Frank Carter and The Rattlesnakes @ La Maroquinerie – 06/10/16

Hier avait lieu le concert de Frank Carter & The Rattlesnakes à la Maroquinerie. Un show punk, qui nous promet de nous réchauffer un peu alors que ces températures chutent.

Pour l’occasion, le chanteur a choisi God Damn, un petit groupe british de Wolverhampton qu’il nous a confié, quelques heures avant, être l’un de ses groupes favoris.
Et pour qu’ils soient élevés à ce rang, nous ne savions pas bien à quoi nous attendre. Mais quoi qu’il en soit, nous n’aurions pas pu le savoir avant de les avoir rencontrés sur scène, tant ils sont hors du commun. L’imposante batterie, placée au centre de la scène, relayant les autres instruments sur les bords nous avait déjà mis la puce à l’oreille, l’accoutrement hipster au possible des musiciens nous avait davantage confortés dans cette idée, mais leur prestation restera la chose la plus déroutante de toutes. En effet, outre la batterie qui nous assène des coups violents, la guitare aux vibratos sournois, envoûtants, et la voix étouffée au point de ne presque pas l’entendre, le jeu de scène des garçons, singé au possible (le frontman se ligote le visage avec son fil de micro, tire la langue à outrance, chante à deux micros, …), n’aurait pas été complet sans les changements de rôles incessants de ces derniers : le guitariste et claviéristes inversent presque à chaque morceau, comme si nous n’avions pas déjà été assez surpris. Plus classique, mais pas moins efficace pour autant, le chanteur n’hésite pas à venir à trois reprises dans la fosse l’air de rien, avant de conseiller au premier rang de se reculer avant de ne pas recevoir de coup. Mais notre voyage au pays de l’extravagance ne se termine pas là. Alors qu’ils s’apprêtent à jouer leur dernière chanson, la formation demande de choisir entre un riff rapide, et un gros riff. Le choix se porte sur le gros, et c’est comme cela que se décide la dernière chanson, qui clôture le show en apothéose, sur une note interminable, magistrale, qui nous fera presque oublier le son quasiment absent du micro durant le set. Une bonne découverte donc, à faire avant tout en live.

The Rattlesnakes font ensuite leur entrée, tous arborant une chemise à fleurs, suivi de Frank qui, lui, porte le costume floral complet. À peine le “Good evening Ladies and Gentlemen” prononcé par le chanteur, et le début du morceau entammé par les punks à fleurs que la foule est déjà en effervescence. De la sauvagerie à l’état pur, tant sur scène que dans le public. Séduit par ce qui est en train de se crée devant ses yeux, le frontman s’aventure sur les mains des premiers rangs pour se retrouver à chanter au dessus des têtes, promené par les fans qui ont la lourde tâche de le tenir. Le guitariste fera ensuite de même. C’est du partage à l’état pur. Et cette générosité est récompensée par l’attitude des fans. En effet, le vocaliste introduit la chanson suivante “Loss” en racontant la perte de son beau père alors que sa femme était enceinte de leur petite fille, l’expérience de la douleur confrontée à la joie, dans ce qui a été pour lui un passage difficile de sa vie… C’est alors que, tous assis en tailleur dans la salle, l’auditoire s’est tut, et a communié avec le groupe, sans téléphone, juste avec le cœur et les oreilles. “Je ne vais pas vous dire quoi faire car s’il y a des règles, ce n’est pas punk !” Avait il annoncé, mais visiblement, il n’a pas eu besoin de le faire. Faire taire une bande de punks agités en une seconde, il fallait bien s’appeler Frank Carter.

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Musicalement, on en prend pour son grade avec un “Blossom” joué entièrement, et avec de tels morceaux, il est difficile de résister à l’appel du pit qui nous écrase, nous agrippe. La formation manque même de déclencheur l’apocalypse en interprétant “Modern Ruin“, chanson titre de leur prochain album, définie comme “la fin de tout : dans ma famille, dans ma rue, dans votre pays, dans mon pays, dans le monde, dans l’espace…”, avant d’ajouter “assez intense, n’est ce pas ? Du coup, on va tenter d’apporter un peu de lumière à cela en stage divant autant que possible. Si vous ne l’avez jamais fait, c’est votre moment, mais faites attention à la personne qui vous réceptionne, et vérifiez au moins qu’elle soit au courant. Ne soyez pas cette personne qui va se prendre un coup de poing… Et choisissez intelligemment, une personne à qui vous pouvez faire confiance. Personnellement, je ne vais pas sauter sur ma petite fille car elle a deux ans, mais plutôt mon chien !”. Les gens se prennent tellement au jeu que lorsque le britannique demande de se baisser pour la chanson suivante, il est contraint d’ajouter en plaisantant “bon, maintenant vous posez le putain de Superman et vous vous asseyez !”.

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Le meneur n’en manquant pas une pour amuser la galerie, il poursuit en expliquant que la chanson suivante est “à propos de toutes ces choses dérangées, dégoûtantes et sexy dans [sa] tête, toutes ces pensées pendant [qu’il etait] en train de jouer ce soir”, et “que [nous] ne [voulons] pas savoir”. Sûr d’avoir réussi à nous séduire par ces mots, il prévient qu’il sera présent sur le stand de merch à la fin du show, pour prendre des photos, avec “[notre] nouveau groupe favoris”… mais surtout notre argent, “car une petite fille coûte très cher”. Ces mots lui vaudront une pièce d’un euro (“qui valent maintenant 10 centimes”) d’un fan au premier rang.

Mais tout n’est pas amour ce soir. Ou pas de la manière dont on le pense. Pour crier son amour à l’Humain dans ce qu’il a de plus beau, son amour de la vie, contre ceux qui la blessent, la formation joue “Paradise“, véritable hymne d’indignation contre le terrorisme, “en hommage à tous ceux qui sont, un jour, allés à un concert et n’en sont jamais ressortis”, bien qu’écrite bien avant ces événements… Le plus touchant, sera de se rendre compte qu’aux premiers rangs du concert de ce soir, des survivants du Bataclan sont présents.

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Poursuivant cette même idée, Frank prend de nouveau la parole : “On a tous ce quelqu’un un peu spécial pour nous… Cette personne que l’on déteste plus que tout. Pensez fort à cette personne. Cette chanson est pour elle. Vous savez quoi ? Je m’aime. Parce que je suis cette personne pour beaucoup d’autres. Et vous aussi.”. Sur ce dernier morceau, “I Hate You“, une dernière fois, tout le monde donne le maximum, une dernière sueur, un dernier cri, celui qui soulage de la rage, et nous fait nous sentir bien.
Quant aux gentlemen punks présents sur scène, on les sent véritablement heureux. Surtout Carter qui l’est indéniablement plus qu’à l’époque, et sa joie est contagieuse ce soir.

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Et même s’il n’aura pas eu son circle pit qui se coursait dans les escaliers et les étages de la Maroquinerie comme demandé, la version plus classique qu’il obtiendra (toujours mieux que celui aux Eurockéennes) sembla, somme toute, le satisfaire et, à entendre sa voix chargée d’émotions et les remerciements par rapport à cette abondance d’amour reçu à Paris, The Rattlesnakes a passé une soirée au moins aussi intense que la notre, à tel point de promettre de revenir “as soon as we fucking can”.

Frank Carter, en concert, c’est un don immense, de l’amour dans ce qu’il a de plus cru et vrai, entier, authentique. C’est une représentation de l’humain qui pique dans la chair. Finalement, ce que fait Frank Carter sur scène, c’est un peu ce qu’il fait chaque jour dans son métier de tatoueur : nous faire mal jusque ce qu’il faut, pour accomplir quelque chose de joli, pour donner de la saveur, de la couleur à la monotonie. À la seule difference qu’ici, le rouquin prend soin d’inciser dans l’âme, pour la rendre plus belle.
Et pour ceux qui regrettent de ne pas avoir été là, ou ceux qui ont déjà envie d’y retourner, n’ayez crainte, car la bande a déjà annoncé mine de rien sa présence au Hellfest 2017. Alors prenez vite rendez vous pour vivre une nouvelle explosion de joie, de couleurs, mais surtout de sentiments.

Merci à Elodie et HIM Media

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