Architects @ Cabaret Sauvage (15/10/2016)

Samedi dernier marquait le coup d’envoi de la tournée d’Architects, en compagnie de Bury Tomorrow et Stick To Your Guns au Cabaret Sauvage… Un choc des titans qui a transformé le chapiteau de la Villette en véritable cirque romain. Retour sur ce sublime carnage.

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Bury Tomorrow sont les premiers à ouvrir le bal, et c’est la très connue “Man On Fire” qui débute les hostilités. Très vite, l’ambiance monte, et la lutte commence. Pas bien violente, mais suffisamment pour faire comprendre que c’est ici qu’il faut être ce soir. Nous sommes à quelques pas du concert de The White Lies au Trabendo, et sur le chemin qui sépare les deux salles, ce sont les échos de Bury que l’on entend – ce qui est plutôt bon signe. “Lionheart” signe pour de bon la conquête du public par le groupe, qui semble au moins aussi heureux que nous d’être là. “Amusez-vous, éclatez-vous, même si cela nécessite d’enlacer votre voisin, donnez-vous à fond ! C’est génial d’être ici, merci à tous” lance Dan avant d’interpréter pour la première fois en live “Cemetery”, histoire d’enterrer pour de bon ceux qui se prêtent au jeu du pugilat. Mais comme l’intention n’est pas à la violence, le frontman ne suggère plus seulement, mais demande à chacun de prendre son voisin par les épaules, à l’image de la grande famille que nous formons. Des rangées de personnes aux bras entremêlés naissent dans la fosse sans plus tarder. “C’est bon ? On peut y aller alors”, comme une illustration de la chanson titre de leur dernier album “Earthbound” qui clôturera la soirée : la fraternité contre la destruction, l’humanité qui sauve, et l’action commune pour faire perdurer les choses. Comme l’a dit le vocaliste, ils étaient le premier groupe de la première date de cette tournée, et cela avait du sens, car en effet, ce set fort de sens, de valeurs de Bury Tomorrow sonnait comme un avant goût de notre constat final : nous aurions voulu enterrer la journée du lendemain, et rester éternellement là, ce soir.

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Stick To Your Guns reprennent le flambeau avec “Nobody”, comme pour montrer que, par leurs chansons et propos qui, si nous sommes entrés en ne pensant être personne, ce n’est que le point de départ d’un mouvement de construction de soi, de réconciliation car définitivement, nous sortirons d’ici en ayant trouvé notre place, ce pour quoi nous existons, ou voulons exister. “Les gens pensent que si vous priez assez, si vous croyez assez, si vous espérez assez fort, vous pourrez changer ce monde. Mais voici une chose : rien, absolument rien ne changera tant que vous resterez assis. Vous devez être prêts à vous lever pour ce en quoi vous croyez, pour vos valeurs, joindre des actions aux mots que vous dites”, avant de continuer “Tous ces idiots qui nous disent quoi faire, quoi penser, qui nous devons être, il est temps de leur montrer que cette vision du monde est dépassée, c’est derrière nous.”… Quant à cette question de savoir qui nous sommes, alors que nous nous abandonnons nous-mêmes au chaos de la fosse, à cette masse informe, le chanteur déclare “Certainement pas un nom sur un passeport” répond le frontman. “Nous ne nous réduisons pas aux informations données par une carte. Ce n’est pas mon nom, mon lieu de naissance, ni rien de tout cela qui peut renseigner sur qui je suis, mais ce sont les choix que j’ai posé en tant que personne humaine. Nos décisions nous construisent, font de nous les hommes que nous sommes”. Preach. Le public est scotché à ses mots, et l’applaudit. Car oui, même tassés dans le pit, plongés dans l’obscurité, nous sommes ce soir tous des êtres humains, unis dans un même but, et liés par une même passion, mus par les mêmes sentiments, et c’est ce qu’il convient de rappeler. “Pour Tom. Pour Architects. Merci tellement à vous tous, les gars !”. L’on sent la formation prise par l’émotion, et une courte pause s’impose, durant laquelle la glace finit d’être brisée. “Nous allons jouer une nouvelle chanson, puis deux autres… Je vous dis ça pour que vous puissiez vous préparer et faire ce que vous voulez dans vos esprits en attendant… Oh, attendez, il me faut des lunettes car mes yeux sont mauvais : nous avons en réalité quatre autres morceaux !”. Anecdotique certes, mais la beauté d’un tel concert éclate à travers cette réalité : c’est un partage d’humains à humains. Et si l’on fait l’effort d’être entier, de se donner à fond, en partageant comme nous le faisons, nous faisons honneur à ce en quoi Tom croyait, à savoir la capacité de fraternité, de partage, et d’humanité tout simplement, de l’Homme, au-delà du chaos. C’est pourquoi il faut célébrer l’instant, dans la joie, car ce soir, nous sommes unis. Et, suivant les paroles de “Empty Hands”, nous pouvons dire que si vous dites “fuck the world” nous disons “fuck you”, car c’est ce monde que nous partageons, et protégeons. Ce soir, c’est nous contre ce monde qui va mal, et “Against Them All” qui achève cette performance le déclame parfaitement.

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Enfin, entrant sur le son de leur nom scandé, Architects sont désormais prêts à se donner corps et âme à cette grande famille qui les attend, bras tendus. Fidèles à la tracklist de “All Our Gods Have Abandoned Us”, “Nihilist” est le premier morceau joué par les garçons. Nous devinons très vite que le show sera axé essentiellement autour de cet album, dernier bijou du groupe, entièrement écrit par Tom. Chaque titre est habilement choisi. Mais pour l’occasion, des titres tels que “Dead Man Talking” et “Early Grave” apparaissent comme un rappel de ce pourquoi nous sommes là. Mais il n’est pas question de se laisser abattre. Ce soir, tout le monde semble décidé à donner le meilleur de soi. Et de fait, la fosse est un gouffre sans nom, qui engloutit toute personne à proximité, au milieu des wall of death et circle pit durant “Phantom Fear” ou encore “The Devil Is Near”. Rien ne survit, et pourtant, l’énergie qui se dégage est incommensurable. La vie est véritablement reine, ce soir. Puis soudain, “GOD ONLY KNOWS WHY WE WERE BORN TO BURN” de “Broken Cross” crève la toile du chapiteau et nous frappe plus fort encore que les coups reçus dans le pit. C’est un cri du cœur, un cri à l’aide. Celui de ces humains qui veulent vivre, qui ne veulent plus être soumis. Ces êtres vivants qui souhaitent posséder leurs vies, et y trouver un sens. S’ensuit alors une explosion “Downfall”, “Gravedigger”, et bien sûr “Naysayer”.

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En réalité, parler d’un concert d’Architects, et de celui-ci en particulier, au-delà de la performance musicale sans faute à féliciter, c’est davantage pointer ce qui se vit à ce moment, car Architects en live, c’est une ambiance, une atmosphère tellement particulière, intimement profonde, personnelle, tout en étant partagée, chaleureuse, familiale. Comme le dira Sam “nous faisons de la musique pour vous faire comprendre que vous n’êtes pas seuls. Peu importe ce que vous ressentez, aussi étrange soit ce sentiment, il y a d’autres personnes qui vivent la même chose, et c’est important de le savoir”, avant de rajouter une fois le silence total obtenu (et surtout les quelques irrespectueux tus), “Tous ces morceaux, tout ce partage ce soir sont pour une seule et unique personne. Et pour être honnête, nous avons hésité à continuer, car il était Architects, à lui seul. C’était un putain de génie. Mais nous avons souhaité faire ce tour pour lui. Nous sommes une famille.” Une famille dans le groupe, mais aussi avec le public qui, en marque de soutien et de deuil, brandissent avec émotion des pancartes “Architects Family”, ou font des cœurs avec leurs mains. “Vraiment, il ne faut pas que je regarde plus longtemps ces affiches, sans quoi je vais exploser en sanglots, je ne plaisante pas…” continue Sam. Et les larmes ont coulé, côté public, parce que, par ses textes, Tom s’est fait notre ami, notre frère, voire sauveur pour ceux qui ont su trouver en ses mots, en ses morceaux, le réconfort dont ils ont pu avoir besoin. Et ce soir, cela se ressent plus que jamais. L’émotion est à son comble, et les premières parties ont fait vivre, eux aussi, ces mêmes valeurs musicales et humaines. “Je suis fier de tourner avec des personnes pareilles, des personnes qui portent un vrai message, qui font de la musique pour les bonnes raisons, parce qu’ils aiment ça. Le problème de la musique actuelle, c’est que beaucoup de gens ont peur d’aller au bout de leur message, de peur du retour de bâton, mais eux osent. C’est pourquoi je suis heureux de partager ce tour avec ces groupe”. De fait, lorsque l’on voit la force des messages passés ce soir, la communion qui a pu exister, et l’authenticité des groupes, nous n’avons aucun doute qu’ils étaient les bons pour rendre hommage à ce talent parti trop tôt, et qui sera regretté. Quoi qu’il en soit, si le concert s’envole sur “Gone With the Wind”, ce ne sera pas le cas du regretté guitariste qui, de par son impact sur nous tous, continuera de vivre à travers sa musique, en la faisant raisonner en nous, en lui donnant vie dans les fosses du monde entier, et tant que nous saurons lui donner du sens, et en saisir l’intelligence.

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Le fait d’avoir maintenu cette tournée, et la voir presque entièrement sold out, est sans doute la plus belle façon de glorifier la bonté d’un génie qui créait pour sauver le monde, pour éveiller les conscience et aider à se (re)lever, pour que nous ne vivions plus comme des “zombies” (pour reprendre ce que disait Dan dans une lettre ouverte il y a quelques jours), mais prenne conscience de leur situation. Parce que leurs mots ne sont pas que des mots, mais leurs mots sont des actions vouées à devenir des remèdes, et que c’est là que réside le véritable espoir, l’optimisme du groupe. Architects, c’est un peu “A Match Made in Heaven”, première chanson venant briser le calme du rappel, un élément déclencheur dans ce qui semblait paisible, pour être acteurs d’un futur véritablement bon, plus seulement en apparence par ignorance, mais dans lequel nous possédons nos existences. Et leur action avec Sea Shepherd, présents également ce soir, en est une parfaite illustration.

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Un grand merci aux groupes ce soir, à Sea Shepherd, à l’organisation pour cette date.

Texte : Aurélie

Photo : Mario

 

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