ÇA – ANDRÉS MUSCHIETTI

Encore raté !

Énième adaptation d’un texte de Stephen King, réalisé par Andrés Muschietti, Ça, premier film d’une série qui en comptera deux (la guimauve d’au revoir solennels durant l’épilogue nous le laisse à penser fortement) ne présente absolument aucun intérêt. Bon, je suis un peu dur. Peut-être un, certes de taille, mais tellement faiblard et noyé sous l’avalanche de défauts qu’il s’en faut de peu pour ne pas vouer aux gémonies les plus implacables ce machin dont la carrière en rediff sur W9 est d’avance toute tracée.

Cela fait pourtant bien longtemps que j’ai abandonné l’espoir de comprendre un jour pourquoi les studios hollywoodiens s’entêtent à produire des adaptations de bestsellers, mais cette nouvelle tentative avortée m’oblige à vouloir comprendre une bonne fois pour toutes les arguments… Ah si, chuis con. Le fric, sans doute. Las. Le bruit de la caisse enregistreuse a couvert une fois de plus le cliquetis des genoux qui claquent

Blague à part, j’ai malheureusement la désagréable certitude, à la sortie de la projection, d’avoir encore vu une fausse bonne idée. Fausse bonne idée d’abord d’avoir finalement confié les rênes à un faiseur (réalisateur de l’honnête Mamá avec la jolie Jessica Chastain) plutôt qu’à Cary Fukunaga, à la filmo beaucoup plus percutante (Sin Nombre, Beasts of No Nation et surtout la monumentale première saison de True Détective). Fausse bonne idée d’avoir collé de très (trop) près au récit original sans doute par crainte de la fureur des exégètes du King, quitte à verser dans un classicisme de l’épouvante qui n’effraie plus personne, It Follows, Insidious ou Midnight Meat Train étant passés aux travers de nos orbites depuis belle lurette. Et enfin fausse bonne idée d’avoir ajouté au casting en tant que cautions indie les pourtant très talentueux Finn Wolfhard (Stranger Things) et Jason Lieberher (Midnight Spécial), cela mettant sacrément à mal l’équilibre précaire de la petite troupe des Losers.

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Alors quoi ? Rien à rattraper ? Faut-il s’appeler Kubrick, Darabont, Cronenberg, Reiner ou Carpenter, rares cinéastes à avoir su tirer leur épingle du jeu épuisant de l’adaptation ou bien est-il proprement impossible de réussir le passage à l’écran des cauchemars sur papier de Stephen King ? Premier élément de réponse : quid de l’adaptation en tant que telle ? Récemment, Alan Moore, jamais à court de déclarations à l’emporte-pièce, à l’occasion de la sortie de son roman Jérusalem, en profitait pour gueuler comme un putois sur tous les mécréants qui ont osé adapter ses œuvres. Certes, V pour Vendetta est une bouse hilarante, Watchmen ne dépasse pas la prouesse visuelle et From Hell est… un film des Frères Hughes, autant à leur place dans le romantisme gothique qu’Ice-T au Bal des Débutantes. Mais, si l’on écoute bien Moore, son argument est très simple et franchement indiscutable : s’il a choisi le médium de la bande dessinée, c’est parce qu’il a jugé que ce support, et uniquement celui-ci, était propre à relater ses récits. Donc, toute adaptation est d’avance vouée à l’échec, n’utilisant pas le moyen adéquat de restituer l’histoire tel que l’auteur, aussi diva soit-il, l’entend. Autre exemple d’adaptation qui vient à contre-emploi d’un livre : American Psycho de Mary Harron. Entendons-nous bien, le film en soi est intéressant, l’interprétation de Christian Bale parfaite dans les pompes à 1000 dollars de Patrick Bateman. Mais là aussi, comme répondait Brett Easton Ellis à la question sur la validité de l’adaptation : « Ce sont 400 pages dans la tête d’un type et on ne peut absolument pas lui faire confiance. En tant que lecteur, on ne sait pas si ces choses sont réelles. Pour moi, c’était beaucoup plus intéressant de ne pas savoir. Et le film, parce qu’on regarde les choses se réaliser, répond à la question. » Dont acte. Argument massue contre lequel Ça, le film ne peut opposer aucune défense. On découvre Grippe-Sou, le clown métamorphe qui se nourrit des peurs des enfants dès les premières minutes du film. Du coup, paf, on tire la chasse direct sur l’imaginaire et ce ne sont ni le gore, ni les sempiternelles scènes de train-fantôme à la “Qui voilà ? Bouh ! J’ai peur.” qui vont apporter la moindre originalité à la mise en scène.

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L’unique intérêt de ce long-métrage se résume donc au sujet du film, pardon, du livre. Et encore. 4 ans avant la parution de Ça, King publiait dans le recueil Différentes Saisons une nouvelle intitulée Le corps – adaptée (et réussie) au cinéma en 1986 par Rob Reiner et intitulée Stand by Me – dans lequel le romancier proposait déjà un traitement plus saisissant que les péripéties du club des Losers face à Grippe-Sou : l’enfance affrontant ses terreurs les plus profondes, la mort, la violence, l’abandon. Plus saisissant parce que contrairement à l’ouvrage qui nous concerne dans ces lignes, Le corps se cantonnait au monde réel, dans un récit d’apprentissage bien plus touchant, parce que ne faisant que suggérer via le prisme réduit de la perception d’un enfant, toute la médiocrité du monde adulte face aux questionnements existentiels, et donc primordiaux, pour un enfant. Couardise, Mensonge, Paresse, Violence, Bêtise, Pédophilie : même si le clown démoniaque semble être un concentré de toutes ces bassesses, il n’est rien d’autre qu’une projection cauchemardesque. Aux rêveurs de laisser libre cours au fantastique pouvoir de l’imagination et de s’amuser à se faire peur. Ni le fantastique, et encore moins une incarnation de l’angoisse, ne font plus peur, au hasard, qu’une branche qui vient gratter contre une vitre, ou qu’un plancher qui craque. Il suffit de revoir Alien le huitième passager, Les Dents de la Mer ou The Shining pour avoir l’intime conviction (et une belle trouille) que la peur n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle n’a pas de visage.

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Tout ça pour vous conseiller, que dis-je, pour vous exhorter à LIRE DES LIVRES plutôt que d’aller voir leurs pâles copies au cinéma, bande de feignasses !

Réalisation : Andrés Muschietti
Scénario : Gary Dauberman, Cary Fukunaga, Chase Palmer, adapté du roman Ça de Stephen King
Sortie le 9 septembre 2017
Avec dans les rôles principaux :
Bill Skarsgård : Grippe-Sou le clown dansant
Jaeden Lieberher : William “Bill” Denbrough
Jeremy Ray Taylor : Benjamin “Ben” Hanscom
Sophia Lillis : Beverly “Bev” Marsh
Finn Wolfhard : Richard “Richie” Tozier
Wyatt Oleff : Stanley “Stan” Uris
Chosen Jacobs : Michael “Mike” Hanlon
Jack Dylan Grazer : Edward “Eddie” Kaspbrak
Nicholas Hamilton : Henry Bowers

Texte : Jimmy Kowalski

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