TERROR – THE 25TH HOUR

Le hardcore est un genre typique des années 1990, tant et si bien que les fers de lance de ce mouvement peuvent se targuer d’avoir au moins vingt-cinq belles années de carrière derrière (et peut-être devant ?) eux. On pense évidemment aux monstres de Madball, Agnostic Front, Hatebreed, Biohazard ou H2O par exemple, dont la renommée n’est désormais plus remise en question. Certains diront que le genre s’est arrêté là, se prenant en pleine gueule le bug de l’an 2000. Et pourtant, au XXIème siècle, il y a eu quelques pépites qui sont apparues, et qui ont su s’imposer au milieu de ces mastodontes. Parmi elle, il y a Terror, dont la dernière galette, The 25th Hour, est notre album du mois chez The Unchained.

terror25thhour

Terror est né sous le soleil californien en 2002, rejoignant les rangs déjà bien fournis de l’armée du Los Angeles Hardcore, et en est aujourd’hui à son sixième album studio. Dans un bon nombre d’interviews, Scott Vogel, leur charismatique frontman, n’a eu de cesse de répéter que cet album serait le plus énervé de leur discographie, en écho aux « temps difficiles dans lesquels nous sommes actuellement embourbés ». Pour vous prévenir, nous n’avons pas fait la demande en avance de l’album auprès du label. Je l’ai pré-commandé comme tout bon fan qui se respecte et ai patiemment attendu de le recevoir dans ma boîte aux lettres, ce qui vous explique : 1/ pourquoi cette chronique ne sort que maintenant, 2/ pourquoi il va être difficile pour moi d’être totalement objective (si c’est seulement possible dans notre boulot).

Ce disque a deux gros défauts. Le premier est son côté « retour aux sources » dans la production. Si ce petit goût « true » est appréciable dans l’ensemble, la batterie de Nick Jett sonne un peu trop crust, comme si le temps avait manqué et que son mixage avait été fait à la va-vite. Impératifs de timing ou choix assumé (notons qu’ils ont quitté Century Media pour Victory Records entre temps et que ça n’a peut-être pas été sans conséquences sur l’enregistrement), pas sûre qu’on ait la réponse un jour, mais dans tous les cas, ça fait tiquer. Le deuxième souci avec cette galette, c’est qu’elle ne dure que 22 minutes. Alors oui, le hardcore, digne descendant du punk à ce niveau-là, n’a pas l’habitude de produire des morceaux de dix minutes contrairement aux copains progueux, mais là, on se retrouve à l’arrêt de la lecture à hurler « HEIN ?!?! DEJA ?!?! ». Si sur la plupart des tracks on s’en accommode parfaitement, il y en a d’autres qu’on aurait bien vu durer un peu plus. En tête de file, « The 25th Hour », morceau éponyme et introduction au disque, qui, sur ses 1:22, comprend 10 secondes d’effets sonores, 25 secondes d’introduction instrumentale, et seulement 13 secondes de chant. Mais au final, ce ressenti, cette frustration, est le reflet de quelque chose de plus positif : « J’en veux encore ».

Parce que dans sa globalité, ce disque est vachement bien. Rien de vraiment neuf, rien de révolutionnaire, pas de surprise : c’est du Terror du début jusqu’à la fin, mais du bon Terror. Un peu comme s’ils avaient foutu tous leurs albums dans un shaker, passé la mixture au chinois, et qu’il en était ressorti le meilleur de ce qu’ils ont pu composer ces treize dernières années. De mon point de vue, il n’y a aucune chanson à jeter (vous me direz, sur 22 minutes de skeud, encore heureux). The 25th Hour est une espèce de perle pour la scène, chaque morceau appelant au stage-diving, aux pogos ou aux circle-pits. J’ai pu apprécier les chansons « No Time For Fools » ou « The Solution », aux rythmes bien groovys et breakdowns plus qu’efficaces, en live au Hellfest, et la théorie s’est vérifiée. Certains morceaux ne se privent pas de faire appel au crossover thrash, comme « Life Goes On » ou « Sick And Tired ».  Si le mixage de l’album n’est pas très flatteur pour la batterie, il fait quand-même la part belle à la basse de David Wood bien mise en exergue sur pas mal d’intros, mais aussi aux guitares de Martin Stewart ou Jordan Posner, notamment sur « Deep Roots », qui clôture le disque sur des riffs acérés.

Ceci n'est pas une vidéo officielle, mais elle est vachement bien, alors je vous la mets quand-même.

Quant au chant, Scott Vogel s’impose encore une fois par cet album comme l’un des meilleurs de son genre, avec une puissance toute maîtrisée qui ne détonne absolument jamais avec l’instrumentalisation. En ce qui concerne les lyrics, pour résumer, avec The 25th Hour, Vogel fait la chasse aux cons, et il est évident que ça me parle. Et puis alors, toutes sortes de cons. Pour expliquer vite-fait, la 25ème heure fait référence à ce moment apocalyptique où l’humanité fait face au jugement dernier, à cet instant où les hommes se trouvent confrontés à leurs péchés passés, à leur vraie nature. Les paroles sont donc typiques du hardcore, s’en prenant à ceux qui nous déçoivent (« Blinded By The Light », « Trust No Face »), à ceux qui s’enferment dans le cercle de la violence (« The Solution », « Mind At War »), à ceux qui abusent des autres (« Feed The Rats », « Life Goes On »), à ceux qui ont un comportement (auto)destructeur et s’en contrecarrent (« Bad Signs ») et ceux qui n’ont rien à foutre là (« Why ? »). Dans la grande tradition, il y a aussi deux hymnes au monde du hardcore et la fraternité qu’on y trouve, « No Time For Fools » et « Deep Roots ». Et puis il y a l’ovni « Both Of Them », la chanson la plus personnelle que le chanteur a pu écrire, racontant son enfance avec des parents qui ne l’aimaient pas plus que ça. Avec son alternance de rythmes, très lent sur les couplets et très rapide sur les refrains, exprimant ce mélange de tristesse et de rage que Vogel ressent, on se doute qu’il n’a pas dû être anodin de composer cette chanson. Si cela vous intéresse, le frontman explique un peu plus en détails la signification des paroles track by track ici.

Pour résumer, bien que court et avec une batterie qui laisse à désirer, The 25th Hour est un bon disque de hardcore, tout en violence et en puissance. Si vous êtes un fan du lahc, foncez, l’album est typique du style. Si vous n’aimez pas ce genre de musique, désolée, ce n’est pas cette galette qui résoudra votre problème. Pour l’instant, le groupe n’a pas annoncé de dates précises, mais ils tourneront en Europe début 2016. S’ils passent près de chez vous, ne les loupez pas !

Mention spéciale pour les pépites “The Solution”, “Bad Signs”, “Why?”, “Mind At War”, et évidemment la magnifique “Both Of You”. 

Texte : Charlotte Sert

Terror, The 25th Hour, sorti le 7 août 2015 chez Victory Records/Reaper Records.

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