuillère, on lui pré-mâche tout, même la possibilité d’avoir peur. D’autre part, et c’est encore pire, on lui explique tout et on rationalise tout ce qui peut rendre l’intrigue véritablement horrifique. L’horreur est par essence inexplicable, sans quoi, on bascule dans les mêmes travers que certains romans gothiques à leur époque, qui se tuent à créer une atmosphère étrange avant de l’amoindrir bêtement en la décortiquant et en la rendant intelligible. Stephen King n’est pas un écrivain d’horreur ou d’épouvante, au mieux, Stephen King est un écrivain de la dystopie et du thriller psychologique. Serais-je plus tolérante envers les œuvres qui traitent honnêtement de ce type de thème, sans essayer de se cacher sous des atours de films d’horreur ? Définitivement non. Comment peut-on envisager des questionnement psychologiques ou sociaux avec un tel degré de caricature qui s’ignore ? Comment peut-on utiliser – par exemple – le viol comme simple ressort narratif ? Ce thème est d’un récurrence assez remarquable, il est présent dans Ça, dans Jessie et dans The Mist, sans qu’aucun discours n’y soit attaché, comme on utiliserait un tabou comme simple provocation sans jamais le questionner, pour faire de l’audience, pour s’afficher comme subversif sans rien en dire. Honnêtement, ce long métrage et ces deux séries ont été un véritable chemin de croix avec, en prime, du citron dans les yeux. Des longueurs, des fins bâclées, des intrigues qui ont oublié d’être cohérente, des esthétiques qui ne prennent aucun parti, des personnages en carton… Qu’il est loin The Shining.

Texte: Claire L.

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