LEGEND de BRIAN HELGELAND

Legend est le nouveau long métrage de Brian Helgeland avec Tom Hardy. Un an après Fury Road, il semblerait que l’acteur continue de progresser dans le sillage de Mel Gibson. En effet, Brian Helgeland est à la fois un scénariste de renom (Mystic River, Créance de Sang, LA Confidential,…), mais aussi le réalisateur d’une très bonne série B, Payback. Avec Mel donc. Pour Legend, il porte la double casquette de réalisateur et scénariste.

 

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Double emploi également pour son acteur, puisqu’il incarne les frères jumeaux Kray. Les Kray Brothers sont des figures emblématiques du grand banditisme londonien. Si d’apparence, ils se ressemblent beaucoup, leur psychologie est tout autre. Ce qui est plutôt malin à exploiter à la fois d’un point de vue scénaristique, mais aussi dans la mise en scène. Tom Hardy prouve à nouveau qu’il est sûrement l’un des meilleurs acteurs de sa génération. Son interprétation de Reggie et Ronald Kray donne l’étrange impression que Marlon Brando et Paul Newman pourraient se donner la réplique. C’est dire à quel point il réussit à donner vie à deux personnages totalement opposés et propose une double performance exceptionnelle.

 
L’approche de Brian Helgeland divise les avis d’un bon nombre de spectateurs. D’Howard Hawks à Martin Scorsese, de Brian De Palma à Quentin Tarantino, les films de gangsters sont nombreux, mais ont souvent leur propre identité. Ils ont également leurs références et citations, mais possèdent de nombreuses qualités qui continuent à fasciner les amateurs du genre. Si la bande annonce vend un film proche de l’univers de Guy Ritchie (Rocknrolla ou Snatch), il faut s’attendre à voir autre chose. Il faut s’attendre à voir un film de Brian Helgeland.

 


Certains pourront être déçus que le réalisateur ne se détache jamais assez du « Petit Scorsese illustré » à l’écran : utilisation de la voix off, une bande originale rock ‘n roll tintée 60’s ou encore avec certains plans… Le plan séquence d’entrée dans le club de Reg avec sa compagne fait directement penser à celui des Affranchis, dans lequel Henry Hill introduisait Karen dans le milieu du banditisme. D’autres pourront lui reprocher de dépeindre de façon sommaire ses personnages secondaires et de présenter des arcs narratifs sans jamais vraiment les approfondir (la filiation mafieuse avec les familles italo-américaines ou les scandales politiques) comme le faisait Sergio Leone dans Il était une fois en Amérique. Legend ne dure pas 4h non plus. Enfin, le film n’est jamais aussi débridé et cartoonesque comme chez Tarantino et Ritchie.

 
Legend n’est pas une fresque historique, même si la reconstitution des années 1960 est belle et réussie. Les rues aux pavés et briques rouges, les voitures et les costumes, les clubs et les usines abandonnées confèrent au film un look criant de réalisme. Brian Helgeland passe en revue toutes les séquences que l’on peut attendre du genre. La rencontre entre le mafieux et sa future compagne, la présentation de ses acolytes, les nuits dans les clubs, le jeu du chat et de la souris avec la police, ses allers et retours en prison, son ascension et sa chute inévitable. Le scénario est très bien construit et documenté. Une fois de plus son auteur a basé son travail sur des romans : Les Jumeaux de la violence, Londres dans la nuit et C’est rapé, frangin, Londres dans la nuit de John Pearson (ancien assistant de Ian Flemming). C’est une recette qui semble souvent fonctionner pour le genre, il avait déjà adapté un roman de James Ellroy avec L.A Confidential. Comme d’autres l’ont fait avant lui : Howard Hawks avec Armitage Trail (Scarface) ou encore Martin Scorsese avec Nick Pileggi (Les Affranchis, Casino). Tout ce travail d’écriture au préalable permet de conférer au film, à la fois son identité mais aussi une certaine crédibilité.

 

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Legend se démarque par un choix intéressant dans la narration. Celui de placer Frances (Emily Browning), la compagne de Reggie, au centre du triangle affectif. Pour une histoire se déroulant dans les années 1960, soit dans une société très machiste et où la femme ne récoltait que peu d’égards, il est intelligent d’avoir donné la parole à ce personnage qui partageait la vie de ces deux malfrats. Porter le regard d’une femme à l’écran permet de traiter Ron et Reg de manière équitable, mais aussi de donner un regard extérieur sur leur comportement. Le spectateur se rendra vite compte que chacun a une personnalité bien différente. Le réalisateur peut ainsi aborder deux facettes du grand banditisme, avec celui qui se veut homme d’affaire et l’autre qui cherche à régner en patron de la pègre. Cependant, tous deux sont de véritables salopards. Le scénario s’intéresse souvent à leurs similitudes. Les patrons de la mafia ou des affaires sont des semblables, ils fréquentent les mêmes endroits, sont tous assoiffés de pouvoir et ne trouvent que rarement une réelle satisfaction dans leurs occupations.

 
Une séquence en est particulièrement marquante. Lorsque Reg sort de prison, il est furieux de voir que les affaires marchent mal et son frère psychotique Ron en est le principal responsable. S’en suit une baston entre frère jumeaux impressionnante par laquelle le cinéaste semble traiter les conflits internes d’un même personnage. La gémellité des personnages n’est donc pas utilisée comme un simple gadget, mais dispose de réelles qualités cinématographiques et Brian Helgeland prend un malin plaisir à la mettre en scène.

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Legend est un film de gangster plutôt conventionnel dans sa réalisation, mais possède de très bonnes idées cinématographiques. Brillamment interprété, Tom Hardy porte le film sur ses épaules mais est également accompagné d’un casting intéressant : Emily Browning dans le rôle de la compagne de Reg, mais aussi de nombreux seconds rôles  comme Christopher Eccleston (Cracker, 28 Jours plus Tard) en détective de Scotland Yard ou encore Taron Egerton, jeune acteur anglais découvert récemment à l’international dans Kingsmen. Le tout est souvent passionnant, noir et violent mais parfois drôle aussi. Brian Helgeland réalise donc un divertissement haut de gamme dans la juste lignée de Payback.

 

Texte : Arnaud

 

Brian Helgeland – Legend, sorti le 20 janvier 2016

 

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