Rencontre avec François Amoretti

Cette fois-ci, c’est à la porte de François Amoretti qu’Emma a choisi de frapper. Petit aperçu de l’univers de l’artiste.

Pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas, comment vous présenteriez vous en quelques mots ?

Je suis illustrateur mais je touche aussi au scénario. J’ai publié plusieurs livres illustrés mais aussi plusieurs bandes dessinées aux éditions Soleil, Ankama et Comix Buro. J’ai publié 8 ouvrages en tout !

Quel est votre univers ?

Même si je change de contexte et d’univers régulièrement, mes thèmes récurrents sont la féminité et l’onirisme.

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Comment est né le label « Four Horsemen » ? Pouvez-vous nous le présenter ?

Les filles (Messalyn, Nella Fragola, Alexandra Banti et Lostfish) étions sur mon balcon en train de prendre un verre, on discutait de nos situations respectives, de nos galères surtout. J’avais déjà l’idée d’un collectif mais sans savoir avec qui le faire. Et lors de cette soirée, ça m’est apparu évident que c’était avec ces personnes-là. J’ai donc lâché l’idée qui a plu à toutes. Messalyn m’a dit que j’avais imaginé cette soirée, que ça ne s’était pas du tout passé comme ça. De toute façon, le collectif s’est monté. Et il en a même inspiré d’autres comme Bad Wolf avec Arleston et Alwett.

Peu après, Mélissandre Elle nous a rejoint et récemment Agathe Mirafiore.

Les milieux de l’illustration, de la BD, de la photo, de l’art, sont des milieux très durs. On n’y trouve rarement des alliés loyaux. Il arrive souvent que malgré tous nos efforts, et tout notre travail bénévole ou rémunéré, nous ne recevons pas la reconnaissance qui devrait aller de pair. Le collectif est là pour ça surtout : on se serre les coudes ! Dès que quelqu’un du groupe a une nouveauté, le groupe la partage à ses propres contacts. Nous profitons des réseaux des unes et des autres. Voilà comment fonctionne notre collectif.

Quels sont les thèmes principaux de vos travaux ?

Le fil conducteur est la féminité. Je ne peux pas envisager une histoire sans avoir une héroïne au centre. Peu importe l’univers ou l’histoire dans lesquels elle se trouve, elle fait preuve de courage et est toujours amenée à se dépasser. J’aime ajouter des éléments fantastiques d’une façon ou d’une autre : par exemple, dans Burlesque Girrrl le récit est très réaliste mais les tatouages des personnages bougent, les scènes d’effeuillage sont vues comme des rêves tourbillonnants.

Justement, il y a beaucoup de femmes dans vos travaux, si vous étiez une femme, une icône, qui serez-vous ?

C’est tellement difficile de répondre… Je ne pourrai avancer de nom spécifique mais je suis sûr qu’elle serait une femme volontaire, forte, à contre courant. Pardon de ne pouvoir répondre, je n’ai pas de modèle en particulier et ce serait l’Histoire des femmes en général en fait.

Pouvez-vous nous dire les cinq femmes qui ont marqués votre vie ?

Quand j’étais enfant, on parlait beaucoup de Simon Veil et je pense qu’indirectement elle a eu une influence sur moi.

Puis le personnage de la Princesse Leïa interprété par Carrie Fisher car je me passionnais déjà pour les contes et cette princesse-là n’avait peur de rien, c’est même elle qui menait son groupe de garçons, se battait comme une amazone et remettait des médailles. En plus, elle est rebelle.

Il y a aussi Flora Mc Donald, héroïne jacobite bien réelle, qui cacha le Bonnie Prince Charlie après la débâcle de la bataille de Culloden. Elle représente le courage et la force de l’Ecosse, mon pays de cœur.

Ensuite il y aurait Cécile, elle était ma seule amie quand j’étais enfant. Elle est décédée quand nous avions 7 ans lors de l’explosion du collège de Peyrolles le 22 septembre 1981. Il ne s’est pas passé un jour sans que je ne pense à elle depuis. Dans mes rêves, je cherche toujours à la sauver. Je la cherche aussi dans mes livres, je veux lui donner la vie d’aventures qu’elle n’a pas pu avoir.

Difficile d’en choisir une cinquième. Elle serait musicale certainement, elle incarnerait toutes les voix des chanteuses que j’écoutais et écoute : Siouxie, Kaela Rowan, Kate Bush, Lisa Gerrard, Claire Hastings, Kim Deal, Joy Dunlop, Julie Fowlis, Dinah Cancer, Kati Ran et j’en passe.

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Comment évoluez vous au sein de votre label (en terme d’organisation et au niveau artistique) tous ensemble ?

Nous sommes tous indépendants et libres, chacun fait ce qu’il veut. A partir de cette année, nous ferons une expo collective. Nos inspirations sont proches et je pense que nous n’avons pas besoin de nous concerter plus que ça. Comme nous nous sommes regroupés pour échapper aux exigences de nos milieux respectifs, nous n’intervenons pas dans la créativité des autres. Par contre, il arrive que nous collaborions : par exemple Alexandra a pris des photos de Nella pour mon livre Les Destructeurs, de même Mélissandre et moi avons un roman en cours.

Avez-vous un ou une artiste avec qui vous rêverez collaborer ?

J’adore la musique et le cinéma. Ce serait fabuleux de participer à un album ou à un film. J’aime tant de groupes et de réalisateurs que je ne sais que choisir… En ce moment, je ferai bien une collaboration avec Kati Ran du groupe Leaf, ce serait parfait pour mon livre Warvara. J’adorerais faire une pochette d’album pour Methodman, ahah !

Parlez nous de votre travail « Les destructeurs »

Le projet s’est étalé sur 3 ans et il y a eu tellement de changements, de problèmes… Il devait sortir chez un éditeur mais ce dernier s’est retiré après 10 mois de promesses. Le projet a connu plusieurs formats : un oneshot de 300 pages, une série de 10 tomes de 120 pages et au final, il ne fait que 96 pages. La version actuelle n’est qu’un résumé de ce qui était prévu. N’ayant pas de financement (outre le Ulule qui a été mal évalué) d’éditeur, j’ai dû faire des coupes franches. La version actuelle est compréhensible mais il faut plusieurs lectures pour attraper tous les indices. C’est mon projet le plus personnel et c’est certainement le seul livre dont je sois vraiment fier jusqu’à maintenant. D’ailleurs c’est le seul à avoir sa place sur les étagères de mon salon.

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Parlez nous de votre projet Warvara – Sorcières et sorcière

Si tout va bien, ce livre sortira en fin d’année ou en début d’année prochaine aux éditions Glénat. Le titre n’est pas encore fixé. C’est un roman illustré. Il raconte les aventures de Warvara, une sorcière russe qui fut l’apprenti de Baba Yaga. Sous des allures de conte, c’est un récit illustré de dark fantasy. J’en écris les textes et en fais les illustrations. Je déteste me répéter dans mes techniques graphiques et cette fois-ci je travaille à l’aquarelle et aux crayons de couleurs. Ce que je n’avais jamais fait jusqu’ici.

Quel genre de musique écoutez-vous lorsque vous dessinez ? Des styles qui vous influencent plus que d’autres ?

D’habitude j’écoute des musiques en lien avec chaque projet. Pour Burlesque Girrrl, c’était du rockabilly, pour Les Destructeurs c’était entre Death et Black Metal, pour Warvara c’est de la musique rituelle et de la folk noiroise. J’écoute toutes sortes de musiques, je dévore la musique devrais-je dire ! C’est, avec les livres, ma première dépense. Quand j’ai les moyens j’achète 12 albums par mois. Vu que je n’écoute que des petits groupes indé j’achète les albums, je ne télécharge jamais.

Votre référence principale est Marie-Catherine d’Aulnoy : parlez nous d’elle, quel projet vous a le plus touché ?

Elle fut ma principale inspiration, ce n’est plus le cas. Mais elle est bien ma conteuse préférée car elle est bien plus violente, franche et imaginative que les autres. Ces contes étaient antérieurs à ceux que tous connaissent (Perrault, Grimm, etc) mais ils sont malheureusement bien moins connus. Je les aime pour leur folie et leurs personnages improbables.

Dans l’univers de la BD et de l’illustration, qu’est ce que vous aimerez voir évoluer ?

J’aimerais voir évoluer la situation des auteurs qui est de plus en plus précaire. J’aimerais de tout cœur que les éditeurs nous considèrent et reconnaissent notre travail. Ils ne sont pas tous comme ça bien entendu mais c’est une majorité. Mon éditeur chez Glénat est fabuleux et ce n’est pas notre première collaboration (premier tome de Burlesque Girrrl).

Ce serait bien que les fournisseurs de matières premières soient rémunérés correctement, qu’ils puissent vivre de leur production.

Il y a une surproduction en BD mais je ne me sens pas touché car je ne fais pas du tout le même genre de travail. Je fais plus partie des indés je crois… je suis marginal dans un milieu marginal. Ainsi, les multiples séries à succès ne me dérangent pas. Au contraire, les succès de ces séries m’aident à sortir mes propres projets.

J’aimerais aussi que les auteurs existent aux yeux du gouvernement.

Vous êtes attachés à votre liberté, de nos jours, comment vivez vous les événements extérieur comme l’élection de Trump, ou encore les problèmes de liberté d’expression que connaisse les artistes dans le monde entier ?

Je suis horrifié par les nouvelles quotidiennes et encore plus par notre stupidité. Peut être qu’en sombrant complètement dans le chaos, nous verrons émerger des leaders réellement engagés au lieu de ces parterres d’hommes et de femmes politiques uniquement concernés par leurs revenus. Peut être que nous dramatisons ? Dans Bel-ami de Maupassant, les journalistes se plaignent de l’époque comme s’il n’y avait plus de solutions, comme s’il n’y avait plus de futur. Notre actualité est toujours aussi sombre, elle est la même à chaque période de l’histoire. Par contre, la détérioration de notre planètre, elle, est exponentielle et peu s’en soucient…

La liberté d’expression, même si elle est menacée, existera toujours. Il y aura toujours des résistants. On arrive toujours à se faufiler entre les mailles.

Quels sont vos futurs projets au sein de votre label et personnel?

Warvara est en cours. Puis un album plutôt conséquent avec Valérie Mangin au scénario. J’ai un projet sur les légendes écossaises aussi. Et encore un dernier projet de livre pour enfant : des histoires de petites souris amnésiques.

Pour le collectif, c’est immédiat : une exposition à Intuit Lab du 9 au 28 février. Le vernissage aura lieu le 9 février à partir de 18h. Y participent Nella Fragola, Messalyn, Alexandra Banti et Agathe Mirafiore.

Que peut-on vous souhaiter pour votre futur artistique ?

Galérer moins ? Ahah !!

Je souhaiterais continuer à raconter des histoires de femmes fortes car nous avons de plus en plus besoin de modèles en ce sens. Raconter des histoires c’est ce que je préfère, je ne peux pas vivre sans imaginaire. L’humanité est cruelle, elle ne me plait que lorsqu’il y a de la poésie, de la fantaisie.

Texte: Emma Bird

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