Trivium @ Cabaret Sauvage (23/03/2017)

Près d’un an après le Download Festival, les américains de Trivium sont de retour sur nos scènes françaises pour une date sold out, en compagnie des anglais de  Sikth et SHVPES.

la soirée débute avec les britanniques de SHVPES, qui tombent le rideau au son de “False Teeth” puis “State of Mine”, devant une fosse à peine remplie, et a priori assez peu réceptive.
Mais très vite, nous constatons que l’audience n’a pas de dent contre eux : celle ci prouve qu’elle est en forme en adoptant un état d’esprit plus dynamique et bienveillant, alors que le leader, Griffin, ne cesse de l’inciter à se dévergonder : “c’est ca que tu appelles un circule pit, Paris ?!”. Les garçons gagnent rapidement le cœur des plus récalcitrants, à l’aide de leur metalcore aux accents évidents de Rage Against The Machine. Servis par une setlist axée sur leur dernière sortie “Pain. Joy. Ecstasy. Despairs”, les auditeurs se bousculent sur leurs messages de colère, mais se montrent également disciplinés lorsque le frontman leur demande de sortir les briquets sur la chanson titre, avant de se séparer en deux lors de leur chanson éponyme, “Shapes”, que le jeune Dickinson anime comme à son habitude en descendant dans le pit. C’est un wall of death magistral, qui clôture dans les formes ce set impeccable.

Musicalement, les garçons ont très nettement progressé depuis leur premier concert en tant que groupe (que nous avions eu l’honneur de recevoir dans notre capitale, aux côtés de Crossfaith). Leur travail paye, bien que leurs morceaux restent dans l’ensemble assez convenus pour des amateurs du genre, le chanteur y laisse une véritable confession de son identité et de ses blessures réelles qu’il semble revivre sur scène en donnant vie à ses textes. Et l’on peut se réjouir de voir le souhait du leader exaucé, de se détacher de son père pour se construire musicalement (bien que les talents vocaux du jeune homme font qu’il ne peut que difficilement nier le don familial). Quoi qu’il en soit, cette formation dynamique et pleine d’entrain à de beaux jours devant elle, et saura sans aucun doute vous le prouver au Hellfest cet été.

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Nous n’en doutons pas. SHVPES, c’est de l’art jeune, révolté, engagé pour faire évoluer les choses, avec de fortes convictions malgré des schémas peut être trop évidents, mais efficaces cependant. Le fond prend le pas sur la forme, sans pour autant d’oublier, et ils le font de façon efficace. En tous cas, pour nous, cela n’aura pas été “Two Mins of Hate”, mais 30 minutes of Happiness.

Après une mise en bouche en bon et due forme, c’est au tour de Sikth de faire ses preuves (si tant est qu’ils en aient encore besoin).
À peine la formation joue ses premières notes que le public répond présent des deux mains, de la tête, et de la voix. Il faut dire que le groupe ne manque pas d’énergie, et celle-ci est extraordinairement communicative. Les deux chanteurs, l’un chant clair, l’autre growls, servent une musique éclectique dont la liste d’influences ne fait qu’augmenter au rythme des morceaux.

Cette salade de genre, alliée à une performance technique parfaite, à la limite de la démonstration, ne sombre malgré tout pas dans le schéma cliché de certains groupes qui se retrouvent ennuyants tant ils manquent d’authenticité sur scène à servir des pistes à mettre sous vitrine, dégoulinant de “m’as-tu vu ?”. Non. Ce n’est pas leur genre. Bien sûr, le groupe réalise de belles performances, à l’instar d’un magnifique solo de basse. Pour autant, la différence se fait sur les voix majoritairement qui, malgré un son qui laissait à désirer, ont offert un show raw, vrai (jusque dans les chutes sur scène), et profondément humain (d’ailleurs ponctué de message de paix). Pour autant, Sikth n’est pas une secte et, bien que l’on s’en prenne plein la figure, que l’on soit secoués ou chamboules par la diversité de ce qu’ils proposent, tout le monde ne sera pas forcément convaincu ou de volonté à participer – même si le nombre de mouvements de tête nous laisseront croire que la formation n’aura laissé personne de totalement indifférent.

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Mais si les deux premières parties ont eu leur effet, elles n’auront pas eu raison de l’audience qui n’a pas dit son dernier mot.
Trivium arrive, et souhaite voir tout ce petit monde brûler, brûler de désir, d’amusement, dans l’ivresse de cet instant présent. Mais surtout, ils souhaitent que cela soit un moment de partage, un moment familial, indiqué par le choix de “Run to The Hills” d’Iron Maiden comme introduction, tant pour le clin à Griffin, que dans sa faculté à faire chanter d’une seule voix des personnes venues pour tout autre chose, ainsi que le T-shirt “SHVPES” de Matt Heafy, qui ne fait que montrer davantage les valeurs de soutien et d’aide que le groupe souhaite véhiculer.

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Ce soir, Trivium nous a concocté du grand Trivium, en parcourant leurs plus grands succès comme une biographie de ce qui les a construits, et cela nous promet une soirée pleine de nostalgie pour les fans de la première heure, toujours fidèles, mais aussi une leçon rapide pour les fans les plus jeunes (dont le nombre est relativement impressionnant sur cette date). Les garçons commencent très fort avec la délicieuse “Rain”, titre incontournable du groupe, avant d’osciller entre des titres comme “Forsake not the Dream”, “Down from the Sky” (2008, Shogun), “Dusk Dismantled” (2011, In Waves), “Pillars of Serpents”  (2003, Ember The Inferno), “The Deceived” suivie par la parfaite “Dying in Your Arms” (2005, Ascendency), qui métamorphosera la salle hystérique en oursons guimauve le temps de ce morceau émouvant, avant de recommencer de plus belle sur “Strife”. Des morceaux tels que “Silence In The Snow” (2015, Silence In The Snow) verront le ton descendre un peu, mais les paroles reprises en cœur en feront un moment prenant malgré tout. Mais que serait une rétrospective de leur carrière sans la superbe “A Gunshot to The Head of Trepidation et la divine “Pull Harder on the Strings of your Martyrs” ? Le public est en ébullition, tandis que le groupe lui, semble prendre un plaisir fou. Plutôt statiques comme à leur habitude, ce sont leurs visages qui en disent le plus long. Leur expressivité (surtout celle du frontman, dont la langue semble avoir besoin d’un exorcisme) ne peut dissimuler leur joie, tout comme les paroles du chanteur qui nous répète que Paris est l’une de ses villes préférées au monde, et que nous ne sommes “pas loin derrière l’Espagne mais il faut encore faire un petit effort pour être au top” en plaisantant pour faire monter la température.

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Le show est impeccable, et ce n’est pas difficile de savoir pourquoi ils remplissent encore des salles aujourd’hui, lorsque l’on voit ce qu’ils donnent. Mis à part le chant clair par moments (et les back vocals de Paolo… qui a toujours chanté faux !), le groupe tire encore sur la corde pour nous fournir de la qualité sur ces dernières dates de tournée. Matt réalisé des growls sortis tout droit des enfers (ou d’un bain de bouche), les autres musiciens réalisent un sans faute, et tout le monde semble s’amuser, à en juger par le pit inarretable, qui sera à on apogée sur la dernière de la soirée, “In Waves”, qui fera naître une véritable marée humaine, avec des vagues, littéralement, de crowdsurfers. C’est un moment de joie intense, de communion et de soutien, qui prouve que Trivium est une formation qui mérite son succès, et qui est accessible, tant humainement que musicalement, en proposant des morceaux pour les fans de la première heure, ainsi que pour les derniers arrivés, sans faillir, soutenus par un public fidèle qui, en dépit de tout, les suit, et suivra.

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Trivium est cet art, rigoureux dans l’exécution, mais source de plaisir pour le spectateur ; un art qui se partage et se communique, accessible à tous, et engage bien souvent toute sa personne.

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Si le Trivium représente trois des sept arts libéraux de l’enseignement médiéval, ce soir, nous avons effectivement été mis face à trois formes d’arts distinctes, libres à leur manière, libératrices aussi. Ce fût un concert riche, pour un grand moment de musique, et proposant un panel de morceaux pour convenir à tous les goûts. Trivium est ce genre de groupe qui, peu importe les conditions, en festival ou en petite salle, trouvera toujours ce moyen d’unir son public, entre eux, et avec eux. Cette revue de leur carrière nous prouve que l’art n’est pas qu’une matière, mais aussi une façon de la transmettre, de la modeler et proposer, pour que tout le monde y trouve son compte.

Merci Replica Promotion et Live Nation

texte: Aurélie

Photos: Erwan

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