HANGMAN’S CHAIR – THIS IS NOT SUPPOSED TO BE POSITIVE

C’est avec un peu de retard, certes, que j’ai jeté une première oreille sur le dernier Hangman’s Chair, mais il y a un moment pour tout comme on dit si bien, et là ce fut juste adéquat.  C’est dans des conditions particulières dont je vous ferais grâce, mais tellement en adéquation avec ce son qui commençait à se diffuser et s’emparer de mon état du moment.

hangmanschair-thisisnotsupposedtobepositive500

Le groupe de sludge parisien, qui s’est écrit un chemin à part dans le paysage français, et ceci dès sa naissance à travers la rencontre des membres de deux groupes plus affiliés métal tels L’Esprit du Clan et Es La Guerilla, arrivait donc avec un nouveau label bien connu des amateurs de bûches, Music Fear Satan,  pour un nouvel album qui n’en promettait pas moins. Ma découverte de  ce This Is Not Supposed To Be Positive était tout simplement, malgré le pléonasme et la relativité de la situation, “parfaite” à ce moment-là, reflétant parfaitement ce qui se passait. Désabusé, loin, seul et perdu, et ce n’était pas du tout positif.

“Dripping Lowe”, le premier extrait dévoilé par le groupe te noie sous ces vagues sonores provocatrices et enivrantes, t’éloignant ainsi de toute lumière naturelle. Un sludge froid mais attirant par ses vagues et ses riffs sensuels. Cette lumière glaciale nous attire pour mieux nous isoler. La vidéo dévoilée ne nous trompe pas, Paris est cette beauté froide qui incarne toute cette mélancolie musicale.

Au lieu de se faire compact et poisseux version bayou comme nombreux le feraient, l’urbain et le charme empoisonné prennent place avec Hangman’s Chair, qui  développe une musique plus brumeuse, aérienne mais tout en gardant cette lourdeur, incarnant au mieux la  solitude, seul au milieu de tout ce monde. La beauté du chant de Cédric est juste vertigineuse ; mise en avant au sein de la production, elle nous  accompagne autant dans ces abîmes que les hauteurs de la solitude sur lesquelles il t’emmène, faisant ainsi chavirer le bateau de l’âme naviguant éperdument dans cette tempête. “Requiem” en est le plus bel exemple : mélodique tout en étant aérien et lourd à la fois, une touche grunge torturée de chez Alice In Chains  ou Soundgarden ressort par moments, on côtoie tout simplement la beauté, celle qui nous touche au plus profond comme avec cette ballade déprimante sur “You Stone” 

L’âme et le corps ne font plus qu’un, et le ressenti se veut complet. L’angoisse et la désolation s’accroissent à chaque titre, la solitude nous entoure et chaque morceau touche par sa splendeur et surtout à travers la bouffée d’émotions qui surgissent et étouffent le peu d’espoir auquel on se raccrochait…  Les compostions sont travaillées avec justesse, et chaque partie offre son lot de noirceur attirante ou d’infimes lumières.  Les transitions au sein de titres entre la froideur et la lourdeur  du sludge et ce côté atmosphérique qui en devient imperceptible, intégrées pour que le groupe trimbale notre âme en peine à travers ce spleen qu’est le nôtre et les seuls à pouvoir combattre.

Les parisiens prennent des libertés et apportent leur touche au genre, exprimant cette lourdeur écrasante de la métropole. Ici c’est Paris, ses façades peuvent être envoûtantes mais vous risqueriez de vous brûler les ailes comme plus d’un et vous retrouver sur son bitume glacé dans cette misère flagrante. On atteint ainsi les profondeurs abyssales de la dépression sur “Save Yourself” qui cloue sur place avec sa rythmique lourde et nous abandonne à notre triste sort sur son final qui nous achève, perdu au milieu de tous, déambulant sans but et sans endroit ou aller.

“Les Enfants Des Monstres Pleurent Leur Désespoir” offre une parcelle de repos entre un blues glacial et un post-rock sombre mais à l’infime parcelle de chaleur qui se dévoile avec parcimonie en son fond.  On sombre tout d’abord pour être ensuite déchiré par ses émotions, et renaître peut être ? Emparés par cette force ténébreuse qui nous empoisonne, le deuxième acte après cette interlude musicale donne un nouvel espoir caché derrière cette ombre compacte. Ce n’est pas pour cela que Hangman’s Chair fait dans l’optimisme. Non, loin de ça. On laisse exprimer le viscéral le plus profond, et l’atmosphère est ici plus déchirante, chargée en émotions. Le combat est interne face à cette violence, les riffs toujours aussi écrasants mais la mélodie se veut beaucoup plus lumineuse sur “Flashback”, le cœur réchauffé par une sorte de cette aura comme l’aube ensoleillée après les ténèbres pesants. Même “No One Says Goodbye Like Me” n’est qu’un au revoir à cette tristesse et ce  spleen qui font partie de nous mais avec lesquelles on doit apprendre à vivre au sein de toute métropole déshumanisée.

Alors qu’on se sentait perdus, déchirés au bord du gouffre, au sein de ce deuxième acte,  Hangman’s Chair apporte une palette émotionnelle plus dense et combat  avec une espérance derrière toutes ces ombres latentes avec “Dope Sick Love”, le titre qui s’en retrouve le plus dense, entre son blues doux et amer sur ces quelques notes qui se muent progressivement en s’alourdissant. Tu as compris, il faut savoir vivre avec, car nous sommes nous-mêmes ombre et lumière, et c’est avec ce final  musical sur “Rouge pour le sang, Bleu pour la grâce” que la rémission viendra après cette étape certes douloureuse, mais obligatoire car le résultat en est encore plus beau.

Nous ne sommes plus dans ce son lourd et poisseux, tout en évolution. Hangman’s Chair exprime dans cette oeuvre totale une atmosphère qui se retrouve autant sur le pavé crade après minuit ou au sein de ces beaux quartiers pourris jusque dans la pierre que dans cet air empoisonnant et suffocant. On se fait facilement bouffer mais on en redemande. Défi avec la vie ? Qui sait ?  Le groupe offre ici une oeuvre à la hauteur de ces peintres réalistes du XIXeme siècle, cette  réalité urbaine et ce parfum de la Ville. Dans un album sublime, envoûtant tout en étant sombre, froid, offrant ainsi ce double visage à l’image de cette ville lumière. Une réussite incontestable.

 La littérature a Charles Baudelaire et son Spleen de Paris intemporel, aujourd’hui nous avons  Hangman’s Chair avec This Is Not Supposed To be Positive, chef d’oeuvre en devenir.

Hangman’s ChairThis Is Not Supposed To Be PositiveMusic Fear Satan, sortie le 15 septembre 2015.

Texte: Anthony

Leave a Reply

Please log in using one of these methods to post your comment:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

w

Connecting to %s