EXPLOSIONS IN THE SKY + PAPIER TIGRE @ LE TRIANON, PARIS, FR – 09-06-16

La saison des concerts se termine, laissant place aux festivals de l’été en Europe. Des festivals que The Unchained va essayer de couvrir selon ses possibilités et disponibilités. Alors pour conclure cette première partie de l’année de la plus belle des manières, c’est un des groupes majeurs de la scène post-rock qui s’offre à nous. Et si on a tendance à dire que seul le contenu compte, on ne va pas bouder notre plaisir lorsque l’on sait que l’écrin parisien qui va contenir le son d’Explosions In The Sky n’est autre que le mythique Trianon, qui affiche logiquement complet. Et si les texans étaient venus seuls, c’eut été déjà très très bien, mais en guise d’amuse-bouche, c’est un génial trio français qui va nous être offert par Radical Productions en ce 9 juin : Papier Tigre.

Alors que les premiers rangs ont déjà été investis, notamment par une bonne grosse délégation d’Américains et d’Anglo-Saxons plus généralement, là pour soutenir le combo texan, c’est Papier Tigre qui investit la grande scène du  Trianon.

Bien qu’existants depuis un bon nombre d’années,  et malgré les excellents échos  parvenus à nos oreilles, on ne découvre que ce soir le trio nantais venu présenter The Screw, leur tout nouvel album sorti en avril dernier.  Premières impressions ? Mitigées, entre l’absence d’un bassiste et un gratteux à la moustache de hipster, les mauvaises langues que nous sommes sont sceptiques…jusqu’à ce qu’ils se mettent à jouer, avec un putain de groove qui va nous scotcher pendant toute la durée du set. Pendant… je ne sais plus, c’est passé tellement vite,  on va bouffer un mélange de math et d’art rock totalement indescriptible dans lequel on retrouve quantité de sonorités familières qui nous plaisent, du par exemple M dans la voix d’Eric Pasquereau (également guitare) sur le titre « Heebie Jeebies », sans compter ce riff qui vous attrape sans vous lâcher et vous fait battre immédiatement la mesure avec votre pied, efficace ! Dans « I’m Someone Who Dies » on retrouvera des sonorités plus britanniques, jusqu’à même parfois avoir l’impression d’entendre du Future of The Left, et ça fait un bien fou. On ira même jusqu’à entendre quelques relents doom, c’est dire.

 

Vous l’aurez compris, ça part un peu dans tous les sens, et les novices ne savent pas trop dans quoi Papier Tigre nous embarquent. Une chose est sûre, c’est qu’on y va volontiers. Le groupe se donne du mal, entre Eric qui se défonce sur sa  jolie Kickenbaker, et Arthur de La Grandière (guitariste à moustache) qui fait preuve d’une créativité assez dingue, jouant également des percussions à plusieurs reprises, et usant de baguettes comme archer, pour des effets bien sympas, autant que pour renforcer un peu plus un jeu de scène hyper dynamique.  On s’éclate, ça c’est sûr, et le dernier morceau ne fera qu’enfoncer un peu plus le clou avec une démonstration d’art rock technique maîtrisé, mais pas chiant car hyper inventif, notamment grâce à une rythmique pleine de frénésie menée par un Pierre-Antoine Parois (batterie) souriant et inspirée, avant de finir le set sur un beau bordel à la The Dillinger Escape Plan.

 

Comme je le disais plus haut, on avait pu lire et entendre le plus grand bien de ce trio. Après enfin avoir vu une de leur prestation de nos propres yeux, on ne peut que confirmer ces propos, et même être fiers de pouvoir trouver en France des groupes de cette trempe, hyper créatifs et qui semblent se foutre de toute forme de code ou de norme. Une bien belle claque, merci messieurs.

Une nouvelle fois, la première partie nous a bien mis en appétit, ça devient habituel avec les concerts de post-rock. Et tandis que le public commence à se rapprocher un peu plus de la scène, les roadies mettent en place un important système lumineux pour Explosions In The Sky qui arrivera sur scène quelques minutes plus tard pour effectuer les derniers réglages. Les Américains, très peu bruyants durant le set de Papier Tigre, voire pour certains totalement indifférents, commencent à s’exciter lorsque Munaf Rayani (guitare/clavier) va prendre la parole pour prononcer quelques mots bien venus, en Français de surcroît, avant de commencer. Sauf qu’on ne va pas commencer tout de suite car Chris Hrasky (batterie) va rencontrer quelques soucis techniques. Incident vite réparé, c’est tout naturellement  que « The Wilderness », premier titre de l’album éponyme va ouvrir le bal, nous laissant découvrir ce fameux rideau lumineux. On avait pu voir quelques extraits via Youtube, et force est d’admettre que c’est vraiment sublime, ou l’art de bichonner nos yeux comme nos oreilles.

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Et si la setlist est logiquement consacrée à leur dernier bébé, des albums plus anciens de leur discographie seront également mis à l’honneur, All Of A Sudden I Miss Everyone comme Those Who Tell the Truth Shall Die, Those Who Tell the Truth Shall Live Forever, histoire de contenter tout le monde, du fan le plus ancien à celui qui vient de découvrir les Texans. Le rideau de lumières a beau apporter une certaine magie, il ne nous aide pas à obtenir des photos nettes, après tout on ne peut pas tout avoir. On pense pouvoir continuer à shooter tout le long du set, sauf que ce qu’on craignait arrivera : groupe américain et Trianon obligent, on vient nous demander gentiment d’arrêter après le troisième morceau, dommage pour la suite. On va être alors obligés de simplement profiter (oui, je sais, c’est dur), et se contenter d’écouter et de regarder, tant pis pour les photos. Autour de nous, on remarquera un public ultra éclectique, c’est dire la capacité d’Explosions In The Sky à attirer un public varié, du fan de metal au t-shirt de Gojira à la petite asiatique qui va faire des photos avec son Polaroid rose bonbon, pour délivrer un message universel sans parole (d’ailleurs, pourquoi utiliser des mots quand des instruments de musique s’expriment aussi bien…)

La musique du combo a beau être de prime abord simplement « belle », elle n’en n’est pas moins technique et bourrée d’effets et d’expérimentations (il suffit de voir Michael James tenir sa basse comme pourrait le faire un gitan), on remarquera au passage que tous sont multi-instrumentistes, passant aisément du clavier à la basse, à la guitare…enfin vous avez compris.

*Pause : sur « Logic of a Dream » je viens de perdre 2/10e : l’américaine à ma droite vient de hurler une nouvelle fois*

 

Je reprends. On s’en doutait un peu, mais le son de ce soir est absolument parfait et rend pleinement justice au groupe, notamment lorsqu’ils décident de jouer à l’unisson un paquet de riffs typiquement post-rock, chair de poule garantie. Les morceaux, bien que longs, défilent à toute vitesse, alors qu’on se laisse transporter dans un set qui touche au sublime, aura du mal à trouver des défauts à une prestation comportant autant d’éléments qui frôlent la perfection. Pourtant, quand on croit atteindre un sommet, EITS décide de jouer « Colors in Space », sur lequel les lumières passent du monochrome à une multitude de couleurs, donnant parfois l’impression d’un paysage d’aurore boréale, nous émerveillant un peu plus. Malheureusement, ce n’est qu’avec notre téléphone qu’on aura le droit d’immortaliser ce moment, tant pis pour les absents, il fallait être là.  On a beau être dans un état semi-conscient, vous savez, cette sensation d’être « tout chose », les Texans continuent d’enchaîner, avec même du « tube », oui du « tube ».  Car si Maybeshewill, par exemple, possède son « He Films The Clouds », le genre de morceau qui vous permet immédiatement de les identifier, sorte de carte de visite musicale,  EITS possède aussi la sienne avec « Your Hand is Mine » avec sa mélodie et ses roulements de tambour si caractéristiques, avant d’envoyer un « Desintegration Anxiety » qui va faire exploser un public, en majorité plutôt sage jusqu’à présent. Un public hyper chaud, voire bouillant, autant que le groupe alors qu’on attaque la fin de la soirée et on se demande comment le quintet va être capable de conclure une telle prestation. Et comme pour montrer qu’ils font bien partie des seigneurs du post-rock, c’est par une toute dernière leçon du genre  que la soirée va se terminer, et le morceau « The Only Moment We Were Alone » jouant aux montagnes russes entre mélodies aériennes ascendantes et décharges d’énergie, jusqu’aux notes finales violemment sublimes…

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Sonné, le public mettra quelques secondes à se remettre de ses émotions avant d’applaudir pendant plusieurs minutes, espérant  et réclamant un retour du public sur scène, en vain, confirmé par Munaf, chargé de nous accueillir, aura également la lourde tâche de dire “au-revoir” à son public.

Explosions in The Sky aura réussi son coup, nous émerveiller, et pour rien au monde on aurait raté ce moment, tout comme Papier Tigre, plus qu’excellente révélation. Alors merci au Trianon, Radical Production,  et surtout à PIAS pour le pass photo.

Texte : Mats

Photos : Mel  pour Blumina Photography & Mats pour Mats L. Photography

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