RENCONTRE AVEC RACHEL ET STAIF DE ETHS

A l’occasion de la sortie d’Ankaa, nous avons rencontré Rachel et Staif du combo marseillais Eths. Quoi de mieux que le tout récent Dr. Feelgood de Châtelet (Paris) pour parler de renaissance? 

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  • Ankaa s’affiche comme l’album de la renaissance pour Eths. Pourquoi cette direction dans la composition ?

Staif : Il n’y a pas vraiment de pourquoi, c’est sorti du cœur en fait. Comme à chaque fois avec Eths, depuis le début, si tu écoutes notre discographie, au tout début on faisait du hip-hop ! (rires) On a toujours mélangé plein de trucs. Quand je réécoute certains vieux titres, on allait très loin dans la fusion de certains genres ! (rires) Ça a toujours été le créneaux. Sur celui-là particulièrement, étant le seul restant, il y avait beaucoup de réticences, donc je me suis dit que cet album c’était l’occasion rêvée de faire tout ce que je n’ai jamais osé faire concrètement. C’est pour ça que je suis allé aussi loin que j’ai voulu en essayant de ne pas trop freiner le truc. Y a quand-même certains trucs où je ne suis pas allé, ça aurait été dur pour certains metaleux.

 

  • C’est-à-dire ?

Staif : Bah si je m’écoutais j’aurais pu mettre un morceau complètement electro avec que du cri dessus ! Mais là il y a juste un passage, certains fans ça les horrifie (rires), ça aurait été dur ! Mais on a toujours revendiqué cette liberté de création. Donc il n’y a pas vraiment de « pourquoi ? » mais il est à l’image de ce qu’est Eths aujourd’hui.

 

  • A propos du titre, qu’est-ce qui se cache derrière Ankaa?

Staif : Derrière « Ankaa », il y a plusieurs choses. Il y a avant tout ce que c’est vraiment, à savoir cette étoile du Phénix, qui est en lien avec l’artwork et le groupe. Mais c’est aussi très personnel, car cet album est un processus de renaissance. La séparation [avec les anciens membres du groupe, ndlr] a été dure malgré tout, même si ça s’est bien passé, ça fait toujours mal. Ça faisait vingt ans que j’étais avec Candice et Greg l’ancien gratteux, donc me retrouver tout seul ça fait toujours bizarre. C’est un peu ce truc-là, à la fois personnel, et aussi qui, pour moi, est quelque chose de nécessaire à l’image de l’homme, de salvateur. Il a besoin de cette renaissance aujourd’hui. Notre civilisation est clairement… pas au début de la fin, mais bien au milieu ! (rires) Et pour finir, aussi ce qui m’a beaucoup plu dans « ankaa » ce sont les trois « a », qui me rappellent le symbole du triangle. J’ai une espèce de fascination pour les pyramides, les triangles, les chiffres…

  • Peux-tu nous parler un peu de la pochette d’Ankaa? Je ne suis pas arrivé à la déchiffrer !

Staif : Comme à chaque fois, c’est bien aussi que chacun ait son propre avis. Toi, qu’est-ce que t’en as ressenti ? Ça m’intéresse !

  • Oula ! Alors avec les deux triangles et l’étoile, le crâne, les écritures derrière, je voyais une sorte de sortilège d’un peuple perse… Une sorte d’invocation !

Staif : Y a un peu de tout ça ! Pour le coup, c’est Nicolas Sénégas qui m’a proposé ça. A chaque fois je lui laisse carte blanche ; je lui ai envoyé les titres et il m’a envoyé ça direct. Ça m’a scotché. J’ai juste fait rajouter le symbole du triangle dessus que je voulais. Mais sinon ce crâne sans les yeux j’ai trouvé ça génial. C’est ce que lui a vu dans les titres. J’ai un peu la lecture que tu as. Mais il y a aussi le côté « sans les yeux », le côté aveugle du matériel, le fait d’arriver à voir sans les yeux en allant au-delà. On peut y voir plein de choses. Et derrière, bien entendu, les mantras qui amènent un côté spirituel, et ce crâne qui peut être synonyme de mort, mais comme il n’a pas d’yeux et qu’il est scarifié ça pose encore d’autres questions.

  • Entre Dirk Verbeuren derrière les fûts et le featuring avec Björn Strid sur « Har1 », dans quelle mesure le groupe Soilwork a-t’il eu une influence sur la composition de l’album ?

Staif : A vrai dire, aucune ! Tout s’est passé une fois les morceaux déjà composés. Notre précédent batteur, Guillaume Dupré… C’est pendant l’enregistrement qu’on s’est dit, lui comme nous, que ça ne marchait plus trop. Lui était moins à fond que nous dans l’album, donc tout le monde s’est dit que ce serait mieux de faire autrement. Donc j’ai appelé Franky Costanza de Dagoba qui est de Marseille comme nous à la base, et il m’a dit : « L’album est terrible, je pense qu’il te faut un batteur de la trempe d’un Verbeuren ». C’est comme ça que je l’ai contacté. Dirk a adoré les titres, et du coup l’influence qu’il a eu est celle de n’importe quel batteur de session. Il a pris les séquences et a rajouté son groove, son truc, c’était juste génial. On aime beaucoup Soilwork, surtout Rachel qui écoute beaucoup plus que moi. Mais c’est un zikos qui m’a mis sur le cul, en plus humainement il est adorable. Et pour Björn ça s’est fait pareil, a posteriori. Ça faisait quelques mois que je travaillais avec Dirk et on cherchait un feat. sur ce titre justement en Anglais. On ne trouvait pas vraiment, et Rachel, qui était en contact avec lui sur les réseaux sociaux, un jour me dit « Björn m’a glissé en gros si on cherchait quelqu’un pour l’album… » parce que Dirk avait dû lui parler de l’album. Donc on a sauté sur l’occasion, et voilà ce que ça a donné !

Cover

  • Aussi simple que ça ! On remarque une grosse présence et influence de Sarah Layssac d’Arkan, comment s’est passée la collaboration avec elle ? Tu y pensais lors de la composition ou est-ce une idée qui a surgi par la suite ?

Staif : Oui, par contre Sarah c’est vrai que j’ai pensé à elle très tôt. Au début je voulais une voix comme ça, et c’est vrai que je la connaissais déjà, mais je n’avais pas pensé à elle. Je me disais « Je veux une Lisa Gerrard » [ex-Dead Can Dance, ndlr]. Donc j’en ai parlé autour de moi, et c’est Gunnar mon promoteur de chez Season Of Mist qui m’a dit « Bah ! Sarah Leyssac ! ». Je la connaissais très bien, donc je l’ai appelée, et ça s’est super bien passé. J’adore sa voix, donc elle a fait plein de voix sur l’album.

  • Il me semble que c’est toi Rachel qui as contacté John Howard de Threat Signal pour qu’il intervienne sur « Nihil Sine Causa ». Pourquoi lui en particulier et pas quelqu’un d’autre ?

Rachel : Comme Björn, je lui parlais de temps en temps, je suis très fan, c’est une des premières influences pour moi. Je rêvais trop de faire un feat. avec lui. Je lui ai proposé, et direct il m’a dit que ça l’intéressait!

  • De façon plus personnelle, y a-t’il des artistes avec lesquels vous souhaiteriez collaborer à l’avenir ?

Staif : Il y en a tellement, mais je n’oserai jamais les appeler ! Il y a Lisa Gerrard par exemple, mais bon faut pas rêver, même avec les plus grands elle n’en fait pas, donc avec moi je pense que ça serait dur. Je suis aussi très très fan de Nine Inch Nails, donc pareil un jour faire un feat. avec Trent, je crois que j’aurais du mal à m’en remettre ! (rires) Mais il y a plein de gens comme ça avec lesquels je rêverais de travailler, ou même des artistes electro. J’aime beaucoup l’electro, et il y a plein d’artistes que j’adore et avec lesquels j’aimerais collaborer pour justement mélanger ces deux univers. Donc il y en a beaucoup, mais pas forcément metal justement de mon côté.

Rachel : J’ai pas d’idées là…

  • Il y a beaucoup d’atmosphères différentes dans Ankaa, à tel point qu’on a du mal à le classer dans un genre particulier. Est-ce la prise en compte des goûts différents de chacun ?

Staif : Non là c’était vraiment personnel. C’était plutôt pour faire tout ce qui me plaisait, j’avais vraiment pour ambition depuis longtemps de produire un album, et surtout un de Eths, pour pouvoir justement me permettre d’aller à chaque fois dans une direction précise. Ça s’est fait vraiment au fil de la compo, mais à chaque titre où je trouvais qu’il y avait quelque chose, je l’ai poussée aussi loin que possible pour essayer de créer vraiment un univers propre à chacun. Ce truc se dégage parce que cette fois je ne l’ai pas commencé comme d’habitude par les guitares ou la batterie comme sur les anciens Eths où je composais déjà, là je suis parti des arrangements : les pianos, les synthés et toutes les atmosphères …

  • Ça me fait penser justement à la pochette, ce côté « autre monde » avec plusieurs voix qui te parlent…

Staif : C’est ça, je l’ai écrit seul mais à plusieurs ! (rires) J’étais le canal peut-être d’autres trucs sur certains titres, parce qu’il y a des choses où moi-même je vois une autre interprétation six mois plus tard ! Par exemple, il y a des textes que j’ai écrits, avec une idée, avec le peu de choses que j’ai vécues entre temps, le même texte me fait dire : « C’est presque comme si je me parlais à moi-même » ! C’est assez curieux comme expérience !

  • En 2014, après la sortie de l’EP Ex Umbra In Solem, Rachel, tu disais avoir très envie d’écrire des paroles pour l’album à venir. Ça n’a pas été le cas si je ne m’abuse, que s’est-il passé ?

Rachel : Oui ! En fait tout simplement, Staif avait déjà toutes ses idées et avait très envie d’écrire. Donc vu que moi je me sentais moins…

Staif : Voilà, on a essayé, mais ça ne venait pas…

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  • Du coup, a-t ’il été facile pour toi de t’approprier les différentes paroles d’Ankaa?

Rachel : Oui complètement, je me suis bien retrouvée dedans.

  • On remarque que tu as fait d’énormes progrès en chant clair, tu continues à prendre des cours ?

Rachel : Oui je continue à prendre des cours. Du coup dans l’album je ne fais pas tous les chants clairs. « Vae Victis », c’est moi, sur « Seditio » aussi. Après, il y a beaucoup de featurings.

  • Il y a quelques semaines Staif tu déclarais qu’Ankaa serait peut-être le dernier du groupe s’il ne marchait pas. Maintenant qu’il est sorti et que vous avez-pu avoir les premières réactions du public, êtes-vous toujours dans le même état d’esprit ?

Staif : Oui en fait je suis vraiment au cœur. J’avais besoin de faire cet album, maintenant qu’il est fait, faisons la tournée, et après on verra. Mais j’ai envie de faire tellement plein d’autres choses ! Ça bouillonne là ! Et surtout autre que le metal à vrai dire. Après si tout le monde nous veut, on ne va pas dire « non » non plus ! (rires) Je ne parle pas non plus d’arrêter le groupe. Mais ça va faire vingt ans que je ne fais que ça, que Eths que Eths que Eths, et là encore plus particulièrement, je n’avais pas envie de laisser le groupe mourir comme ça. On a sorti III, bon Candice, la vie a fait que malheureusement elle a dû arrêter, mais je ne voulais pas en rester là comme ça. Mais voilà maintenant l’album il est fait, c’est bien, on va faire la tournée, et après on va voir, je suis le fil, le cours de la rivière. On va voir !

  • Chez nous les prises de risque ont été très appréciées en tous cas ! Pour l’instant les retours que vous avez eus ont été positifs ?

Staif : Pour l’instant très, je suis même surpris de voir que tout le monde a compris l’album. Il est un peu trippé, il va dans tous les sens. Il aurait pu ne pas être compris du tout. Pour l’instant, je suis très agréablement surpris, les retours sont positifs tout le temps, les chroniques sont bien notées, donc ça fait super plaisir. Et je vois même de plus en plus d’anciens fans qui, déçus du départ de Candice, avaient un peu lâché, et qui me renvoient des messages pour me dire que ça leur donne envie de revenir en concert, ça fait encore plus plaisir ! Même si quand on lit des chroniques de gens qui en écoutent à la pelle toute la journée, ça fait plaisir d’avoir de belles notes comme ça !

  • Rachel, tu dis être quelqu’un de très timide, et ça t’a pénalisé pour les live dans tes débuts avec Eths. Ça va mieux maintenant ?

Rachel : Ahah ! Oui ça va mieux ! Je suis toujours timide hein, mais bon ! J’ai beaucoup travaillé là-dessus, et vu que maintenant il y a des morceaux qui me ressemblent un peu plus… j’aimais beaucoup les anciens morceaux, mais là au moins je fais ce que je veux dessus et du coup oui, je me sens mieux !

  • C’est l’album qui t’a débloquée niveau live ?

Rachel : C’est le temps surtout ! Quand on débarque et qu’on ne connaît rien, c’est moins facile.

ETHS-2015

  • Peut-on espérer voir un clip apparaître prochainement ?

Staif : Tout à fait ! On en a shooté un il y a quelques semaines, « Nihil Sine Causa », et là il est en cours de montage. Donc très prochainement il va arriver. Et surtout, j’espère en cliper un paquet sur l’album. Le plus possible à vrai dire !

  • Dans l’esprit de la pochette ?

Staif : Non pour le coup, j’ai envie que chaque clip corresponde à chaque titre. Chacun a un univers particulier et est assez pictural. Quand je compose je le vois de façon très imagée, comme un tableau. J’ai des images assez précises de chaque titre, comment il faudrait le cliper, quelle ambiance, quel scenario. J’aimerais vraiment pousser le truc encore plus loin !

  • Le prochain est prévu très rapidement ?

Staif : J’espère ouais ! Après c’est des histoires de moyens malheureusement ! (rires) Encore et toujours le pognon…

  • Ankaa était en streaming sur beaucoup de médias étrangers en avant-première, avez-vous du coup prévu de tourner à l’étranger prochainement ?

Staif : Oui aussi ! C’est surtout grâce à Season, notre label, qui a un gros rayonnement à l’étranger et qui nous en fait profiter.

  • Et les retours des médias étrangers ont-ils été différents ?

Staif : Non, c’est pareil. Et c’est presque encore plus gratifiant puisque là-bas on est souvent complètement inconnu. En France on a un passif. L’autre fois j’ai vu une chronique autrichienne, en plus passée à Google Trad, on ne comprenait qu’à moitié, mais en substance il disait un peu ce que je lis là, qu’il avait aimé l’éclectisme, la prod, que le truc était bien ficelé, que c’était une belle histoire. Donc ça fait très plaisir. On a fait une interview aussi avec Metal Hammer Angleterre où on a eu de super beaux compliments de la journaliste. Pour l’instant il est très bien reçu partout en fait, c’est cool !

  • Je vous laisse le mot de la fin !

Staif : Merci à toi pour l’interview ! Merci à tous ceux qui ont laissé la chance au groupe et à l’album d’y prêter leur oreille. Après, ça plaît ou pas, mais comme on dit aux enfants : « Il faut goûter avant de dire « j’aime pas ! » ! »

Interview réalisée par Anthony et Charlotte. Retrouvez notre chronique d’Ankaa ici.

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