Marilyn Manson – The Pale Emperor.

Marilyn Manson est sûrement le frontman le plus connu de l’histoire du Métal. Tantôt musicien, tantôt peintre, tantôt journaliste, tantôt plasticien, tantôt acteur, tantôt modèle, et tout le temps provocateur, qu’on l’aime ou qu’on le déteste, tout le monde à un avis sur MM, et MM a un avis sur tout. A l’occasion de la sortie de The Pale Emperor, son dixième disque, on s’est dit que c’était l’occasion de donner le nôtre, d’avis….

A quelques semaines près, cet album aurait été celui qui célébrait les vingt ans de carrière de l’enfant désavoué de l’Amérique [ndlr : Portrait Of An American Family, son premier LP, est sorti en 1994]. Et s’il y a un détail à savoir avant d’entamer l’écoute de ce disque, c’est qu’il est le premier qu’il a composé et enregistré en journée. Cela peut paraître anecdotique, mais c’est une vraie révolution. Vous n’êtes pas sans savoir que Manson a interprété un rôle récurrent dans la saison 7 de la série Sons of Anarchy, ce qui lui a valu de passer pas mal de mois à travailler de jour pour respecter les horaires de tournage. Lui qui vivait depuis toutes ces années la nuit, ce changement de rythme a opéré un bouleversement dans son personnage. Deuxième chose à savoir : c’est Tyler Bates, jusque-là plus connu pour ses habillages de films (notamment ceux de Rob Zombie ou Zack Snyder), qui a endossé le rôle de bras droit dans la composition, reléguant Jeordie White (a.k.a. Twiggy Ramirez) au second plan. Fini le métal gothico-industriel survenu tout droit des bas-fonds des catacombes, place au blues des interminables journées humides du bayou.

The Pale Emperor s’ouvre avec « Killing Strangers » dont les paroles restent dans la continuité de son éternelle critique de la condamnation selective de la violence: “This world doesn’t need no opera / we´re here for the operation / we don’t need a bigger knife / cause we got guns / we got guns / you’d better run / we’re killing strangers / so we don’t kill the ones that we love”. Musicalement, ce titre annonce parfaitement le reste de l’album. Un duo basse/batterie sourd et lent, suivi d’une guitare plus bluesy, et d’un synthé sur les refrains pour l’ambiance fantomatique. S’en suit « Deep Six », dévoilé au public en décembre, qui est peut-être ce qui se rapproche le plus du Manson des 90’s. Les guitares y sont plus industrielles et les samples du refrain participent à une ambiance électronique. « Third Day Of A Seven Day Binge » (Le troisième jour d’une beuverie de sept jours) trouve naturellement sa place en troisième position. Il a été le premier single de l’album sorti en septembre mais il n’y avait pas trop d’intérêt à cela. Il donne le ton, mais ne restera clairement pas dans les mémoires. Dans « The Mephistopheles Of Los Angeles », on retrouve la batterie de « The Beautiful People » qui sert cette fois-ci un morceau empli de nostalgie. « Warship My Wreck » reste dans le style balade mélancolique, alors que « Slave Only Dreams To Be King », qui s’ouvre avec une lecture type radiophonique de « Poems Of Power » d’Ella Wheeler Wilcox, nous permet de retrouver un duo basse/batterie plus lourd, rappelant le mouvement répétitif de machines industrielles. C’est la sixième chanson de l’album, et pourtant la première qui appelle réellement à la réflexion et à l’action.

« The Devil Beneath My Feet » est un peu plus punchy mais pour autant pas spécialement catchy. Un titre dont on aurait pu se passer, comme celui qui lui succède, à savoir « Birds Of Hell Awaiting ». Et puis arrive enfin le troisième single de l’album, sorti une semaine avant le LP, « Cupid Carries A Gun ». Morceau phare du disque, nous avions pu en avoir un aperçu car il habille le générique de la série Salem (dans laquelle Manson apparaît au dixième épisode de la première saison) sortie en avril 2014. A l’époque j’avais cherché le morceau complet en vain mais avec acharnement sur internet, donc j’ai été ravie de le trouver sur l’album. Aux instruments électriques s’ajoutent un tambourin et une guitare sèche, ce qui donne une réelle ambiance occulte à la chanson. Manson a déclaré en avril au Hollywood Reporter que ça a été le dernier morceau enregistré pour l’album. On comprend donc que The Pale Emperor est prêt depuis un sacré bout de temps. Dans la version simple, le disque se finit sur « Odds Of Even », les chances du même, qui aurait pu s’écrire « Ode Of Heaven », ode au paradis. Ce morceau s’inscrit comme une espèce de complainte de l’ange déchu, avec ses accords tenus, son tempo lent et cette voix qui traîne. Dans la version deluxe, la galette est complétée par trois titres acoustiques ; « Day 3 », « Fated, Faithfull, Fatal », « Fall Of The House Of Death », qui concluent agréablement cette écoute.

En grande majorité, cet album traite de l’influence de Dieu, ce pâle empereur qu’il dépeint comme manquant de charisme, ne suffisant pas à rendre l’Homme bon et juste. Il met aussi en exergue le manque d’auto-critique de ses fidèles, notamment dans « Deep Six », avec la répétition « You want to know what Zeus said to Narcissus ? ‘You’d better watch yourself’ » où il faut noter le double-sens « méfie-toi »/ « regarde-toi ». On remarque aussi le coup du troisième jour qui revient deux fois (« Third Day Of A Seven Day Binge » et « Day 3 ») que l’on suppose faire référence au troisième jour de la création selon la Genèse, celui où Dieu aurait créé la terre ferme et la nature, peut-être le jour après lequel il aurait dû s’arrêter. S’il y a bien quelque chose de récurrent chez lui, c’est bien que l’Homme n’est que vice.

Après trois albums franchement moyens (Eat Me, Drink me ; The High End Of Low ; Born Vilain), on l’attendait au tournant. The Pale Emperor n’est clairement pas le meilleur album de Marilyn Manson, et ne contient pas de réel tube qui passera à la postérité. Et pourtant, c’est un disque facile à écouter, sans pour autant être trop commercial. La production est bonne, l’atmosphère est posée sans fioriture. L’œuvre est somme toute cohérente du début jusqu’à la fin, et le côté bluesy n’est pas sans déplaire. Marilyn Manson, avec ce disque, arrête d’être un monstre de foire. Les plus bourrins d’entre vous diront que c’est une sombre merde, les moins afficionados le trouveront somptueux, et les autres trouveront que c’est un bon disque d’ambiance. Mais une chose est certaine : The Pale Emperor n’est pas un album de Marilyn Manson ; c’est est un album de Brian Hugh Warner.

(Bon, par contre on se demande ce qu’il s’est passé pour ses clips.)

Texte: Charlotte Sert

Album The Pale Emperor (Cooking Vinyl) 19 Janvier 2015.

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