LES ACTEURS DE LA SCENE ALT’: ANGIE, INGENIEUR DU SON

Nouvelle rencontre pour la rubrique sur ces acteurs, ces forçats qui font vivre la scène alternative en France. Aujourd’hui nous rencontrons Angie, ingénieur du son, qui va faire taire tous les connards de sexistes qui pensent que le métal ou le stoner c’est une affaire de mecs. Nous rencontrons donc cette Barbie Brutale au comptoir du Rock N Roll Circus pour discuter avec elle…

The Unchained : Salut ! Est ce que tu pourrais nous parler un peu de ton parcours qu’on en sache un peu plus sur toi… ?

Angie : Alors, moi après le bac j’ai fait des études qui n’avaient rien avoir, j’ai fait une première année de licence en LEA (Langue Etrangères Appliquées). J’ai eu ma première année donc je devais rester là bas, j’étais sur Montpellier, pour au moins 3 ans. Un mois après avoir eu mon diplôme ça m’a pété les ***** et je me suis dit non, j’veux faire du son, j’veux partir à Paris. Je suis donc monté sur Paris et j’ai passé un concours pour entrer à l’ESRA (Ecole Supérieur de Réalisation Audiovisuelle) et plus particulièrement dans la branche ISTS (Institut Supérieur des Techniques du Son). Concours que j’ai réussi, donc j’ai passé 3ans dans cette école, et pendant cette 3e année je me suis spécialisé en sonorisation Live/Concert.

Angie 5

Après, un peu comme tout le monde, j’ai fait du stage, plus ou moins cool, j’ai déjà été amené à servir les café… J’ai vraiment commencé en stage à La scène Bastille (maintenant connu sous le nom de Badaboom). Là j’ai vraiment appris ce que c’était de gérer la scène, brancher les câbles, les installations technique sur plateau etc. Ca m’a aussi appris ce que c’était le speed dans un live, que tout va très vite et qu’il faut être au taquet. Voilà comment j’ai commencé à mettre un pied dedans. Et puis j’ai commencé à sonoriser les groupes de potes qui m’emmenaient avec eux. Le vrai départ ça été avec ​Eibon​ un groupe de doom vnr de Paris, avec Georges, le ​guitariste​ de ​Drowning​ qui est un très bon ami. Je devais avoir quelque chose comme 20/21ans et il m’a fait confiance et il m’a dit tu pars avec nous sur une date a Eindhoven pour le Sludgefest à la Dynamo de Eindhoven. Même si je n’ai pas dû faire un son de malade ça s’est plutôt bien passé et du coup il m’ont proposé de faire une autre date avec eux, qui elle a vraiment été la date clé. C’était une date aux Stoned Gatherings. Les Stoned Gatherings c’est une orga sur Paris qui fait des concerts depuis maintenant 5/6 ans. La date était donc aux Combustibles (encore une salle qui n’existe plus).

Donc je débarque là bas et je fait le son d’Eibon. Et là t’as un groupe américain qui était la tête d’affiche qui s’appelle Saviours qui n’avaient pas d’ingé-son et qui me disent que franchement ils ont kiffé ce que j’avais fait pour les balances d’​Eibon​ et est ce que ça me dirait de leur faire leur son. J’avais un peu les pétoches mais j’ai dis OK et ça s’est très bien passé. Et c’est comme ça que j’ai mis un pied dans les Stoned Gatherings et je n’ai jamais lâché. Je me suis fait des potes avec toute l’équipe et de là j’ai continué, j’ai continué avec pleins de groupes de la scène. Pour les citer ya eu Kadavar, Acid King, Monolord, Black Tusk, ​Church of Misery​. Et j’ai rencontré Nico qui a repris les rênes des Stoned Gatherings et qui était le manager de Dopethrone, ce fameux groupe de sludge/DIY d’Hochelaga au Québec et qui m’a proposé de partir en tournée avec eux. Donc l’année dernière ça faisait la 3e années que je partais avec eux ce qui fait que je suis devenue un peu leur ingé-son officiel. On a fait l’europe et le Canada ensemble. Du coup maintenant je suis plus amenée à partir en tournée avec des groupes. J’adore ça c’est génial !!

The Unchained : On sait que tu es bassiste aussi. Est ce que ça aide la double casquette Ingéson/musicienne… ?

Complètement !! D’ailleurs c’est marrant ça me rappel ce fameux jour où j’ai décidé de passer cet examen à l’ESRA. Ils donnaient un peu les profils et conditions à avoir et c’est vrai que ça faisait partie des demandes, « si vous êtes musicien c’est un plus ». Donc oui forcément, déjà t’as une oreille un peu plus développée et t’écoutes la musique et le son d’une autre manière. Tu ne te contente pas juste d’entendre, tu vas dans l’écoute. Tu peux être aussi amener à mieux comprendre les musiciens, leurs goûts, leurs demandes. Il y a aussi le stress que ça implique d’être musicien, leur humeurs. En plus du côté technique ya un côté psychologique donc oui ça aide forcément…

Justement tu parlais de la relation entre les musiciens et l’ingéson qui est en soit assez fondamentale. Pour toi c’est quoi la place de l’ingéson dans un groupe.. ?

Ca peut paraître un peu prétentieux de dire ça, mais admettons que c’est un groupe de 4 personnes, moi je dirais que l’ingé-son c’est le 5e membre. Il n’est pas sur scène, il ne fait pas la performance mais il est quand même de l’autre côté. Forcément s’il ne fait pas un bon son, si quelque chose foire, bah c’est c’est tout le concert qui est foiré. Donc pour moi il a une place ultra importante, autant qu’un musicien. C’est encore mieux si on se connais parce qu’encore une fois on connaît les goûts de chacun, ce qu’ils sont amenés à demander. C’est pour ça que moi j’adore partir en tournée avec un seul groupe, parce que j’apprend à le connaître et au bout d’un moment t’as même plus à demander, tu sais ce qu’ils veulent. Donc c’est un membre très important pour moi, au même titres sur une grosse tournée qu’un ingé-lumière parce qu’ensemble on monte un spectacle. On est tous utile à l’autre. Un musicien sans ingé-son ne pourra pas faire son concert et un ingéson sans musicien ne pourra pas faire son métier. C’est très important pour moi même si la lumière est sur les musiciens et c’est bien normal, c’est leur rôle…

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 En France, la scène alternative est constitué de passionnés qui rament à donf’, qui même sont souvent obligé d’avoir un boulot alimentaire sur le côté. Est ce que c’est ton cas… ?

Oui complètement, je viens d’ailleurs de finir hier un contrat en CDD ​(rires)​. Moi j’ai toujours bossé à côté, parce que quand je pars en tournée c’est pas 365 jours par an donc forcément faut bien manger entre temps. Il y a des ingé-son qui arrivent à en faire leur métier, en faisant des piges à droite à gauche et qui arrive à avoir leur statut d’intermittent, parce qu’en France c’est surtout ce statut la qui fonctionne. Moi je ne l’ai pas, ça ne m’intéresse pas forcément pour le moment. Et puis c’est vrai que quand on tourne avec des groupes internationaux, la question de l’intermittence n’est pas quelque chose d’évident déjà parce qu’il n’y a quasiment qu’en France qu’on fait ça. C’est assez compliqué aujourd’hui d’en vivre, mais ça dépend aussi du milieu dans lequel tu évolues en tant qu’ingé’-son. C’est vrai que moi j’ai choisi une scène qui ne fait pas forcément vivre, mais au niveau des musiciens. Tous les musiciens que je connais et avec qui je travail travail à côté. Même si pour nous c’est des grosses têtes d’affiche, ils ont quand même un job à côté, ça ne leur suffit pas. Après je penses que c’est plus facile d’en vivre en France parce qu’avec ces histoire de contrats d’intermittence ils arrivent peut être plus facilement à faire des piges, à avoir leurs heures ou des aides. Donc c’est c’est faisable mais ça dépend dans quelle branche tu es et avec quel artiste tu travail… Justement tu disais que tu avais choisis une scène bien précise. Est ce qu’il t’arrive de bosser sur d’autres scène, voir avec des artistes qui ne te plaise pas… ? Angie : Eh bah pas vraiment (rires)… C’est vrai que j’ai eu la chance de tomber dans le milieu que j’aimais vraiment. D’ailleurs mes profs me disaient : « Tu sais tu ne feras pas toujours ce que tu aime, faut pas rêver » mais c’est vrai que j’ai réussis à faire exactement le style que j’aimais. Après c’est aussi parce que je ne cherche pas à faire d’autre style que je maîtrise beaucoup moins bien. Après je ne suis pas fermé à l’idée.

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Si demain on propose de faire le son pour un style complètement différent je ne dirai pas non. Je suis curieuse de ça mais bon c’est que mes premiers amours vont à ce style là. Je me suis spécialisé là dedans parce que comme c’est ce que j’aime, je m’y connais beaucoup plus… Pour continuer sur la scène française, elle fonctionne souvent avec le système D. Est ce que tu aurais des conseils pour les ingé qui débute… ? Angie : Ce n’est que du relationnel, que du contact. T’as une part de chance mais c’est surtout grâce aux rencontres. Je penses que tu ne peux rien faire sans les gens qui t’entourent. Dans ce milieu là c’est pas comme si tu pouvais obtenir un diplôme lambda et qu’après tu pouvais aller postuler dans une boîte en disant : « Voilà, j’ai ce diplôme, vous pensez m’embaucher… ». Non. Moi j’ai un diplôme d’ingé son qui est reconnus par l’état aujourd’hui et personne ne me l’a jamais demandé. Je sais très bien qu’il n’est pas utile, ce qu’on veut c’est que tu fasse tes preuves sur le terrain. Donc le conseil que j’aurais pour ceux qui débutent, ce serait de ne pas hésiter à faire leurs premiers pas avec des groupes d’amis comme j’ai fait, c’est super formateur. Faut pas se bloquer, faut oser, faut y aller. Faire du contact, faire des rencontres, ne pas hésiter à parler aux gens. Proposer les services qu’on sait faire. Si t’es quelqu’un de sociable il n’y a pas de raisons que ça ne marche pas, ça se fait tout seul. C’est quand même un métier très social parce  t’as beau être le meilleurs ingé du monde mais si tu n’es pas du genre à être dans la sociabilité et bien à côté il y aura un autre qui sait faire le taff  et assez sympa  et ils le choisiront lui.

Tout à l’heure tu citais les groupes avec qui tu as travaillé. Quelle artiste adorerais tu sonoriser… ?

Angie : Bonne question ça ! (rires)… Bah y’en pas mal. J’ai déjà eu la chance de sonoriser un groupe que j’aime particulièrement, Eyehategod. J’ai eu la chance de les faire 2 fois. C’est vrai que quand j’ai commencé je me disait que quand je les aurais fait je pourrai arrêter mais bon là c’est fait et je ne veux pas arrêter, je veux continuer (rires)… Y’en a plein, on pourrait dire un Crowbar, ou Yob, Pentagramm, Sleep, Iron Monkeys ou Melvins…

Ma dernière question sera récurrente avec tous les gens que je vais interviewer pour cette chronique. Qui devrait on interviewer ensuite… ?

Angie : Je dirais Nico des Stoned Gatherings, je lui laisse la place (rires)

Propos recueillis par Ru5ty

Photos: Marion Fregeac / Mamzelle Bulle Photo

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