CLUTCH – PSYCHIC WARFARE

Le Stoner Metal est un genre qui est resté confidentiel pendant des décennies. Aujourd’hui, quelques fers de lance connaissent l’apogée de leur carrière et apparaissent soudainement aux yeux du « grand public » (je mets des guillemets parce que bon, ça reste tout de même relatif), comme les Red Fang qui font la joie des late shows américains, ou bien les Clutch, dont les concerts sont sold-out des mois à l’avance. Ces derniers viennent de sortir leur onzième album (oui, déjà), Psychic Warfare, et avec la claque que je me suis prise, je ne pouvais pas ne pas vous en parler.

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Il y a de ces fêtes dont on se souviendra toutes notre vie, et qu’on aime à raconter, raconter, et raconter encore accoudé à un bar. Ces fêtes qui ont eu ce quelque chose d’hilarant, ce quelque chose de complètement fou, mais aussi ce quelque chose de terrifiant. Ces fêtes où le Diable en personne a passé la porte avec une bouteille de Tequila dans une main, une bouteille de Whisky dans l’autre, et la ferme intention de te faire payer le lendemain. Miraculeusement, rien de grave n’est arrivé, mais on se demande encore aujourd’hui comment on a pu être épargné. Et bien Psychic Warfare, c’est un peu comme si Neil Fallon (chant/guitare) te racontait l’une de ces fêtes.

L’album commence sur un monologue kubrickien en guise d’intro sur « The Affidavit » (littéralement La déclaration sous serment, ndlr), et enchaîne très rapidement sur « X-Ray Vision », un incroyable mix de paroles complètement WTF sur un type qui fait invoque les esprits de Ronald et Nancy Reagan dans un motel, et de riffs urgés et bien crusts. Cette chanson a d’ailleurs inspiré le titre de l’album, car on le retrouve dans le refrain (« Telekinetic, dynamite / Psychic warfare is real / You better believe me brother / X-ray vision »). « Firebirds », ses sing-along et son rythme plus qu’entraînant, nous envoient direct sur la piste de danse ; ne l’écoutez pas au bureau, vous risqueriez de vous faire remarquer. Psychic Warfare est truffé d’hommages au classic rock, et on s’attend à entendre tout d’un coup Jimi Hendrix nous susurrer « Hum… Foxy Lady » après le riff d’intro de « A Quick Death In Texas », ou Pat Benattar onduler sur la guitare à la limite du funky dans les couplets de « Your Love Is Incarnation ». Cette dernière traite du fait de s’être amouraché de la mauvaise nana, surtout quand elle vient tout droit des abysses de Salem comme dans « Sucker For The Witch » qui la précède, avec son rythme très rapide et ses sonorités typiques du Clutch moderne.

Petite pause avec l’instrumentale « Doom Saloon », dont les guitares fumantes donnent le ton à « Our Lady Of Electric Lights », parfaite balade mélancolique de bikers avec une touche de vampirisme dans les riffs du pont. Tout comme son prédécesseur Earth Rocker, Psychic Warfare a été enregistré par le producteur Machine (Lamb Of God, Suicide Silence, Crobot) mais cette fois-ci au Texas, ce qui a très certainement inspiré  ces deux chansons,  tant on est là dans les stéréotypes du blues qui transpire les plaines désertiques.  A ce stade de la fête, t’en es clairement au moment où t’as tellement bu que tu te sens pas bien. Et là, un pote débarque, te met ses deux doigts dans la bouche, et c’est reparti pour un tour ! « Noble Savage » fait la part belle à la batterie de Jean-Paul Gaster et au manche endiablé de Tim Sult. Côté paroles, on est à la limite de l’ode à Lemmy Kilmister, et clairement dans la revendication d’un lifestyle totalement rock’n’roll dont ils ne s’excusent pas. « Behold The Colossus » pourrait être l’hymne d’une milice de metalheads prêts à conquérir le monde, avec des réminiscences d’ « Emerald » de Thin Lizzy dedans. Si « Decapitation Blues » n’est pas la chanson que l’on retiendra le plus de ce disque, elle met en évidence le brio avec lequel Machine a réussi à allier la voix de Fallon à la batterie de Gauster, mais aussi les riffs de Sult à ceux de la basse de David Maines, tout ça en même temps, merci, circulez y a rien à voir, et excusez-nous du peu. Et alors que tu rentres chez toi, les pâles rayons de l’aube se posant sur ton visage, les Clutch te bercent pendant 6:05 au son de « Son Of Virginia », un blues électrique, lent et mélancolique qui a un petit quelque chose des Doors.  Je dois vous avouer que je n’ai pas vraiment saisi cette chanson, qui cela dit en passant semble avoir été écrite avec autant de cœur que de folie, mais elle fait apparemment référence à un événement qui s’est produit le matin du 1er novembre 1998. Je n’ai d’autant pas saisi que le groupe est originaire du Maryland, donc si vous en savez plus, n’hésitez pas à nous en faire part en commentaire. Quand la chanson s’arrête, le narrateur revient, refermant l’album par un « Merci pour votre temps, bonne nuit ».

Après deux décennies d’existence et dix albums, on aurait pu s’attendre à un disque qui pue le réchauffé, n’apportant rien à une discographie déjà bien dense. Et pourtant, avec Psychic Warfare, les Clutch signent peut-être là le meilleur album de leur carrière. Dans un élan de « born to lose and live to win », ils nous envoient leur talent en plein dans la figure, et ce jusqu’au bout de la nuit. Je ne trouve rien à redire à ce disque, et l’écoute en boucle depuis quelques jours. Si vous n’avez pas encore pris le train Clutch en marche, c’est le moment.

Texte : Charlotte

Clutch, Psychic Warfare, sorti le 2 octobre 2015 chez Weathermaker Music.

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