Okja – Bong Joon-ho

Si vous avez un abonnement Netflix, vous avez sans doute croisé la route de cette créature étrange, semi pachyderme, semi hippopotame, croisé chien et cochon ou je ne sais quel animal (bon, en fait, je vous le spoile tout de suite : c’est un cochon géant). Et vous vous êtes sûrement demandé par la même occasion “Mais qu’est ce que c’est que ça ?”. Du coup, nous vous en parlons.

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Vous n’avez sûrement pas osé le regarder, à moins que vous ne voyiez fan de films tels que l’Histoire sans Fin avec Falkor, le chien géant, ou fan des univers Ghibli ou autres mondes fantastiques. Ou alors, vous avez été plus curieux, et avez été chercher de quoi il s’agissait. Et là, vous avez compris à quel point ce film allait être important.

Ce film, intitulé Okja, est le dernier chef d’oeuvre du réalisateur coréen Bong Joon-ho  à l’origine de Snowpiercer, ou encore The Host, et met à l’honneur les acteurs Ahn Seo-hyeon, Tilda Swinton ainsi que Jake Gyllenhaal.

La trame de base est plutôt simple et malheureusement parlante pour la société dans laquelle on vit : des animaux génétiquement modifiés (pour ne pas dire “créés par des sociétés humaines”) par la cruelle Mirando Corporation (“M…an…o” ? Qui a dit “Monsanto” ?) dont les murs sont souillés par le sang des ouvriers morts en travaillant pour elle, un concours du plus beau cochon (oui, comme certains font avec leurs chiens. Ou comme il y a au salon de l’agriculture), afin d’en faire une nouvelle viande transgenique aux qualités gustatives exceptionnelles.
Mais sur ce fond se dessine l’histoire de  Mija, une petite fille, qui s’occupe de l’un d’entre eux durant dix ans : ces deux amis vivent une vie paisible, heureuse, sans nuages. Pourtant un jour, Okja, son cochon, est capturé (c’est un “pignapping”, pour reprendre le brillant néologisme du film), et cette dernière se lance à sa recherche. Seulement, tout ne se passe pas comme prévu, car la fillette rencontre le capitalisme dans toute la splendeur : une consommation narcissique, une estime animale assez maigre (Quoi ? Ce sont des êtres vivants ? Comment ça “ils ont des droits et il faut les respecter” ?), et dans la démonstration à outrance de leurs biens et pouvoirs. Et c’est là que nous comprenons son oscar du meilleur scénario au festival de Cannes.

Le long métrage est une superbe critique de cette société spéciste, capitaliste et destructrice, face à ceux qui se battent au quotidien pour préserver un équilibre dans ce monde, et un respect du vivant et de l’écologie. Bien qu’un peu convenu et grand public, Okja fait passer avec brio et douceur un message pourtant urgent.

Avec des personnages à la limite du burlesque, typiques du cinéma sud coréen, le réalisateur a trouvé un moyen habile de faire passer la pilule. Par le rire, nous comprenons le ridicule de chaque extrême. Ainsi, la PDG de Mirando incarnée par Tilda Swinton est d’un grotesque sans nom : mégalomane, narcissique, menteuse (“tout est naturel et sans ogm, les animaux ont été trouvés dans la nature, pas créés artificiellement), et insupportable ; tandis que Jake Gyllenhaal dépeint le portrait d’un animateur de zoologie alcoolique un peu trop excessif et surjouant très mal (il est assez difficile de le supporter plus de dix secondes à l’écran) et attaché à son image, ou encore l’équipe des activistes dont fait partie Paul Dano qui se défendent à coups de parapluies et billes, et dont l’un d’entre eux se retrouve au bord du malaise parce qu’il ne veut rien consommer afin de réduire son emprunte écologique. Et c’est sans compter les scènes exagérées durant lesquelles Mija explose des vitres en verre, parmi d’autres actions dignes des plus grands films d’actions Hollywoodiens sur fond de musique de corrida.
De fait, outre le ridicule des personnages, nous sommes très vite ramenés à la réalité, notamment lorsque Mija découvre une vidéo des tortures faites à sa cher ami Okja, ou encore l’enfer choix de représenter les abattoirs comme des camps de concentration, qui nous rappellent celles partagées régulièrement par des organismes tels que L214 ou encore PETA. Et, avec leur action, le superbe portrait des violences policières et des forces de l’ordre en général, faisant abus de pouvoir envers eux.

Ce film est très clairement activiste, et Bong Joon-ho dénonce le spécisme qui conduit à placer l’homme au dessus de l’animal. Mais il est également une critique profondément cynique de notre société, et des “bonnes volontés” qui se trouvent finalement à l’origine de mauvaises actions (comme le mensonge de Kay pour mener à bien leur mission, quitte à faire endurer des souffrances à Mija et Okja ; ou plus hypocritement la PDG de Mirando qui “souhaite résoudre le soucis de la faim dans le monde”), dues à un anthropocentrisme, à une vision de l’homme comme tout puissant, voire parfois comme sauveur de ce monde, alors qu’il en est malheureusement le principal destructeur. Il faut comprendre que l’argent ne fait pas tout, que ce n’est pas parce que l’on peut consommer, qu’il faut consommer. De même que ce n’est pas parce que l’on peut faire du mal qu’il faut faire du mal.

En outre, la plus belle métaphore de cette détresse de la nature, des êtres à ne pas abîmer, et ce qui fait aussi la beauté de ce film, réside en son personnage principal, son innocence, et sa volonté de la préserver. Mija semble être la seule détentrice de la morale dans ce monde en perdition, la seule qui ne souhaite jamais nuire aux autres, jamais blesser qui que ce soit, mais ne souhaite qu’une chose : sauver son ami. En débutant dans un cadre idyllique, nous avons l’impression de nous trouver dans un conte de fées, avant de sombrer peu à peu dans la réalité, dans le monde adulte. Et pourtant, par ces personnages, par la façon de tourner l’histoire, nous avons envie de lutter contre ça, et par la même occasion, de lutter contre cette société corruptive. En réalité, cette façon d’avancer l’histoire fait appel à l’enfant en nous, à ce que nous avons de plus pur dans notre être, pour nous rappeler ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, loin du Diktat du capitalisme. De nous mêmes, nous ne sommes pas d’accord avec ce mode de fonctionnement, avec ces personnages, et c’est à ce moment qu’il faut commencer à réfléchir, si ce n’est pas déjà fait.

Au final, la seule ironie sera qu’il faille avoir un abonnement Netflix pour pouvoir avoir accès au film, car celui ci n’a jamais vu le jour dans les salles.

Titre : Okja
Titre original : 옥자
Réalisation : Bong Joon-ho
Scénario : Bong Joon-ho
Jon Ronson

Acteurs principaux :
Ahn Seo-hyeon
Tilda Swinton
Jake Gyllenhaal

Sociétés de production : Lewis Pictures
Distribution : Netflix
Pays d’origine : Corée du Sud et États-Unis
Genre : aventure fantastique
Durée : 120 minutes
Sortie : 2017

Texte : Aurélie

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