MOTHER! – DARREN ARONOFSKY

Comme on pouvait s’y attendre, Mother!, le nouveau film de Darren Aronofsky est une expérience… Tout le monde le dit.

Généralement, quand quelqu’un vous dit ça, soit c’est un snob qui se fait mousser ou bien un-e chroniqueur-euse télé qui lit sa fiche, soit c’est un pote qui n’ose pas avouer qu’il n’en mène pas large quant à la compréhension de la chose. J’avoue me sentir un peu dans cette dernière situation. J’en viens même à tellement douter d’avoir saisi tout ou partie du film qu’ainsi je compte vous faire partager mes doutes durant cette chronique afin d’essayer d’en tirer quelques – je les sait d’avance maigres – solutions. Mais avant de se jeter dans ce maelström cérébral qu’est Mother!, essayons de faire nos dents sur les diamants noirs et les maigres indices qui parsèment la carrière du réalisateur.

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Darren Aronofsky est LE grand champion toutes catégories du genre thriller psychologique. De Pi à Black Swan, en passant par le TRÈS éprouvant Requiem For A Dream, Aronofsky a élevé au rang d’art visuel la plongée dans les tréfonds de la psyché humaine, étalant sous des jours inédits et intrépides l’obsession, la paranoïa, diverses formes d’addiction et surtout la grande peste du siècle (non, c’est pas le cancer. Raté) : la schizophrénie. Dépassant rapidement le cliché “kafkaïen” du vernis sous lequel on découvre l’angoisse puis l’horreur, tout l’intérêt de ses films va résider dans la manière avec laquelle le réalisateur va lentement, presque sournoisement, tisser une toile, laisser se diffuser un parfum de mystère, jusqu’à non seulement plonger ses personnages dans l’a-normalité, mais surtout ébranler dans la tête des spectateurs tous les rouages de la perplexité. Pour les laisser à la sortie du film, la cervelle en totale surchauffe, déclenchant chez les plus chanceux une incompréhension désenchantée, et chez les moins aguerris, une fureur exaltée par tant de… Oui ! Tant de quoi en fait ? Des bruits de fond, des reflets, rien de direct, de tangible. Aucune attaque frontale qui fait sursauter – tout est transverse – et si c’est organique, cela s’apparente plutôt au germe, à l’embryonnaire, à la propagation désordonnée. Le cinéma d’Aronofsky est parcellaire, un microscope observant la multitude grouillante, des assauts incessants de toute l’étrangeté que le quotidien peut parfois revêtir. Dans Pi, un mathématicien agoraphobe analyse le nombre pi pour y trouver le sens de la vie, jusqu’à sombrer dans un délire paranoïaque. Requiem For A Dream dépeint le quotidien sordide de junkies piégés par les leurres générés par leurs diverses addictions. Black Swan nous emmène dans les coulisses de la danse classique où la quête de reconnaissance peut virer à la démence. Poussé par les éléments qui l’entourent, l’être humain est seul maître de sa destinée. Et si l’on veut pouvoir décrypter le codex labyrinthique auquel nous soumet le cinéaste, ce sont aux détails qu’il faut s’accrocher. Fermement.

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À l’instar de chacun de ses précédents long-métrages, Aronofsky fait débuter Mother! dans un cadre certes atypique, une situation qu’on pourrait qualifier d’un peu excessive, mais somme toute cohérente : un couple (Lawrence/Bardem) vit dans une maison parfaitement isolée. Elle reconstruit la maison après un incendie durant lequel Lui (aucun personnage ne sera nommé durant le film), romancier en panne d’inspiration, a perdu sa précédente compagne. Dès les premières secondes du film pourtant, on perçoit un trouble, d’abord chez le personnage féminin, puis dans notre propre perception de ce à quoi l’on assiste. Et l’on se surprend à tendre l’oreille, à scruter l’écran pour tenter de revoir ou d’entendre ce que l’on a cru percevoir de manière fugace au plan précédent. Et l’on devient méfiant. On se dit qu’on ne se fera pas avoir, qu’on sera plus malin. Que ce n’est que le plancher qui grince, le vent dans les arbres, ou la tuyauterie éreintée d’une vieille bâtisse. Que cela pourrait-il être d’autre ?

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Jusqu’à ce que la machine s’emballe, que les choses nous échappent vraiment. Est-ce un cauchemar, une vision délirante, ou bien une réalité distordue par l’angoisse ? Quand un couple d’inconnus (Ed Harris en vieux tubard et Michelle Pfeiffer en garce alcoolo, un délice !) fait irruption dans la maison, l’apparente quiétude du couple se fissure lentement jusqu’à ouvrir les portes de l’Enfer dans une scène finale littéralement cauchemardesque, digne des peintures flippantes de Jheronimus Bosch. À première vue, que pourrait-on y voir sinon une énième resucée de la célèbre phrase de Jipé Sartre : « L’enfer, c’est les autres ». Mouais. Pas seulement.

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En grattant un peu, si la menace semble venir de l’extérieur, on finit par apercevoir, derrière un faux-semblant de compassion, le subconscient du bourreau (Bardem, corps cinématographique par excellence) et de la victime (Jennifer Lawrence, diaphane) : un créateur, obsédé de manière pathologique par son Art, et sa Muse, reléguée au rang de pure abstraction, littéralement cristallisée par l’artiste visionnaire. Délaissée en tant que femme, son corps se révolte, et son œuvre primaire, organique, la maison, devient la manifestation pulsionnelle de son sentiment d’abandon. Transformée en pure idée, Elle devient l’inspiration qui manquait à l’Artiste qui peut ainsi donner libre cours à la démesure des mots, des idées, des personnages. Film cathartique donc pour un cinéaste à l’écriture jusqu’au-boutiste qui dresse un portrait à charge de l’artiste en démiurge égocentrique. Si tant est que j’ai bien compris le film ! Une rumeur laisse en effet dire qu’Aronofsky aurait lui-même donné lors d’une séance exceptionnelle une clé de compréhension majeure : Jennifer Lawrence ne symbolisant rien moins que La Terre, mère nourricière aujourd’hui quasi-exsangue après tant d’abus perpétrés par les êtres humains. Lasse de ce perpétuel viol, elle s’offre en victime expiatoire des dérives de ses propres enfants : l’humanité. Du coup, hors-sujet total de ma part. LOL.

Film-somme sur la création et la destruction, fable écolo ou gros nawak d’un cinéaste en panne ? Les paris sont ouverts.

Écrit et réalisé par Darren Aronofsky
Sortie le 13 septembre 2017
Avec dans les rôles principaux :
Jennifer Lawrence : Mère
Javier Bardem : Lui
Ed Harris : L’Homme
Michelle Pfeiffer : La Femme
Domhnall Gleeson : Le fils aîné
Brian Gleeson : Le jeune frère
Kristen Wiig : Le Héraut
Stephen McHattie : Le Fanatique

Texte : Jimmy Kowalski

 

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