DEAD POOL – TIM MILLER (2015)

Il y a des caractères de comics qui méritent qu’on leur apporte une attention particulière, tout simplement parce qu’ils ont un potentiel d’adaptation cinématographique tellement  incommensurable qu’on ne peut le mettre entre tous les mains ou pieds, ou studios tout simplement. Bref, certains connaissent ou se rappellent donc de Spawn (haute puissance sombre et haute bouse cinématographique), Ghost Rider, The Crow, Blade, Kick Ass et autres. En gros du Rated en veux-tu en voilà, avec des réussites (peu) et des ratés (beaucoup) mais surtout une lignée d’anti-héros dans laquelle arrivait donc Deadpool. Arlésienne de l’adaptation cinéma, patate chaude des studios qui au final sera portée par une communauté de fans invétérés pour enfin avoir une adaptation digne de ce nom, car on oublie tout de suite son petit passage chez Wolvie. Et bien qui est-il ?  Tout d’abord Wade Wilson ancien militaire devenu mercenaire, humour grinçant, un vrai connard de première avant de devenir Deadpool un psychopathe mégalomane, imprévisible et doué autant d’humour que d’inventivité dans la cruauté un mec totalement à part dans l’univers Marvel. Un bijou pour les esprits barrés et une inventivité exacerbée. Est-ce qu’on a pris notre pied ?

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Alors je vais tout d’abord vous éviter le débat R-Rated blablabla car cela risque de ne pas être constructif et on va s’attaquer directement au pourquoi du comment… Le film cartonne partout, certes, je veux bien mais ça n’empêche pas que succès commercial n’est pas synonyme de succès critique et sérieusement ça servait à rien de me chauffer avec des teasers qui savaient faire monter la sauce pour finalement donner ce résultat assez tiède…  Alors que pourtant c’est sur du haut label rouge qu’on travaille là, on se devait d’avoir quelque chose de gourmand croquant ! Et bien au final c’est bien croquant au début mais il manque le gourmand… Je vous explique, et ça n’engage que moi même si au final…. Je conclurais avec un oui MAIS… (soulignons l’importance du “mais”).

Ça partait bien pourtant, un début tonitruant, un générique bien poilant et des idées qui te permettent d’espérer, une bonne demi-heure qui en annonce beaucoup et pourtant, un film c’est presque deux heures et la route est longue…  Nous sommes dans une “origins story” des plus lambda et c’est là que le bât blesse. Le pitch : après avoir subi une expérimentation hors norme qui va accélérer ses pouvoirs de guérison, il va devenir Deadpool. Armé de ses nouvelles capacités et d’un humour noir survolté, Deadpool va traquer l’homme qui a bien failli anéantir sa vie. Oui ça percute et ça fuse pendant un petit moment, mais on s’essouffle assez rapidement  pour s’enliser dans l’auto-parodie d’un scénario et d’une idée qui aurait pu faire énormément de ravages.

Bien sûr, vous allez me dire qu’on ne doit pas s’attendre à du Iñárritu, c’est du Marvel… Et bien non, on s’attendait à voir le plus barré des barrés (en tous cas c’est ce qu’on m’annonçait) et au final ça devient un mec assez sympathique ce Deadpool 🙂 🙂 cœur,cœur. Je ne vous fais pas le récapitulatif de ce que c’est un anti-héros mais je trouve qu’on y est pas trop là. Enervé certes je le conçois, assez barré ouais mais pendant un moment, après on rentre dans le rang et on alterne pour balancer du tout est bien qui finit bien… L’Amour… Non mais sérieux… Drôle d’idée tout de même  pour un personnage censé être psychopathe mégalomane et complètement imprévisible. Tout le monde a droit à l’amour mais quand même… Il y a des limites.

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Ryan Reynolds se rattrape de son foireux Green Lantern et gère ; on sent qu’il s’éclate comme un petit fou quand on connaît son gout pour les comédie. Son talent pour jouer la folie et les psychopathes se confirme (The Voices, bijou d’humour VRAIMENT noir) et pourtant il  fait un peu du sur-place avec son personnage tout à fait dédié où il aurait pu exprimer au mieux ce grand n’importe quoi qui règne dans sa tête.   On casse les codes belle gueule, homme parfait, et on devient une gueule d’anus et un vrai connard mais par contre bien marrant, c’était le but….  Oui, les punchlines fusent tout de même pendant un moment et elles sont quelques unes dotées d’une très bonne répartie, certains clin d’œils et  dérisions des films du genre sont cools et sont surtout servies par le talent comique de Reynolds, mais malheureusement inégalement inspirées, le tout  commence à sentir le déjà vu quand on les répète un peu (trop ).

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Mais surtout, quand la lignée de seconds rôles n’arrive pas à suivre le rythme ça donne une dynamique en dents de scie et ça se ressent vraiment quand tu ne portes pas une attention particulière au casting. Morena Baccarin (Gotham, Homeland, V), actrice de seconde zone surtout là pour jouer le cliché parfait du grand amour du personnage principal, recrutée pour sa plastique et…. on s’arrête là. Quant au bad guy (censé l’être) le soi disant Ajax, incarné par Ed Skrein, et bien d’une inutilité profonde et sans réel intérêt…. J’en ai connu des bad guys inutiles et bien il est aussi à mettre dans la liste… Même si Spawn était décevant, le Clown quant à lui était bien fun ! Ajax est juste là pour nettoyer le sol (c’est facile, je sais)…  Sur ce, tout est dit, mis à part qu’on regrettera la présence des deux X-Men peut-être un peu mal placés quand on connait les relations des deux partis dans le comics….

Des regrets et des idées qui tournent vite en rond et dont l’enchaînement s’essouffle assez rapidement par manque d’audace. En partant juste de cette idée du quatrième mur propre au comics, elle devient ici sous exploitée et volatile avec tristesse, alors que cela aurait permis de rendre  le film encore plus loufoque et anti-conformiste (idée idéalement exploitée par le film d’animation loufoque de chez Disney qu’est Kuzco l’empereur mégalo, et bah ouais).  On dérive dans une structure foutrement classique de films du genre (le comble étant donné que c’est la principale cible des private jokes du film…) ce qui entérine la capacité à rendre ce film irrévérencieux comme on pouvait s’y attendre. Tim Miller qui se retrouvait à la tête d’un film riche en possibilités se veut ici frileux, bloqué peut-être par ce qui est son gallon d’essai et le non-droit à l’erreur, mais le souci c’est que ça se ressent et la réalisation s’assagit et rentre dans le rang pour s’enfermer dans une mécanique qui ne fait plus effet passé l’heure. Perdu dans un montage un peu fouillis, ne maîtrisant pas tout les paramètres et les idées au mieux, Miller ne surprend pas et visuellement ne sait plus sur quel pied danser, desservant le film et nous rendant tout simplement une bonne copie. Mention: passable, mais des efforts à faire…

Alors le “ouais c’est trop génial, ça part dans tous les sens, il est vicieux, il est marrant etc etc” et bien pas tant que ça…  J’en ai connus des mieux… ou pire, ça dépend de points de vue… Au final Deadpool n’est pas un film raté, loin de ça, il y a du mauvais esprit, un désir de liberté mais encore un trop gros respect des conventions. On reste inéluctablement dans le moule à gâteaux de la maison (industrielle) Marvel tout compte fait. De la matière, une bonne recette mais le gâteau ne lève pas tant que ça et retombe comme un soufflé. Du divertissement sympa le temps d’une soirée mais qui ne restera pas dans les annales des plus badass et putain que ça c’est  chagrinant !!

Deadpool, Tim Miller, 2015, 2h48, production americaine, canadienne, sortie le 10 février 2016.

Acteurs principaux: Ryan Reynolds, Morena Baccarin, Ed Skrein

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