GOJIRA – MAGMA

Impossible de passer à côté de Gojira, peut-être le groupe de metal français le plus connu et respecté dans le monde ces dernières années. Impossible donc aussi de passer à côté de Magma, leur sixième opus, qui sort le 17 juin chez les mastodontes de Roadrunner Records. Composé et enregistré dans le deuil suite à la disparation de la mère de Joseph (guitare, chant) et Mario (batterie) Duplantier, ce disque n’en est pas seulement une progression logique de leur death metal progressif, il est aussi hanté par la perte et le tourment, lui conférant une certaine lourdeur émotionnelle.

Gojira_magma_artwork

Les trois derniers opus des Landais étaient ouverts par des mastodontes (« Ocean Planet », « Oroborus », et « Explosia »), et c’est qu’on commençait à prendre nos marques. Alors dès les premières notes de « The Shooting Star », nous voilà bien déstabilisés. Un riff simpliste et répétitif servant une voix claire hypnotisante, c’est un choix intéressant pour débuter ce disque. Malgré une rythmique lente, cette chanson garde quelque chose d’intense, car l’intonation inquiétante de la voix renforce le côté sinistre de l’instrumentation. On enchaîne avec le deuxième single dévoilé au public, « Silvera », que j’ai déjà dû écouter une centaine de fois tellement j’ai été happée par l’envolée des accords qui composent le refrain et l’introduction. Les couplets ne sont pas non plus en reste, avec des riffs massifs accentués par une voix invective. Ajoutez à ça la polyrythmie du pont servie entre autres par Christian Andreu (guitare) et Jean-Michel Labadie (basse), des paroles entêtantes (« Time to open your eyes to this genocide / When you clear your mind you see it all / You’re receiving the gold of a better life / When you change yourself, you change the world »), et vous obtenez une des pépites de cet album. On ne parlera même pas du clip que vous avez tous très certainement déjà vu, mais au cas où :

La démence se poursuit sur la piste suivante, « The Cell », qui démarre en trombe sur un shred typique du groupe, réhaussé par une batterie vrombissante. Un morceau calé pour le live, tout comme « Stranded », premier extrait de l’album présenté au public. L’intro aux riffs catchy avec des effets de guitare hurlante vous embarque la tête la première dans le morceau. Les couplets vous font headbanguer, les refrains s’occupent du reste de votre corps, et l’interlude est joliement atmosphérique. Un travail complet qui ne sera pas sans rappeler « Vacuity » de l’album The Wall Of All Flesh (2008), la double en moins. Petite pause instrumentale en milieu de galette avec « Yellow Stone » aux accents très stoner-psyché.

Le morceau « Magma » est le plus long des dix titres qui nous sont offerts, et celui qui fera le plus d’effets. La principale ligne de guitare se fraie lentement un chemin à travers des harmonies pincées vers un refrain où Joe met une nouvelle fois à l’honneur sa voix claire. Lent et répétitif, avec quelques variations survenant par moments et notamment au niveau de la batterie lourdement syncopée, « Magma » est un monstre rampant d’une splendeur abrupte et cosmique. OVNI de l’album par sa durée, c’est le seul morceau qui est passé à travers les griffes des membres du groupe qui voulaient absolument épurer leur travail. Vient alors « Pray », très certainement le plus death metal de tout le disque, et résolument celui qui sera préféré par les fans de longue date du quartet. On y retrouve des éléments de post-metal atmosphérique entrelacés d’autres d’une intensité plus martelante. Les relents messugahesque du morceau permettent une bonne transition avec « Only Pain » où l’on retrouve la guitare hurlante, avant d’accéder à des couplets menés par la rythmique basse/batterie. On garde la barre de la lourdeur assez haute, même si le titre va en perdre certains au pont. L’avant-dernière piste (oui, déjà), « Low Lands », nous transporte dans les bas-fonds de l’univers de Gojira, avec quelques lignes de chant en Français (« Par-delà le ciel, par-delà le soleil ») sur fond de prog atmosphérique. La chanson culmine dans son troisième tiers, comme le dernier sursaut d’un homme mourant. La fin de la piste est en fait une introduction au dernier morceau, « Liberation », instrumental lui aussi (doit-on y voir un miroir avec « Yellow Stone » ?), qui déroute totalement avec ses percussions tribales, entraînant l’auditeur dans un bref instant solaire, et il porte très bien son nom. Au lieu de vraiment conclure le disque, il apporte plutôt un épilogue à cette histoire qu’est Magma.

Dans l’ensemble, Magma est le couronnement de la carrière de Gojira. Joe a gagné en maturité en tant que chanteur, nous présentant une grande amélioration de sa voix claire, qui est plus présente ici que dans n’importe lequel de leurs précédents disques. Avec Christian, ils ont créé des riffs pour le moins mémorables, saupoudrés d’effets variés qui rend chaque chanson différente des autres tout en gardant ce jenesaisquoi qui fait la patte de Gojira.  Mario maîtrise sa batterie avec prestance accordée à peu de batteurs, tout en laissant les lignes de basse de Jean-Michel s’entremêler avec une grande classe. Les quatre sont aisément audibles tout au long du disque, mettant en exergue leur modestie au service de leur travail. Roadrunner leur a semble-t-il laissé une totale liberté de composition et de production, et le label n’aurait pas pu faire meilleur choix.

Gojira, Magma, sortie le 17 juin 2016 chez Roadrunner Records

Texte : Charlotte Sert

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