HELLFEST – 21 JUIN – PAR CHARLOTTE

Dimanche 21 juin. Chez les metalleux français, est-il possible de passer une meilleure fête de la musique qu’au Hellfest ? Après deux jours à valser avec le Malin, tout le monde aborde cette journée avec autant d’enthousiasme que de « putain, c’est déjà le dernier jour ».

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Pour mon premier concert de la journée, je me rends à 12h15 vers la Mainstage 1. Impossible pour moi de louper les Marseillais de Eths : le groupe a bercé toute mon adolescence mais cela fait presque 10 ans que je ne les ai pas vus sur des planches, et j’ai hâte de voir ce que donne le nouveau line-up. Et bien, je suis ressortie de là avec le cœur brisé en deux. Je ne vais pas faire de langue de bois, ma déception a été immense. L’ouverture sur « Samantha », morceau phare du groupe, permet de faire tout de suite la comparaison, et le reste de la prestation est logé à la même enseigne. Ce que je vois sur scène n’a rien à voir avec ce que j’ai pu voir une bonne dizaine de fois à l’époque. Les instruments sont en place, en ça il n’y a rien à redire, mais ça a perdu toute sorte de saveur. Au milieu de cette immense scène se tient Rachel, complètement perdue, ne sachant pas trop quoi faire d’elle-même, limitant ses déplacements. Encore, ça, on peut comprendre, c’est un exercice tout particulier, et c’est effrayant. Mais la voix claire…. ? Et l’interprétation… ? C’est tellement vide, tellement fade, qu’on se demande si elle comprend seulement ce qu’elle chante. Est-ce acceptable après deux ans dans le groupe ? Et je ne parle même pas de son incapacité à combler les vides entre deux chansons, tant et si bien que Staif, seul membre restant de la formation originelle, doit s’emparer du micro à la fin du set pour remercier tout le monde. En fait voilà : à côté de Staif, j’ai l’impression d’avoir trois piquets qui ignorent totalement ce qu’ils foutent là. Je ne parlerai pas du batteur, R.U.L, qui évidemment de par sa position échappe à toute critique concernant la scènographie (même si du coup ça m’a permis d’apprendre sur le tard que Guillaume avait encore une fois quitté le groupe). Ok, là, je ne leur fais aucun cadeau. Est-ce parce que j’en attendais beaucoup d’eux ? Peut-être. Je suis certaine que les festivaliers qui les voyaient pour la première fois ont été ravis. Mais au final le bilan pour moi est le même : la prestation a été catastrophique.

Les The Haunted leur succèdent sur les Mainstages. Tout droit venus des contrées de Gothenburg, les cinq Suédois continuent de réveiller la foule, notamment grâce à l’excellent batteur Adrian Erlandsson dont les coups ne cessent de se démarquer. Mais c’est surtout le concert qui suit que j’attends impatiemment. Après un an et demi à défendre Whales And Leeches sur les scènes du monde entier, c’est à Clisson que les Red Fang posent leurs amplis. A 13h35, les Américains débutent leur set devant une fosse bondée. Les fers de lance du stoner enchaînent les tubes extraits de leurs trois albums sous un soleil de plomb, faisant découvrir le genre aux plus néophytes, et ramenant toute la faune de la Valley sur un autre terrain de jeu. « Hank Is Dead », « Malverde » ou « Crows And Swine » chauffent le public, avant de faire vibrer tout le monde avec ce qui a été le premier extrait de leur dernier album, « Blood Like Cream », dont le clip a fait sensation. Le set continue avec les excellents « Into The Eye », « Wires » et « Doen », voyant s’alterner au micro Bryan Giles et Aaron Beam. Malgré de magnifiques effets d’écho sur le refrain, « The Undertow », plus lent, plus sludge, fait un peu déserter la foule. Mais avec « Prehistoric Dog », leur plus gros tube, les barbus clôture le set en beauté et font de nouveau bouger tout le monde. Je regrette l’absence de « No Hope » voire même de « Black Water » dans cette setlist, mais qu’importe, je n’avais encore jamais réussi à les voir, et je suis ravie !

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Tout juste le temps d’aller aux toilettes, et voilà que les Dark Tranquility grimpent sur la Mainstage 2. Encore un groupe de Suédois, à croire que cette scène se place sous le signe du röll mops aujourd’hui ! Dès les premières notes de « The Science Of Noise », dont un clip live est sorti quelques jours plus tôt, le quintet nous balance en pleine tête un death melodique ultra propre. Pas une fausse note, pas un larsen, tout est hyper carré, et j’apprécie particulièrement le son bien étouffé de la double pédale. Sans chichis, ils enchaînent les tubes « The Silence In Between », « Terminus » et « The Wonders At Your Feet » devant un public largement conquis. Après une intro au piano, le lancement des cordes de « Through Smudged Lenses » nous en met plein la vue, et Mikael Stanne vient la chanter aux barrières dès le deuxième couplet. Sur le pont, tout le monde applaudit en rythme, et le grand blond (pardon) remonte alors sur scène pour interpréter « State Of Trust ». Ils enchaînent alors avec une toute nouvelle chanson, « ThereIn », pour le plus grand bonheur de leurs fans, présents en nombre. Le set se clôture avec « Misery’s Crown », et les Suédois quittent la scène sous un tonnerre d’applaudissements.

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Autre lieu, autre ambiance, j’ai désormais rendez-vous sous la Valley avec Weedeater. Et pour le coup, la tente s’est vraiment transformée en royaume de la weed : les cadavres jonchent le sol comme un tapis de corps complètement défoncés qu’il faut enjamber pour pouvoir se frayer un chemin vers la scène. J’ai tout juste le temps de me placer qu’il est 15h50 et que les musiciens entrent en scène pour nous réveiller avec « Hammerhandle ». Pendant quarante minutes, les « mangeurs de beuh » nous délivre cette musique qui leur est propre, cet espèce de sludge tantôt stoner, tantôt crust, tantôt doom, tantôt n’importe quoi, avec une setlist composée de morceaux phares comme « God Luck And Good Speed » ou « Jason… The Dragon », mais aussi d’extraits de leur album sorti en mai, comme « Goliathan » ou bien encore « Cain Enabler ». La batterie placée en perpendiculaire du public nous permet d’apprécier le jeu de Travis Owen, qui mérite bien son surnom de « T-Boogie » tant il se retrouve, au final, a être le plus enjoué sur scène. Pour le coup, on regrette tout de même le côté un peu trop statique de ses deux acolytes, Dave Collins au chant et à la basse, et Dave Sheperd à la guitare. Mais qu’importe, les chansons se succèdent aussi vite que les verres se vident, et c’est sur le tube « Weed Monkey » que le trio originaire de Wilmington (USA) quittent les planches sous de chaleureux applaudissements. Une musique à réveiller les morts ? Je retourne alors vers les Mainstages pour profiter des dernières minutes du show d’Exodus, et j’ai le plaisir de voir « The Toxic Waltz » ou « Strike Of The Beast », interprétées devant une foule plus que conquise. Les Californiens ont manifestement su ravir la foule avec leur thrash légendaire, et Steve Souza a su reprendre le flambeau de Paul Baloff haut la main.

Et parce qu’on ne perd pas les mauvaises habitudes, je me retrouve une nouvelle fois sous la Valley à 17h30 pour aller applaudir d’autres pachydermes du genre, les Eyehategod. S’ils montent sur scène sous les acclamations du public, le set des Néo-Orléanais n’a pas vraiment convaincu la foule. Durant toute leur prestation, le turn-over est énorme : les gens vont et viennent comme dans un moulin, pas vraiment alpagués par ce qu’il se passe sur scène. La foule est peu réactive, même pendant des morceaux comme « Parish Motel Sickness » ou «  New Orleans Is The New Vietnam », à croire qu’il ne faut pas trop les brusquer les cocos. Autour de moi, les gens discutent, applaudissent pendant des beaks en croyant que les chansons sont finies, je vois même des filles se remaquiller tranquillou. J’ignore pourquoi, mais pas mal de gens arrivent à 18h, alors que rien ne vient de se finir ailleurs. A croire que ce concert est the place to be pour un grand nombre, mais qu’au final tout le monde s’en fout. C’est donc sans grande conviction que je quitte la Valley à 18h20, et que je rejoins l’espace VIP histoire de me caler un peu.

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Le reste de ma journée est aussi en demi-teinte : si les monstres de Cannibal Corpse ont créé une immense tornade sous l’Altar, il n’en a pas été de même de Korn, stars de la journée et dernier concert pour moi ce weekend. Attendus avec impatience par un public qui a grandi avec leurs compositions dans les oreilles, les Américains montent sur la Mainstage 1 à 23h10 tels des messis. Je me faufile jusqu’au deuxième rang et sors ma caméra ; je ne viens absoluement rien louper de ce concert. Venus célébrer les vingt ans de l’album Korn, c’est tout naturellement que les Californiens débutent leur set avec la bombe « Blind », qui fait vibrer absolument tout le monde dès les premiers frémissements de cymbales. A l’instar de cette chanson, certains titres très attendus comme « Need To », « Clown » ou encore « Shoots And Ladders » ont rencontré un immense succès, mais il faut avouer que le reste du set était… soporifique. C’est d’ailleurs à ce moment-là qu’on s’est tous rendu compte que cet album était quand-même rempli de chansons assez inutiles, et nombreux sont ceux qui ont quitté la fosse au fur et à mesure de la setlist. Aussi, une coupure de courant survenue pendant l’intro de « Clown » a foutu une grosse frayeur au public : pendant cinq longues minutes de pause, tout le monde s’est demandé si la bande de Bakersfield allait remonter sur scène, ou bien tourner les talons comme en 2007. Heureusement, ils sont revenus, mais c’était très certainement le dernier Hellfest pour eux. Après l’agonie sur « Daddy », les Korn sont revenus pour un « encore » qui a remonté le moral de tout le monde, pendant lequel ils ont interprété les tubes « Falling Away From Me » et « Freak On A Leash ». Mazet’, j’avais bien failli m’endormir.

C’est sur cette déception que se finit pour moi ce weekend en terres clissonnaises. Malgré tout, malgré la chaleur, malgré la fatigue, malgré les problèmes techniques, l’organisation a su, une année encore, nous faire passer quatre jours fabuleux. Plus d’une centaine de concerts, des milliers d’hectolitres de bière, et des millions d’étoiles dans les yeux.

Merci à tous d’avoir lu nos reports, merci à Replica Promotions, à Hellfest Productions, à tous ceux qui se démènent en coulisses pour le plaisir de tous, et à l’année prochaine !

Texte : Charlotte Sert
Photos : Mario Ivanovic

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