Fantastic Negrito @ La Maroquinere 14/01/2017

 

Mardi dernier on avait rendez vous avec un artiste hors du commun : Fantastic Negrito.  Plus qu’un simple musicien, son histoire force le respect et l’admiration.  Cela à commencé à se voir lorsque le 12 janvier dernier il a gagné le grammy pour « Meilleur Album de blues contemporain ».  Son histoire est tellement riche qu’avant de parler du concert je me dois de faire une récap’ de son parcours…

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Né Xavier Amin Dphrepaulezz, cet originaire du Massachusetts a eu une enfance mouvementé, commençant par être dealer de drogue avant d’être attitré par les sirènes du domaine artistique.  Il explique qu’il a eu envie la musique en autodidacte après avoir découvert l’album Dirty Mind de Prince.  Il a pu développer ses talents en s’introduisant dans les salles de classes de l’université de Berkeley alors qu’il n’y était pas inscrit.  Après s’être fait raquetter avec une arme sur la tempe, il déménagea à Los Angeles, où sa carrière pouvait commencer…

Prince n’était jamais loin parce que lorsqu’il commença sa carrière en 1993 il signa un contrat avec le manager de ce dernier et ensuite avec le label Interscope .  Son premier album, The X Factor est sorti en 1996 sous le nom de Xavier.  Être signé par une major et tout ce que cela entraînait n’était pas de son goût.  Il était horripilé par le fait que sa créativité devienne une commodité, ce qui le frustrait et lui imposait une pression énorme.  Tout cela changea un soir de 1999 (hommage à prince?) quand il eut un terrible accident de voiture que failli lui être fatal.  Il a passé 3 semaines dans le coma et ses blessures furent nombreuses et graves.  Il faillit perdre l’usage totale de ses mains.  Après une longue rééducation il a regagné de la motricité mais ce ne fut jamais pareil.  Malgré toute la souffrance, il vit cet événement comme une bénédiction.  En effet, peu de temps après son réveil, Interscope termina son contrat, le soulageant de toute cette pression et frustration.  Depuis cet accident, Xavier se voit comme un ancien narcissique, dû surtout à sa convalescence, pendant laquelle il a eu besoin d’aide pour des tâches aussi simple que se nourrir ou sa toilette.  Cette expérience lui donna l’idée de créé son collectif artistique, Blackball Universe

Une fois qu’Interscope eut terminé son contrat, il continua dans la musique.  Il a joué dans des groupe comme Chocalate Butterfly, Blood Sugar X ou Me and This Japanese Guy, groupe avec lesquels il a composé quelques chansons pour différents films ou séries télé.  Il a aussi commencé la promotion de soirées illégales dans son loft et réussit à ne se faire arrêter qu’une seule fois…. Puis il quitta le monde de la musique, revint à Oakland pour y fonder une famille.  Pour subsister, il travailla sur sa ferme, où il élevait des poulets, faisait pousser des légumes et beaucoup de weed.  Il explique que c’était tout ce qu’il connaissait, la musique ou la drogue…

Un jour, il prit une guitare pour égailler son fils qui était mécontent, et dès le premier accord son visage s’illumina.  Malgré le fait qu’il était terrifié de remettre un pied dans le monde de la musique, il continua, discrètement… Il a ouvert une galerie d’art où des barmans nus ou des françaises de 80 ans parlant de l’occupation nazi se côtoyaient, et au fond, assis au piano, Xavier jouait, testant ses nouvelles chansons…

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En 2014, c’est le co-fondateur de Blackball Universe (et auteur/coproducteur de la série Empire) Malcolm Spellman qui le poussa finalement à se remettre de plein fouet dans la musique.  Mais cette fois-ci il décida d’aller vers un genre qu’il avait entendu toute sa vie, fondation de tellement de genre musicaux : Le blues… Il montera sur scène sous le pseudonyme Fantastic Negrito.  Ce nom évoque selon lui, la résurrection d’un homme qui voulait tout, a eu tout, a tout perdu mais finalement revenu des ténèbres de l’oubli.  Il dit que si vous avez déjà eu l’impression que c’était terminé mais qu’au fond de vous espériez que ce ne soit pas la cas, cette musique est faite pour vous…

Si dans les années 90, un artiste comme Fantastic Negrito ne pourrait pas faire carrière dans l’industrie musicale, maintenant, dans l’état actuel des choses, le terrain est parfait pour lui.  Les réseaux sociaux ont ainsi beaucoup aidé à développer sa notoriété.  C’est grâce à Twitter que les producteurs Marc Forester et Ron Pearlman ont eu vent de son single « An Honest Man » et qu’il est devenu le générique de leur série Hand Of God

C’est donc un réel phoenix, un artiste dont le parcours est tout aussi important que la musique elle même, qu’on venait voir ce soir là à La Maroquinerie…

La soirée commença par une autre agréable découverte : The Seratones qui était en partie… Ce groupe de Rock n’ Roll originaire de Louisiane mit le feu durant son set aux réminiscences de blues, de soul et de garage… The Seratones est mené par la chanteuse/guitariste AJ Haynes, qui semble échappée d’un épisode de The Get Down et qui avoine dur et sensuellement… On les sent en kiff, à vouloir partager avec nous leur univers qui est plus que délectable…

Puis le « street voodoo » tant attendu entre sur scène avec ses musiciens (enfin la plupart parce que le clavier du groupe a raté l’avion qui les a menés jusqu’à nous..). Durant prêt de 2h de show (parce que le negrito est un personnage de scène) Fantastic Negrito a joué un florilège des meilleurs morceaux de Fantastic Negrito, son premier ep éponyme,  de The Last Days Of Oakland, dernier album en date, les deux sorties sur leur label Blackball Universe…

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On sent que tout comme The Seratones, il est dans le partage, dans la communion.  Il fera chanter le public, nous parlera de politique américaine, d’amour (que c’est la seule chose qui peut nous sauver).  Évidemment il a évoqué l’un des moments les plus importants de sa carrière.  Deux jours auparavant, lors de la cérémonie des grammys, il a remporté le grammy de « Meilleur Album de Blues Contemporain ».  Il confiait qu’il n’avait même pas eu le temps de célébrer ce prix et qu’il allait donc en profiter ce soir avec nous…

Au niveau musical, il est plus compliqué à décrire.  Il a certes une base blues (ou du black roots music for everyone comme il aime à qualifier sa musique) mais par moment c’est lourd, presque métal, d’autre fois on dirait du Franck Zappa soul voire d’autre fois Robert Johnsonnes

En bref, on a vu un artiste complexe, aussi complexe que l’homme, qui nous a délivré un message pur, d’amour et de fraternité, valeurs qu’il a chéri malgré les épreuves qu’il a traversé.  Au contraire, il a fait du positif avec du négatif…

Texte : Ru5ty

Photo : Marion Fregeac / Mamzelle Bulle Studio Photo

 

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