HELLFEST – 19 JUIN – PAR ALEX’

Après une première nuit bien fraîche rythmée par les joutes de caddies entre deux apéros, il est temps d’émerger et d’attaquer cette première journée qui s’annonce chaude, très chaude. Un petit-déjeuner de fortune, un demi de Sköll et direction les portes du Hellfest. IMG_8221 Sur la scène Valley, les Lillois de Glowsun ont la lourde tâche de débuter les hostilités pour les plus festivaliers les plus courageux. 10H30. Des voix parasitaires se font entendre sous la tente blanche et le trio entre en scène sur la ligne de basse déjà bien connue de « Death’s Face » devant une grosse centaine de lève-tôts. Malgré un son un poil trop fort, le stoner aux élans psychédéliques de la formation satisfait une Valley qui se remplie doucement. Disposant d’une petite demi-heure de set, les Lillois nous dévoilent surtout leur nouvel opus Beyond the Wall of Time à travers les très bons « Behind The Moon », ou encore « Arrow of Time » et son excellent solo qui conquiert définitivement l’assemblée. Sans manquer de remercier son public, le groupe se retire à 11h00 pétante sous une belle ovation matinale. Après cette entrée en matière right-in-the-face bien surprenante, un passage au point H2O s’impose puisque la température avoisine déjà les trente degrés à Clisson. Rapidement, trouver de l’ombre et de quoi manger deviennent de véritables enjeux. 12H50. Le public s’ameute en masse en direction de la Valley pour assister au premier voyage stratosphérique du weekend. Véritable morceau de choix, les Allemands de Samsara Blues Experiment ne vont pas tarder à nous transporter du stoner au blues en passant par le krautrock à travers des compositions psychédéliques de haut vol. Si « Center of the Sun » et « For The Lost Souls », tous deux tirés de Long Distance Trip, plongent les festivaliers dans un état de transe, l’excellent « Army of Ignorance » nous achève avec ses riffs clairement orientés thrash. Après un final parfaitement déstructuré, le quatuor quitte la scène acclamé comme il se doit par une Valley toujours sous le choc de cette performance éclatante.

Le temps de s’hydrater puis de passer voir en coup de vent (d’ailleurs absent de ce premier jour) les belges d’Enthroned sous la scène Temple et il nous faut retourner sous notre bonne tente blanche de la Valley pour Truckfighters, vivement recommandés par quelques acolytes. Déjà passé par Clisson il y a deux ans, le trio originaire de Örebro en Suède débarque sur scène à 14h20 dans une furie furieuse : tandis que Poncho se place derrière les fûts et commence à marteler sa caisse claire, Dango et Ozo courent partout et haranguent le public déjà très chaud. Leur réputation est à la hauteur puisque, dès le premier titre, leur stoner sableux fait l’unanimité en ce début d’après-midi. Tantôt pop, tantôt heavy, les scandinaves puisent dans leurs albums ne manquant pas de nous jouer les morceaux phares de leur dernier opus, Universe, « Mind Control » ou encore « The Chairman ». L’ambiance est crescendo au fur et à mesure que défilent les morceaux alors que Dango semble régner en maître de cérémonie grâce à ses solos virevoltants. Rincés, le groupe et l’audience se remercient chaleureusement après quarante minutes d’un set endiablé qui nous oblige à déjà puiser dans nos ressources.   IMG_8144 Pleinement exposée au soleil et totalement excentrée, la Warzone représente le véritable point de rencontre des amateurs de sensations fortes. 15H00. Les épaules marquées par le soleil et les gorges asséchées s’égosillent lorsque Defeater débarquent sur scène. Tout droit venu de Boston, le quintette post-hardcore ne cesse de prendre de l’ampleur depuis la sortie de son troisième opus Letters Home. C’est donc tout logiquement que le titre d’ouverture « Bastards » trouve sa place en début de set. Si le son est impeccable et les musiciens à l’aise dans l’exercice, on ne peut en dire autant du frontman Derek Archambault. En effet, si le public parvient à reprendre en chœur les refrains catchy de « Hopeless Again » ou « Empty Glass », Archambault, lui, délivre une prestation poussive, parfois même suffisante, tant il semble constamment à bout de souffle, un peu à la manière d’Oliver Sykes (Bring Me The Horizon) il y a quelques années. L’ambiance monte d’un cran à nouveau aux premières notes de « Rabbit Foot » juste avant un « Dear Father » qui met la Warzone un genou à terre. Il est presque 16h00 quand les américains achèvent leur prestation avec un « A Wound and Scar » plein de fougue alors que la Warzone vide peu à peu à la recherche d’un coin d’ombre.   IMG_8254 Après la prestation très déconcertante de Billy Idol, il faut dire que nous sommes dans l’attente d’un première grosse claque sur les Mainstages. Avec l’inversion des passages de Five Finger Death Punch et Lamb Of God (ces derniers étant initialement prévus à 22h05), c’est chose faite. Il est donc 19h40 lorsque les Virginiens emmenés par l’intrépide Randy Blythe débarquent sur le Mainstage 2 face à une foule compacte et visiblement très en jambe. Les premières notes de guitare de « Desolation » lancent les hostilités.

Le son est parfait puisque le kick de Chris Adler nous frappe directement dans l’estomac. La formation, bien que vieillissante, demeure dans une excellente forme et nous propose un set tout en puissance avec un combo « 512 », « Walk With Me in Hell », « Ruin » qui douche les détracteurs présents par-ci par-là. Un régal. Au loin, les festivaliers continuent de cuir au rythme du nouveau morceau « Still Echoes » tandis que « Redneck » offre à la fosse l’occasion de s’illustrer pendant d’immenses circles pits. Le groupe rend hommage à son second opus, New American Gospel, avec l’excellent « Black Label » repris à l’unisson par les plus vieux fans. Ovationnés comme il se doit au moment de laisser la place aux légendes de Motörhead, les Lamb Of God semblent plus indestructibles que jamais à quelques encablures de VII : Sturm und Drang, le septième opus du groupe, le premier depuis la libération de Randy Blythe, dont la sortie est prévue le 24 Juillet prochain chez Nuclear Blast.

La tête dans les refrains de Lamb Of God, on tente tant bien que mal de se dépêtrer de la foule agglutinée face aux Mainstages en direction de Temple, histoire d’aller rendre visite à nos amis en noir de Cradle of Filth. Cradle of Filth en 2015, c’est compliqué. Si jusqu’en 2008, le groupe emmené par le sempiternel Dani Filth disposait d’une réputation (quasiment) à toute épreuve, ce n’est plus la même tambouille aujourd’hui. La tente Temple est tout juste pleine lorsque j’arrive face à un Dani habillé en armure et ses musiciens on-ne-peut-plus passe-partouts. Ayant un petit peu laissé de côté le groupe depuis Godspeed on the Devil’s Thunder, je me retrouve face à des compositions qui me sont inconnues mais qui ont le mérite de faire réagir une bonne partie des festivaliers. Sur scène, il n’y a que Dani. Parfois, Dani se place juste en dessous des crucifix géants dans une nuage de fumée. Pour la photo. Dani prend également la parole pour annoncer que qu’un onzième album, Hammer of the Witches, sortira le 10 Juillet prochain : le groupe envoie « Right Wing of the Garden Triptych », un premier titre joué pour la toute première fois. Voilà. Après quoi, Cradle balancent le grand jeu avec un « Nymphetamine Fix » chaudement accueillit par Temple avant un « Cruelty Bought Thee Orchids » parfaitement massacré par le chant strident de Dani. Enfin, « From the Cradle to Enslave » vient sans surprise terminer le set de Dani et ses sbires dans une indifférence, à mes yeux, déconcertant tandis que la foule migre dans le silence vers l’entée du festival où les Mastodon s’apprêtent à grimper sur la scène de la Valley.

 21h35. L’heure du premier véritable dilemme cornélien du Hellfest cru 2015. Alice Cooper se fait décapiter sur un Mainstage avant que Five Finger Death Punch ne s’apprêtent à envahir celui d’à côté, alors qu’au même moment Children of Bodom règnent sur Altar et qu’il est l’heure pour Mastodon à la Valley. La “petite” tente blanche est pleine à craquer pour accueillir le groupe d’Atlanta lorsque retentit l’intro du dernier album du groupe “Tread Lightly”. Pour ma première, il faut avouer que la claque fut extrême. A l’aise dans ses mélodies et ses passages plus heavy, mais également avec le chant et la communication avec son public, rien ne semble pouvoir arrêter Mastodon. La Valley ne cesse de se remplir tandis que le quatuor envoie parfaitement ses brûlots “Once More ‘Round The Sun” et “Blasteroid” repris en choeur par un public aussi chaleureux que brutal. Si la température baisse aux alentours de Clisson, la chaleur, humide cette fois, atteint son apogée lorsque Mastodon délivrent un premier extrait de leur album Leviathan “Aqua Demancia”. Sorti en 2014, “Once More ‘Round The Sun” se taillent évidemment la part du lion dans le set tandis que le groupe fait étrangement l’impasse sur son quatrième opus Crack the Skye. Mais ce petit détail ne vient en rien gâcher la fête puisque les hymnes tels que “Bladecatcher” et “Black Tongue” défilent dans une ambiance de feu. La fin du set est marquée par un tonitruant “Megalodon” parfaitement connu par la Valley avant que “Crystal Skull” ne viennent mettre un point d’orgue à la performance époustouflante du quatuor atlantais. Sans aucun doute, une valeur sûre pour les prochaines édition du festival.

Depuis l’incident du Furyfest en 2004, évoquer “Slipknot” et “Hellfest” dans la même phrase a pour coutume de faire grincer des dents. Mais le Hellfest n’est plus ce petit festival de musique extrême. Non. De l’eau a coulé sous les ponts et cette dixième édition du festival marque le retour du gang de l’Iowa, et parmi les têtes d’affiche s’il vous plait.   IMG_8720   Après les trois rappels de Judas Priest et alors que les Dead Kennedys s’apprêtent à frapper un grand coup côté Warzone, il est temps pour Corey Taylor et sa bande de parachever ce vendredi. 00h45. Pour l’occasion, le Mainstage 2 accueille un décor ravissant tandis que “XIX”, l’intro de The Gray Chapter, résonne au rythme du public qui n’en finit plus de scander “Slipknot Slipknot Slipknot”. Les premières notes de “Sarcastrophe” réveille soudainement la fosse qui passe en mode émeute. Le son est parfait, les paroles sont connus de tous et le groupe semble bien en jambe malgré les années qui filent, seule les cris de Corey Taylor sont à peine audible par rapport à ses parties chantées. Après une décennie avec l’épée de Damoclès au dessus de la tête, nous y sommes, le frontman de Stone Sour, ne peut plus hurler la folie comme sur Disasterpieces. Les morceaux emblématiques “The Heretic Anthem” et “Psychosocial” sont parfaitement repris en coeur par la fosse (essentiellement composée de kids et de nostalgiques). Deux extraits du cinquième long jeu de Slipknot, le single “The Devil in I” et “AOV” viennent se greffer à la set list à mon grand damn mais récoltent les honneurs du public visiblement facile. A ce moment, seul un “Vermilion” pouvait sauver la partie. C’est chose faite. Le morceau à la fois plein de rage et de mélancholie du groupe de Des Moines demeure un chef d’oeuvre de composition et de mis en scène une fois sur les planches. Et que des dire des “I won’t let this build up inside of me” religieusement repris aux quatre coins de la fosse. S’en suit, le moment “hits FM” de Slipknot avec les singles “Wait and Bleed”, “Before I Forget” et “Duality”. Il y a quelques années de ça le Clown, Chris ou encore Sid en auraient profiter pour dynamiser la prestation de la bande. Pas ce soir. Presque trop polis, les neufs membres du groupe s’exécutent sans fioriture mais également sans étincelle (et ce malgré la pyrotechnie). Mais une fois encore, et c’est là que réside le génie de l’hydre à neuf têtes, le show est sauvé par un furieux “Eyeless” qui traverse les années sans prendre de rides. Viens le tant attendu moment de “Spit it Out” et son désormais légendaire “Zero Bullshit”. Alors que le break du morceau arrive, Corey et sa notorieté parviennent sans grande difficulté à faire asseoir une majeure partie des festivaliers. La suite, on la connait. “Bout time I set this record straight…”. “JUMP THE FUCK UP”. Extension. Droite dans les côtes. Oh une danseuse de ballet avec un pichet de Sköll. Sous l’ovation totale du Hellfest, le groupe se retire silencieusement. Comme un seul homme, l’audience en réclame encore. C’est chose faite avec un “742617000027”. La suite est bête et méchante. “(sic)” est l’occasion pour la fosse de se mettre à nouveau sans dessus dessous et de se casser définitivement la voix. C’est déjà l’heure de se dire au revoir. Exit “People = Shit”, “The Blister Exists” ou même “Disasterpiece”. Slipknot ont le devoir de lancer le “national fucking anthem” “Surfacing” qui, lui en revanche, commence à prendre un coup de vieux. Même la pyrotechnie et le mini-feu d’artifice ne viendront pas sauver la prestation fatiguée du groupe.

Merci à Replica Promotions, à Hellfest Productions, et aux milliers de bénévoles.

Texte : Alex’ Nortier

Photos : Mario Ivanovic

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